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La Traduction Raisonnée: Manuel d’initiation à la traduction professionnelle de l’anglais vers le français, 3e édition

Jean Delisle

Marco A. Fiola

La traduction raisonnée

Manuel d’initiation à la traduction professionnelle de l’anglais vers le français

3e édition

avec la collaboration de
Georges L. Bastin, Georges Farid, Aline Francœur, Noëlle Guilloton, André Guyon, Charles Le Blanc et Elizabeth Marshman

Les Presses de l’Université d’Ottawa
2013

Table des matières

Remerciements

Introduction

Abréviations

I
MÉTALANGAGE DE LA TRADUCTION

Objectif premier
Assimilation des notions du Glossaire

II
DOCUMENTATION DE BASE DU TRADUCTEUR

Objectif 2
Outils du traducteur

Objectif 3
Limites des dictionnaires bilingues

Objectif 4
Sens critique, jugement linguistique

Objectif 5
Évaluation des ressources documentaires

III
MÉTHODE DE TRAVAIL

Objectif 6
Étapes de la méthode de travail

Objectif 7
Repérage des difficultés de traduction

Objectif 8
Explication de texte

Objectif 9
Logique

Objectif 10
Cohérence et cohésion

Objectif 11
Travail en équipe

Objectif 12
Autorévision

IV
OUTILS TECHNOLOGIQUES

Objectif 13
Traductique

Objectif 14
Ressources de la bureautique

Objectif 15
Machine à dicter

V
PROCESSUS DE LA TRADUCTION

Objectif 16
Report, remémoration, création discursive

Objectif 17
Correspondances vs équivalences: les mots

Objectif 18
Économie

Objectif 19
Étoffement

Objectif 20
Correspondances vs équivalences: les phrases

Objectif 21
Compléments cognitifs

Objectif 22
Traduire littéralement ou librement?

Objectif 23
Créativité du traducteur

Objectif 24
Traduire l’humour

VI
RÈGLES D’ÉCRITURE

Objectif 25
Usages codifiés de rédaction

Objectif 26
Traduction non sexiste, rédaction épicène

Objectif 27
Nouvelle orthographe

Objectif 28
Notes du traducteur (N.d.T.)

VII
DIFFICULTÉS D’ORDRE LEXICAL

Introduction

Objectif 29
Mot juste

Objectif 30
Available

Objectif 31
Challenge, challenging, to challenge

Objectif 32
To control

Objectif 33
Corporate

Objectif 34
Development, to develop

Objectif 35
To identify

Objectif 36
To involve

Objectif 37
Issue, to issue

Objectif 38
-minded, -conscious, -oriented

Objectif 39
Pattern

Objectif 40
Policy/Procedure

Objectif 41
Problem

Objectif 42
System

Objectif 43
Caractérisation

Objectif 44
Sens propre, sens figuré

Objectif 45
Mots français dans le texte de départ

Objectif 46
Le déictique this

Objectif 47
Anglicismes de fréquence

VIII
DIFFICULTÉS D’ORDRE SYNTAXIQUE

Introduction

Objectif 48
Comparatifs elliptiques

Objectif 49
Structures ordinales

Objectif 50
On … basis

Objectif 51
As

Objectif 52
While

Objectif 53
When

Objectif 54
With/Such

Objectif 55
Disjonctions exclusives

Objectif 56
Déterminants juxtaposés

Objectif 57
Structures résultatives

Objectif 58
Verbes de progression, verbes d’aboutissement

Objectif 59
Négativation

Objectif 60
Participes présents, gérondifs et rapports logiques

Objectif 61
Voix passive

Objectif 62
Tournures nominales, tournures verbales

IX
DIFFICULTÉS D’ORDRE STYLISTIQUE

Introduction

Objectif 63
Concision

Objectif 64
Élimination des relatives

Objectif 65
Dépersonnalisation

Objectif 66
Anaphores et répétitions

Objectif 67
Auxiliaires modaux: can/may/should

Objectif 68
Locutions, clichés, idiotismes

Objectif 69
Allusions

Objectif 70
Métaphores

Objectif 71
Juxtaposition/coordination vs articulation/subordination

Objectif 72
Fausse question

Objectif 73
Réseaux lexicaux

Objectif 74
Renforcement du caractère idiomatique du texte d’arrivée

Objectif 75
Textes mal écrits

Glossaire

Bibliographie

Annexe I
Liste des textes

Annexe II
Notices biographiques

Seules peuvent profiter de l’enseignement de la traduction les personnes qui possèdent déjà une bonne formation. Il ne s’agit pas de l’enseignement des langues, mais d’une technique, des règles propres à la traduction, règles qui ne sont, comme toutes les règles du langage, que la constatation ou la codification de l’usage, de particularités constatées dans l’exercice de la traduction.

PIERRE DAVIAULT

Even those who approach or attain true bilingualism are still usually unable to translate without instruction.

MICHAEL A. K. HALLIDAY

Enseigner à traduire ce n’est ni transmettre des connaissances, ni faire assimiler des notions régurgitables à souhait, mais faire comprendre des principes et y associer des exercices qui assurent que leur application bascule dans le réflexe.

DANICA SELESKOVITCH

REMERCIEMENTS

NOUS AIMERIONS adresser nos plus sincères remerciements aux personnes qui nous ont apporté leur collaboration pour la préparation de cette troisième édition de La traduction raisonnée.

En premier lieu, nous tenons à remercier notre collègue Marco A. Fiola, de l’Université Ryerson (Toronto, Ontario), qui a préparé un sondage électronique sur les éditions antérieures et produit une analyse détaillée des résultats. De ce travail préliminaire a résulté l’ajout de plusieurs objectifs, selon les vœux exprimés par les professeurs et les étudiants sondés, de sorte que l’on peut affirmer que la nouvelle mouture du manuel correspond aux besoins actuels de formation des futurs traducteurs. Nous devons aussi à ce professeur d’avoir établi les consignes ayant servi à uniformiser la présentation des nouveaux objectifs rédigés par sept collaborateurs. Il a également relu l’ensemble du manuscrit révisé qu’il a commenté et enrichi d’exemples. C’est par ses soins, enfin, que la mise à jour du Livre du maître a été préparée. C’est pourquoi, compte tenu de l’importance de son apport, nous avons jugé qu’il méritait le titre de coauteur de la troisième édition du manuel.

Nous aimerions aussi adresser nos remerciements aux auteurs des nouveaux objectifs pour leur disponibilité et la qualité de leur collaboration. Ont participé à cette «œuvre collective»: Georges L. Bastin (Université de Montréal), Georges Farid (Université du Québec en Outaouais), Aline Francœur (Université Laval), André Guyon (gestionnaire des technologies d’information au Bureau de la traduction), Charles Le Blanc et Elizabeth Marshman (Université d’Ottawa). À ces noms s’ajoute celui de Noëlle Guilloton, de l’Office québécois de la langue française, qui a complètement refondu et mis à jour l’objectif «Féminisation» de la deuxième édition, renommé dans cette troisième édition «Traduction non sexiste, rédaction épicène» (OS 26). Nous adressons nos plus sincères remerciements à tous ces professeurs et langagiers. Une notice biographique de chacun d’eux figure à l’Annexe II — Notices biographiques.

Les personnes suivantes méritent également notre reconnaissance pour leur apport ponctuel et désintéressé: Louise Brunette (Université du Québec en Outaouais), Benoit Léger (Université Concordia), Alain Otis (Université de Moncton) et Malcolm Williams (Université d’Ottawa). Merci, enfin, à Carole Martin pour l’idée du funambule de la couverture.

À toutes ces personnes ayant à cœur la formation de la relève, nous exprimons notre plus vive gratitude. Si cette troisième édition de La traduction raisonnée reçoit le même accueil que les deux précédentes, une part de ce succès leur reviendra.

J. D.

INTRODUCTION

L’étude des processus mentaux qui défont le travail du traducteur peut nous apprendre beaucoup de choses sur les processus qui mènent aux traductions réussies.

MAURICE PERGNIER

CET OUVRAGE, dont la visée est essentiellement pratique, n’a d’autre ambition que de proposer une méthode d’initiation à la traduction professionnelle, par opposition aux exercices de traduction axés, en didactique des langues, sur l’acquisition d’une langue étrangère. Il répond aux exigences particulières de formation des futurs traducteurs de métier et s’adresse tout particulièrement, mais non exclusivement, aux étudiants des programmes universitaires de traduction.

Son domaine est celui des textes pragmatiques1 généraux, formulés selon les normes de la langue écrite et en vue d’un apprentissage dans le sens anglais vers le français. Souvent anonymes, contrairement aux textes littéraires qui, eux, sont signés, les textes pragmatiques ont une utilité plus ou moins immédiate et servent à transmettre une information d’ordre général ou propre à un champ d’activité. L’esthétique n’est pas leur caractéristique dominante, comme c’est le cas des œuvres littéraires. Ils représentent environ 90 % du volume des traductions dans le monde. On dénombre, au Canada, des milliers de traducteurs, mais une infime minorité réussit à vivre de la traduction littéraire. Notre manuel tient compte de cette réalité à la fois historique, politique, économique et linguistique.

Nouvelle édition, même orientation

Dix années se sont écoulées depuis la publication de la deuxième édition de La traduction raisonnée (2003) et vingt ans depuis la première, qui remonte à 1993. Le temps était donc venu d’actualiser le manuel, qui a recueilli jusqu’ici la faveur des professeurs et des étudiants des écoles de traduction au Canada et même à l’étranger.

Tout manuel nécessite des «rafraîchissements» périodiques pour plusieurs raisons: besoins changeants des apprenants, progrès des connaissances, nouvelles ressources documentaires, apparition sur le marché de nouvelles aides à la traduction et de nouveaux outils de bureautique, sans compter l’évolution de l’usage, ce maître souverain. À cet égard, il est frappant de constater à quel point une langue change sur une période de dix ans. Son évolution suit le rythme trépidant de la vie moderne.

Nous avons profité de cette nouvelle édition pour enrichir le manuel et en diversifier le contenu. Son orientation générale, par contre, demeure inchangée: former de futurs traducteurs qui occuperont des postes dans les administrations publiques, les entreprises privées, les cabinets et agences de traduction ou qui seront traducteurs indépendants. La formation qu’il propose n’est pas axée sur la traduction littéraire, bien que les principes de base décrits dans ces pages soient aussi valables pour ce genre de textes.

Démonter le processus de la traduction

Cette troisième édition est la distillation d’une quarantaine d’années d’enseignement de la traduction générale au niveau universitaire. Les difficultés d’apprentissage en début de formation sont nombreuses: méconnaissance de la nature réelle de la traduction, recherches documentaires insuffisantes, défauts de méthode, propension au transcodage, sous-traduction, surtraduction, hypertraduction, sous-exploitation des ressources de la langue d’arrivée, pour ne nommer que les principales. Si certaines personnes semblent naturellement douées pour la traduction, ce don n’est l’apanage que d’un petit nombre. D’où l’existence des nombreuses écoles de traduction au Canada et ailleurs dans le monde.

Notre manuel n’est pas un recueil de recettes: les livres de recettes n’ont jamais fait les grands chefs. Nous l’avons plutôt conçu comme une réflexion sur la démarche cognitive du traducteur. Au lieu de lui donner la forme d’un cahier de prescriptions et d’interdits, nous avons préféré ordonner son contenu sur l’assimilation progressive et méthodique des principes, règles et procédés de l’art de traduire.

En proposant une méthode de traduction raisonnée, nous souhaitons guider les premiers pas des futurs traducteurs en démontant avec eux le mécanisme complexe de la traduction. Éclairés sur la démarche à suivre, ils ne traduiront pas «à l’aveuglette», mais disposeront, du moins nous l’espérons, de repères fiables pour faire leurs choix d’équivalences.

Fondements de la méthode

En enseignement de la traduction, la réflexion théorique et la pratique sont souvent un couple désuni. Nous avons tenté de les rapprocher chaque fois que cela était possible, tout en restant très concrets.

Notre méthode prend appui sur la théorie interprétative de l’École de Paris (Lederer, 1994, 1997; Seleskovitch, 1975), tout autant que sur la linguistique différentielle, notamment sur la contribution inestimable des comparatistes canadiens d’origine française Jean-Paul Vinay (1910-1999) et Jean Darbelnet (1904-1990), coauteurs de la Stylistique comparée du français et de l’anglais (1958). En didactique de la traduction, les démarches interprétative et comparative ne sont pas antinomiques, mais complémentaires, même si traduire ce n’est pas comparer, comme nous le verrons lors de l’analyse du processus cognitif de la traduction.

En 1969, Jean Darbelnet a publié dans la revue Meta un article intitulé «La traduction raisonnée». En lui empruntant ce titre pour notre manuel, nous avons voulu rendre hommage à ce pionnier de la linguistique différentielle et de l’enseignement de la traduction au Canada (v. Delisle, 1990a: 51-56).

«Un dictionnaire sans exemples est un squelette», a dit Voltaire. Nous pouvons dire la même chose d’une méthode de traduction qui ne s’appuie pas sur un large corpus d’exemples. Nous avons donc jugé indispensable d’étayer d’exemples nombreux et variés la présentation des notions et des difficultés de traduction étudiées.

Il n’est pas défendu de penser que les textes desquels sont tirés ces exemples ont été produits dans des conditions plus ou moins normales de travail par des traducteurs de métier. Nos exemples sont donc «réels»; ils ne sont pas «bricolés». En procédant ainsi, nous faisons profiter les futurs traducteurs de l’expérience de leurs aînés et réduisons, dans une certaine mesure, l’écart qui sépare l’université du monde du travail.

La capacité de traduire présuppose une connaissance poussée des langues de départ et d’arrivée, en l’occurrence l’anglais et le français. C’est une condition préalable sine qua non à l’exercice du métier de traducteur. Il est faux de croire que tout francophone qui connaît l’anglais sait forcément traduire. Ce mythe a la vie dure. On a aussi tendance à oublier qu’il est plus important encore de maîtriser le français, car c’est dans cette langue que se manifestent l’aptitude à rédiger et la créativité du traducteur. «La traduction est le seul mode de lecture qui se réalise comme écriture, et ne se réalise que comme écriture» (Meschonnic, 1999: 177). La lecture est passive, l’écriture, active.

Faire l’apprentissage de la traduction, ce n’est donc pas apprendre les langues, mais développer une double compétence générale et quatre aptitudes fondamentales, celles-ci s’exerçant à trois niveaux:

Double compétence

1. compétence de compréhension des textes à traduire;

2. compétence de réexpression de leur sens (fond et forme).

Quatre aptitudes

1. dissocier les langues (savoir éviter les interférences);

2. appliquer les procédés de traduction (réaliser correctement le transfert interlinguistique);

3. intégrer des connaissances non linguistiques à des énoncés linguistiques (les compléments cognitifs);

4. maîtriser les techniques de rédaction (connaître les usages de la langue écrite).

Trois niveaux

1. les règles d’écriture (celui des usages codifiés de rédaction);

2. l’interprétation (savoir dégager la signification pertinente de mots et des énoncés en contexte);

3. la cohérence (du discours et de sa logique).

Définition de la traduction

Nous faisons nôtre la définition de la traduction que propose Claude Tatilon dans son ouvrage Traduire: pour une pédagogie de la traduction, car cette définition s’applique parfaitement aux textes pragmatiques et correspond aux qualités que nous reconnaissons nous aussi à une traduction réussie:

Traduire […] c’est avant tout se mettre au service de ses futurs lecteurs et fabriquer à leur intention un équivalent du texte de départ: soit, d’abord, un texte qui livre, avec le moins de distorsion possible, toute l’information contenue dans celui d’origine. Mais traduire, c’est aussi produire un texte duquel il convient d’exiger trois autres qualités: qu’il soit rendu «naturellement» en langue d’arrivée (qu’il «ne sente pas la traduction», dit-on couramment), qu’il soit parfaitement intégré à la culture d’arrivée et qu’il parvienne, par une adroite manipulation de l’écriture, à donner l’idée la plus juste de l’originalité et des inventions stylistiques de l’auteur traduit (Tatilon, 1986: 150).

Nous retrouvons dans cette définition le souci des destinataires (les lecteurs éventuels de la traduction), la fidélité au contenu du texte original et le respect des habitudes linguistiques des locuteurs de la langue d’arrivée (son caractère idiomatique). Elle tient compte également des réalités socioculturelles et des aspects stylistiques et rhétoriques présents dans les textes pragmatiques tout autant que dans les œuvres littéraires.

Le maniement du langage

La traduction raisonnée porte sur le maniement du langage à la charnière de deux langues. Concrètement, s’initier à traduire, c’est apprendre à lire un texte original avec les yeux d’un traducteur, c’est-à-dire apprendre à y repérer les difficultés d’interprétation et de reformulation qu’il renferme et pouvoir les nommer.

Ce balisage suppose l’acquisition d’un outillage conceptuel. L’expérience prouve qu’il est difficile, voire impossible, de tenir un discours structuré sur les phénomènes de la traduction sans disposer d’une terminologie idoine. Privé de ce cadre notionnel, on bascule rapidement dans l’impressionnisme stérile, contraire à un enseignement universitaire digne de ce nom. Il s’imposait donc d’inclure dans notre manuel un Glossaire du métalangage de l’initiation à la traduction.

Plus l’apprenti traducteur acquerra une conscience claire de la méthode de travail à appliquer, de la démarche à suivre, de la nature des difficultés à vaincre et des stratégies à mettre en œuvre pour les surmonter, plus il deviendra maître de son art et sera en mesure d’en repousser les limites.

On ne peut pas inculquer le talent, mais il est possible de créer des conditions d’apprentissage favorables à son développement. Pour ce faire, il importait de placer le principal intéressé — l’étudiant — au cœur même de la démarche interprétative qui caractérise l’opération traduisante afin de lui en faire saisir toute la dynamique.

Une méthode par objectifs d’apprentissage

Toute bonne méthode d’enseignement, quel que soit le domaine d’étude, doit clairement délimiter la matière à transmettre, sérier les difficultés, fixer des objectifs d’apprentissage, préciser les moyens permettant de les atteindre, établir une progression dans la formation et, enfin, prévoir des modalités d’évaluation des performances observables (Bloom et al., 1969; Mager, 1977; Prégent, 1990). Nous avons tenté de respecter ces exigences — acquis le moins contesté de la pédagogie moderne — en ordonnant la matière de notre manuel autour d’objectifs généraux et spécifiques.

Par objectif d’apprentissage, on entend la description de l’intention visée par une activité pédagogique et qui précise les changements durables de comportement devant s’opérer chez un étudiant. On distingue deux grandes catégories d’objectifs.

L’objectif général (OG) est un bref énoncé d’intention, formulé en termes plus ou moins précis, qui indique les résultats auxquels doit conduire un processus d’apprentissage à l’intérieur d’un programme d’études ou d’un cours. L’objectif général est formulé du point de vue du professeur et décrit le savoir à faire acquérir à l’étudiant.

L’objectif spécifique (OS) est un énoncé formulé en termes de comportements observables qui décrit le plus précisément possible les résultats auxquels doivent conduire une ou plusieurs activités pédagogiques à l’intérieur d’un programme d’études ou d’un cours. Outil opérationnel, l’objectif spécifique est rédigé du point de vue de l’étudiant et décrit ce que celui-ci devra être capable de réaliser au terme d’un apprentissage.

Neuf objectifs généraux forment l’ossature du manuel:

I. Métalangage de la traduction
II. Documentation de base du traducteur
III. Méthode de travail
IV. Outils technologiques
V. Processus de la traduction
VI. Règles d’écriture
VII. Difficultés d’ordre lexical
VIII. Difficultés d’ordre syntaxique
IX. Difficultés d’ordre stylistique

Les cinq premiers objectifs généraux sont de nature terminologique, documentaire, méthodologique, technologique et théorique. Les quatre derniers portent sur les grandes catégories de difficultés liées à l’apprentissage de la traduction au stade de l’initiation: rédactionnelles, lexicales, syntaxiques et stylistiques.

Dans cette troisième édition, nous avons ajouté sept nouveaux objectifs spécifiques afin de tenir compte, entre autres, des nouvelles technologies: l’évaluation des ressources documentaires (OS 5), le travail en équipe (OS 11), l’autorévision (OS 12), la traductique (OS 13), les ressources de la bureautique (OS 14), la traduction de l’humour (OS 24) et, enfin, la nouvelle orthographe (OS 27).

Chacun des soixante-quinze objectifs spécifiques, dont beaucoup ont été profondément remaniés, présente une structure identique. Il s’ouvre par un exposé de la notion ou du problème de traduction représentant l’objectif; des suggestions de lectures complètent cette présentation. Suivent des exemples, des exercices d’application et, dans presque tous les cas, un ou plusieurs textes à traduire.

Il aurait été facile de multiplier les objectifs, mais nous n’avions pas l’ambition ni la prétention de couvrir tous les problèmes de traduction. Une telle entreprise relève de l’utopie. Nous croyons cependant que ceux retenus correspondent aux connaissances de base qu’il convient d’acquérir au stade de l’initiation à la traduction générale.

Un enseignement structuré autour d’objectifs d’apprentissage clairement délimités évite bien des tâtonnements inutiles aux futurs traducteurs. Il est, selon nous, de beaucoup préférable à la «méthode» qui consiste à traduire un texte collectivement en salle de classe. Nous avons toujours eu la conviction que faire de la traduction en groupe n’est pas enseigner la traduction, d’autant plus que, dans cette méthode sans plan de cours, les problèmes de traduction sont abordés au hasard des textes et ne sont que très partiellement couverts.

Exercices et textes

Les quelque cent cinquante exercices que propose La traduction raisonnée constituent une véritable gymnastique intellectuelle et apportent la confirmation que les solutions à tout problème de traduction sont multiples. L’apprenant ne tarde pas à découvrir qu’il y a toujours plusieurs façons de réexprimer dans une langue une pensée formulée dans une autre.

Quant aux textes, de longueur variable, qui complètent ces exercices, ils proviennent de publications les plus diverses: catalogues d’exposition, consignes, dépliants publicitaires, journaux, magazines, modes d’emploi, ouvrages de vulgarisation, programmes de concert, rapports administratifs, etc. Quelques-uns sont tirés de sites Internet.

Les sujets traités couvrent une large gamme de domaines, de l’alimentation à la zoologie, en passant par la bureautique, la cuisine, l’humour, l’informatique, la mode, la philatélie, les relations de couple, la santé et le théâtre. Nous avons tâché de choisir des documents plus ou moins «intemporels», c’est-à-dire ne traitant pas d’un sujet d’actualité éphémère afin d’éviter qu’ils ne deviennent caducs trop rapidement. Leur utilité première n’est d’ailleurs pas de renseigner sur l’actualité, mais d’illustrer certains aspects précis de la traduction.

En somme, La traduction raisonnée est une méthode d’initiation à la traduction générale de textes pragmatiques anglais qui cherche à développer l’aptitude à dissocier l’anglais et le français à tous les niveaux et à faire acquérir un outillage conceptuel permettant de tenir un discours raisonné sur la pratique de la traduction. Elle porte sur des difficultés récurrentes de traduction et favorise le développement des aptitudes rédactionnelles et la créativité par l’exploitation maximale des ressources de la langue française.

Si nous avons réussi à systématiser un tant soit peu l’enseignement de la traduction, à dégager un certain nombre de phénomènes récurrents que masque la diversité des faits de traduction et à faciliter l’apprentissage et l’exercice du métier de traducteur, nous aurons gagné notre pari et fait œuvre utile.

1. Les termes qui composent l’essentiel du métalangage de l’enseignement pratique de la traduction figurent dans le Glossaire à la fin du manuel.

ABRÉVIATIONS

abrév.

abréviation

adj.

adjectif

ant.

antonyme

BT

Bureau des traductions (1934-1988), Bureau de la traduction (1988-)

coll.

collection

CRCCF

Centre de recherche en civilisation canadienne-française

DHE

Dictionnaire Hachette encyclopédique

DQD

Dictionnaire québécois d’aujourd’hui

en

langue anglaise

Ex., ex.

Exemple

ETIB

École de traducteurs et d’interprètes de Beyrouth

FIT

Fédération internationale des traducteurs

fr

langue française

ISO

International Organization for Standardization (Organisation internationale de normalisation)

l.

ligne

LA

langue d’arrivée

LD

langue de départ

LSP

langue de spécialité

MSRC

membre de la Société royale du Canada

n.

nom

n.p.

non paginé

NPR

Le nouveau Petit Robert

OG

objectif général

OLF

Office de la langue française (1961-1974, 1977-2002)

OQLF

Office québécois de la langue française (2002-)

OS

objectif spécifique

PUO

Les Presses de l’Université d’Ottawa

qqch.

quelque chose

qqn

quelqu’un

RLF

Régie de la langue française (1974-1977)

SCFA

Stylistique comparée du français et de l’anglais

s.d.

sans date

syn.

synonyme

TA

(masc.) texte d’arrivée; (fém.) traduction automatique

TD

texte de départ

URL

Uniform Resource Locator

V., v.

Voir, voir

Var., var.

Variante, variante

*

précède un exemple fautif

=

précède une bonne solution

§

paragraphe

I

MÉTALANGAGE DE LA TRADUCTION

Objectif premier

ASSIMILATION DES NOTIONS DU GLOSSAIRE

C’est par la nomination, par l’utilisation d’une terminologie spécifique, que l’on comprend et assimile un objet de connaissance et une pratique.

MICHEL BALLARD

TOUTE DISCIPLINE, tout champ d’activité (spécialisé ou non), tout domaine de connaissance possède sa terminologie propre. L’initiation à la traduction professionnelle ne fait pas exception. On a longtemps déploré l’absence de définitions précises en traductologie en général, et en enseignement de la traduction en particulier. On a aussi dénoncé le fait que les concepts flottent au gré des points de vue et que les études en traduction sont largement marquées par l’idéologie et les jugements de valeur (Gambier, 1992: 421).

Le Glossaire que nous avons placé à la fin du manuel tente de remédier à cette lacune, tout au moins en ce qui concerne la didactique de la traduction. Nous y avons réuni les notions de base indispensables, croyons-nous, à un apprentissage raisonné et méthodique de la traduction générale.

Les quelque deux cent cinquante notions qui le composent décrivent les divers aspects du processus de la traduction, les nombreux procédés de transfert interlinguistique, les types d’équivalences, les stratégies de traduction, des concepts de traductologie, de linguistique différentielle, de grammaire, de rhétorique et de pédagogie, ainsi que les fautes de traduction et les fautes de langue les plus courantes commises en début d’apprentissage.

Mais pourquoi se doter d’un vocabulaire pour discuter de traduction? La traductologue Annie Brisset apporte la réponse à cette question:

Peut-on qualifier de «professionnel» un traducteur dépourvu des moyens de s’expliquer en termes techniques sur son propre métier? […] Traduire un texte, cela exige d’abord qu’on sache le lire. Cette lecture peut être intuitive, ou bien elle peut se fonder sur une analyse qui fait intervenir un ensemble de concepts et de procédures. L’utilité de la théorie, c’est, entre autres choses, de fournir au traducteur la maîtrise de ces concepts et de ces procédures. Et d’abord, de lui apprendre à les nommer, comme n’importe quel technicien apprend le nom de ses outils et des opérations qu’il effectue (Brisset, 1990: 239-240).

Apprendre à lire un texte et à l’analyser, à maîtriser et à nommer un ensemble de concepts et de procédures, voilà exactement l’utilité du Glossaire. Il importe dès le début de se doter d’un vocabulaire précis pour parler de traduction. L’intuition et la subjectivité ont leur limite lorsqu’il faut évaluer une traduction ou justifier des équivalences. Sans être une science exacte, la traduction obéit à un certain nombre de règles. Aussi, l’utilisation d’un métalangage rigoureux et opérationnel dans un manuel comme en salle de classe est le meilleur antidote à l’enseignement impressionniste.

Le métalangage de l’initiation à la traduction générale est bel et bien une spécialisation fonctionnelle du langage et se compose de notions empruntées à une dizaine de domaines: la théorie de la traduction (compléments cognitifs, création discursive), la linguistique générale (collocation, signification pertinente), la linguistique différentielle (calque, étoffement), la grammaire (adjectif de relation, aspect), la rhétorique (animisme, métaphore), les techniques de rédaction (concision, restructuration), la didactique (corrigé, faute de traduction), la terminologie (technolecte, terme), les technologies informatiques (aide à la traduction, traduction assistée par ordinateur) et la documentation (texte parallèle, vocabulaire).

Tout en assimilant les notions fondamentales de l’initiation à la traduction, on se familiarise avec les réalités du transfert interlinguistique. Il se dégage de l’ensemble des définitions du Glossaire une conception particulière de la traduction des textes pragmatiques, les seuls dont traite le présent manuel.

L’assimilation des principales notions du Glossaire au moyen de questionnaires et de textes constitue le premier objectif général de la méthode. Il est utile pour ce faire de regrouper logiquement et de hiérarchiser dans des tableaux les notions apparentées, comme nous l’avons fait dans Terminologie de la traduction (v. les Suggestions de lecture ci-dessous). Dans ces présentations schématiques, les notions s’éclairent les unes les autres.

La plupart des termes qui composent le Glossaire sont repris dans les objectifs subséquents et sont illustrés de nombreux exemples.

Suggestions de lecture1

Cormier, Monique C. (1985), «Glossaire de la théorie interprétative de la traduction et de l’interprétation».

Delisle, Jean (1998a), «Le métalangage de l’enseignement de la traduction d’après les manuels».

Delisle, Jean, Hannelore Lee-Jahnke et Monique C. Cormier (codir.) (1999), Terminologie de la traduction/Translation Terminology/Terminología de la traducción/Terminologie der Übersetzung, p. 96-101.

V. aussi: Brisset (1990); Delisle (1992).

EXERCICES D’APPLICATION

Répondez aux questions des trois premiers exercices ci-dessous en donnant le plus de détails possible sur les termes étudiés afin de bien cerner les notions.

Exercice 1

 1. Les notions «bagage cognitif», «compléments cognitifs» et «contexte cognitif» sont-elles synonymes?

 2. Distinguez «principe de traduction», «règle de traduction» et «procédé de traduction». Donnez UN exemple de chacune de ces notions.

 3. Les trois niveaux du maniement du langage sont les «règles d’écriture», l’«interprétation» et la «cohérence». Définissez ces trois notions.

 4. Les trois niveaux d’interprétation du point de vue de la réexpression sont le «report», la «remémoration» et la «création discursive». Définissez ces notions.

 5. Précisez ce qui distingue les «correspondances» des «équivalences».

 6. Le mot «transcodage» peut-il servir à désigner la traduction d’une phrase hors contexte?

 7. On distingue trois sortes d’«économie»: la «concentration», l’«implicitation» et la «concision». Expliquez pourquoi ces trois hyponymes ne sont pas synonymes.

 8. Le terme «étoffement» est-il synonyme d’«explicitation»? Précisez.

 9. Quel est l’antonyme d’«omission»?

10. Illustrez, au moyen d’UN exemple choisi dans un texte traduit que vous comparerez à l’original, les procédés de traduction suivants: la «modulation», l’«équivalence» et la «recatégorisation».

Exercice 2

 1. Donnez TROIS exemples d’«aides à la traduction».

 2. Complétez la phrase suivante: «Le barbarisme est une faute de nature morphologique, tandis que ________________ est une faute d’ordre sémantique, et le solécisme, une faute de ________________.»

 3. Qu’entend-on par le terme «cooccurrence»?

 4. Qu’est-ce qui permet de distinguer un «verbe d’aboutissement» d’un «verbe de progression»?

 5. Qu’est-ce qui concourt à donner au traducteur sa «sensibilité linguistique» particulière?

 6. Pourquoi est-il important, quand on traduit de l’anglais vers le français, de distinguer un «adjectif qualificatif» d’un «adjectif de relation»? Donnez UN exemple concret de chacun de ces déterminants.

 7. Énumérez les TROIS grands sous-domaines linguistiques qui forment autant de «langues de spécialité»?

 8. Peut-on dire qu’il existe un lien entre les notions de «ton» et de «compensation»? Précisez.

 9. En quoi la «traduction didactique» diffère-t-elle de la «traduction professionnelle»?

10. Que faut-il entendre par «comparatif elliptique»? Donnez UN exemple.

Exercice 3

 1. Comment appelle-t-on le procédé de rhétorique qui consiste à poser une question dans le corps d’un texte sans que cette question soit nécessairement suivie d’une réponse?

 2. Précisez ce qu’on entend par métaphore «morte», «vive», «filée» et «usée».

 3. DEUX des sept termes ci-dessous désignent des FAUTES DE LANGUE. Encerclez-les et définissez-les.

barbarisme   dilution   lacune   mot vide
omission   sous-traduction   zeugme

 4. DEUX des sept termes ci-dessous désignent des FAUTES DE TRADUCTION. Encerclez-les et définissez-les.

déverbalisation   faux sens   fréquence   idiotisme
non-sens   recatégorisation   servitude

 5. Comment appelle-t-on le procédé de rhétorique qui consiste à répéter un mot (ou un groupe de mots) au début d’énoncés successifs afin de mettre en relief l’expression ainsi répétée?

 6. Quel est le synonyme de la figure de rhétorique appelée «animisme»?

 7. Sous quelle appellation désigne-t-on le procédé de traduction qui consiste à transformer une forme verbale du texte de départ en un nom ou un syntagme nominal dans le texte d’arrivée?

 8. À quelle notion correspond la définition suivante: «Idée intelligible qui se dégage d’un contexte donné et qui se construit à partir des significations pertinentes des mots et des énoncés auxquelles s’ajoutent des compléments cognitifs pertinents»?

 9. Les termes «cliché» et «locution» sont-ils synonymes?

10. Comment appelle-t-on le procédé utilisé pour la traduction de l’énoncé suivant? Remember to lock the door/N’oublie pas de verrouiller la porte

Exercice 4
VRAI ou FAUX

 1. L’énoncé «Canada is the second largest aluminum producer in the western world» renferme une structure ordinale.

 2. Dans notre terminologie, le terme «ajout» désigne toujours une «faute de traduction».

 3. Les termes «hypertraduction» et «surtraduction» sont synonymes.

 4. L’énoncé suivant «Performance warranty coverage is for 24 months or 40,000 km, whichever comes first» renferme une disjonction exclusive.

 5. La locution conjonctive de subordination «ainsi que» est un exemple de «mot vide».

 6. On appelle «discours rapporté» la relation d’identité établie hors discours entre des mots ou des syntagmes de langues différentes.

 7. On peut employer indifféremment les termes «cohérence» et «cohésion».

 8. Toute équivalence qui n’est ni de type «report» ni de type «création discursive» est une «remémoration».

 9. Dans notre terminologie, l’«omission», conséquence d’une sous-traduction, est toujours une «faute de traduction».

10. L’«aspect» est une notion qui s’applique aux verbes seulement.

On trouvera ci-dessous des symboles qui serviront pour le prochain exercice. Les professeurs peuvent aussi les utiliser pour annoter les travaux de traduction. Ces symboles présentent l’avantage d’étiqueter clairement chacune des fautes de langue et de traduction relevées dans les copies, tout en offrant la possibilité de donner une appréciation positive des passages bien traduits.

SYMBOLES DE CORRECTION

Fautes de langue

A

anglicisme (lexical ou syntaxique)

AC

faute d’accord

AM

ambiguïté non délibérée

AN

absence d’antécédent

BAR

barbarisme

C

mauvaise charnière/enchaînement boiteux

C/A

rapport concret/abstrait non respecté

CH

charabia

EU

manque d’euphonie

GS

rapport générique/spécifique non respecté

ID

formulation non idiomatique

IMP

formulation imprécise

LO

manque de logique/incohérence

MD

maladresse/formulation boiteuse/mal dit

MET

métaphore incohérente ou non rendue

MJ

Ce n’est pas le mot juste.

N

nuance non rendue

O

faute d’orthographe

PL

pléonasme

R

répétition maladroite

RE

régionalisme

RL

mauvais registre de langue

S

faute de syntaxe, de structure

TV

verbe employé à un mauvais temps ou à un mauvais mode

Vx

vieux/archaïsme

Fautes de traduction

AJ

ajout

AL

allusion non rendue

CE

comparatif elliptique pouvant être évité

CS

contresens

CULT

culture générale/Documentez-vous.

E

étoffement manquant

FS

faux sens

NS

non-sens

OM

omission (mot ou membre de phrase manquant)

Appréciation

B

bonne solution

F

mot faible/Enrichissez votre vocabulaire.

FO

trop fort/Atténuez.

L

lourdeur/Allégez votre style.

SP

style pauvre

TB

très bien/Belle trouvaille!

Vu

difficulté déjà vue en classe/Attention!

Autres symboles

T

typographie/règle d’écriture non respectée

#

Ajoutez une espace.

?

Pouvez-vous justifier ce terme?

- - - -

correction annulée

()

mot ou passage pouvant être omis

Exercice 5

Chacune des phrases du texte «Behind the Scenes: The Culinary Maestro» a été numérotée consécutivement, y compris le titre. Il s’agit d’un texte publié dans le magazine Prélude distribuée aux spectateurs avant chacun des concerts présentés au Centre national des arts d’Ottawa. Le restaurant Le Café est intégré à ce centre, qui compte deux autres salles de spectacles.

Le texte original anglais est suivi de sa traduction française. À la suite de cette traduction, sont reproduits des passages extraits de copies d’étudiants qui ont eu à traduire ce texte. L’exercice consiste à comparer chacun de ces extraits à l’original, puis à la version traduite proposée (d’autres solutions sont évidemment possibles) et à indiquer dans la colonne de droite les symboles de correction correspondant aux erreurs commises ou aux bonnes solutions. Un même extrait peut renfermer plusieurs erreurs, ou encore des erreurs et de bonnes solutions.

Texte 1

Auteur: Anonyme

Source: Prélude

Genre de publication: Magazine culturel et artistique

Domaine: Restauration

Public visé: Grand public

Nombre de mots: 401

Note: NAC: National Arts Centre; en français, Centre national des arts (CNA)

[1] Behind the Scenes: The Culinary Maestro

[2] “I compare the dinner hour in Le Café to a wedding reception,” says Executive Chef Kurt Waldele. [3] “Everyone arrives at the same time. But here, they order à la carte.”

[4] With up to 180 people wanting to be upstairs for a show by 19:30 or 20:00, every night is a challenge. [5] It would be relatively easy if the food were precooked. [6] But at Le Café, everything is cooked to order; vegetables are cut by hand and recipes are designed to enhance the natural flavours of perfectly fresh ingredients.

[7] Since his arrival at the NAC in 1978, the German-born and trained Waldele has made Le Café one of the most highly regarded kitchens in the Capital, with its catering services constantly in demand for state banquets, receptions, weddings and meetings.

[8] How does he manage it? [9] By incredible organization and attention to detail.

[10] During the summer months, with an additional 180 guests on the outdoor terrace at any one time, the menu reflects the volume, with dishes that are somewhat quicker to prepare. [11] An enormous outdoor grill constantly billows forth delicious aromas. [12] Ten waiters work the floor. [13] Up to ten cooks are lined up in the kitchen, preparing those individual dishes.

[14] Waldele has made an art of things Canadian. [15] There are always three different preparations of fresh Atlantic salmon on the menu (over 500 pounds served per week!) [16] Duck is another specialty; Waldele is particularly fond of Quebec’s Brome Lake duck: “It tastes like duck.” [17] His personal favourite is lamb. [18] No matter which preparation you sample at Le Café, you will understand why he enjoys it so much.

[19] All meats served at Le Café are cut and aged in the NAC’s own butcher shop. [20] Waldele is also proud that Le Café is one of the few establishments where the desserts, including pastries, ice creams and sherbets, are still made on the premises. [21] Little wonder that the British Columbia raspberry sherbet has been a customer favourite for over 10 years!

[22] Every season, Waldele comes up with new creations. [23] After talking with colleagues across the country and studying what is particularly good, he invents his own recipes, experimenting in the kitchen until he’s got it just right. [24] For its fullest enjoyment, Waldele believes that, like art, food should be appreciated at the leisurely pace.

[25] “Come at six so you have time to savour the cuisine before the show starts.”

Version française

[1] Dans les coulisses: le maestro de la cuisine

[2] «Je compare le repas du soir au Café à une réception de noces, dit le chef de cuisine, Kurt Waldele. [3] Tout le monde arrive en même temps, sauf qu’ici chacun commande à la carte.»

[4] Servir chaque soir quelque 180 clients qui doivent être à leur fauteuil à 19h30 ou à 20 h est un vrai tour de force. [5] Ce serait simple si les repas étaient précuits. [6] Mais au Café les plats sont cuisinés sur demande, les légumes coupés à la main, et chaque recette rehausse les saveurs naturelles des ingrédients, toujours bien frais.

[7a] Depuis son arrivée au CNA en 1978, le chef Waldele, né et formé en Allemagne, a fait du Café l’une des tables les plus réputées de la capitale. [7b] Son service de traiteur est très en demande, qu’il s’agisse de banquets officiels, de réceptions, de noces ou de réunions. [8] La recette de son succès? [9] Un sens incroyable de l’organisation allié à un souci constant du détail.

[10a] Durant la belle saison, la terrasse peut accueillir 180 clients supplémentaires. [10b] Compte tenu de cette affluence, des plats plus rapides à préparer figurent au menu. [11] Un immense gril parfume l’air d’arômes exquis. [12] Dix personnes assurent le service aux tables et, [13] dans la cuisine, une dizaine de cuisiniers s’affairent à préparer les assiettes individuelles.

[14] Au fil des années, M. Waldele est passé maître dans l’art d’apprêter les produits canadiens. [15] Sa carte propose toujours trois plats distincts de saumon frais de l’Atlantique — Le Café en sert plus de 500 livres (250 kg) par semaine! [16a] Le canard est une autre de ses spécialités. [16b] Il aime tout particulièrement celui du lac Brome, au Québec: «Il goûte vraiment le canard», dit-il. [17] Mais l’agneau est son mets favori. [18] Quelle que soit la façon dont il l’accommode, vous ne serez jamais déçu et comprendrez pourquoi il l’aime tant. [19] Toutes les viandes sont débitées puis vieillies dans la boucherie du CNA.

[20] Le Café est aussi l’un des rares établissements où les desserts sont faits maison, y compris les pâtisseries, la crème glacée [var. les glaces] et les sorbets. [21] Pas surprenant que le sorbet aux framboises [var. à la framboise] de la Colombie-Britannique soit un des desserts favoris des clients depuis plus de dix ans.

[22] Chaque saison, M. Waldele crée de nouveaux plats. [23a] Il consulte d’abord des collègues dans divers coins du pays pour connaître les produits ayant connu une bonne saison. [23b] Puis, il invente ses propres recettes qu’il perfectionne en cuisine jusqu’à ce qu’il soit satisfait du résultat. [24] À son avis, il en est de la gastronomie comme de tout autre art: pour l’apprécier pleinement, il faut y mettre du temps.

[25] «Arrivez donc dès 18 h, conseille-t-il; vous aurez ainsi tout le temps nécessaire pour déguster votre repas avant le lever du rideau.»

Phrases Extraits Symboles

[1]

Derrière la scène. Le maestro culinaire

Le maître de cuisine derrière son tablier

[2]

«Je compare l’heure du souper chez le Café à une réception de mariage,» dit le chef exécutif Kurt Waldele. «Tout le monde arrive à la même heure, mais ici, ils commandent à la carte.»

«L’heure du dîner au restaurant Le Café est comparable à une réception de mariage, déclare Kurt Waldele, le chef cuisinier en tête.»

[4]

Servir chaque soir 180 convives avant les spectacles

180 personnes anxieuses de se rendre à la salle de spectacle

Les quelques 180 personnes

les 180 personnes qui désirent chaque nuit avoir une place en haut avant 19h30 ou 20 h

[6]

tout est cuit à la commande

tout est préparé à l’ordre

des ingrédients remplis de fraîcheur

Les recettes sont spécialement conçues pour pouvoir savourer la fraîcheur des aliments.

[7]

le restaurant le plus respectable de la capitale

un des restaurants les plus cotés de la capitale

a fait de la cuisine du Le Café, l’une des plus considérée de la capitale

le qualifié Waldele

banquet d’État

Depuis son arrivée au CNA en 1978, Kurt Waldele, né et breveté en Allemagne,

[8] [9]

Sa recette? Une très bonne organisation

[10]

cent quatre-vingt personnes additionnelles

Au cours des mois d’été, avec cent quatre-vingts convives de plus à la terrace extérieure, le menu reflète l’augmentation de la clientèle par des plats plus faciles à préparer.

l’arrivée sur la terrasse extérieure d’une deux centaines d’invités

Pendant l’été, comme il y a 180 personnes de plus en tout temps à la terrasse

Durant les mois d’été, le menu des plats quelque peu rapide à préparer reflète le volume des 180 clients supplémentaires réunis dans un seul coup sur la terrace.

[11]

un gril qui déverse un flot de délicieuses arômes.

L’énorme rôtisserie de plein air envoie sans cesse des arômes délicieux.

Un grill imposant d’où s’échappent des effluves qui creusent l’appétit trône en plein air.

[12]

Dix serveurs sont en fonction sur le plancher.

Dix garçons nettoient le parquet.

Dix serveurs travaillent sur le plancher

On retrouve 10 serveurs à notre service

[13]

jusqu’à 10 cuisiniers préparent les plats individuels tant attendus.

plus de 10 cuisiniers alignés dans la cuisine préparant les plats particuliers.

Près de dix cuisiniers font la file dans la cuisine entrain de préparer ces mets individuels.

afin de préparer ces mets préparés individuellement

[14]

Waldele cherche à mettre en valeur les produits du pays.

L’art de M. Waldele évoque tout ce qui est canadien

Waldele fit un art des mets canadiens.

Waldele a tout transformé sous ses mains d’artiste

[15]

il y a 3 préparations différentes de saumon de l’Atlantique

cela dépasse 500 lbs par semaine!

[16]

Le canard est une autre spécialité: il préfère surtout celui

[17]

Personnellement, Waldele préfère le mouton.

Mais c’est le veau qu’il aime le plus

L’agneau est son plat de prédilection.

[18]

Peu importe ce que vous goûtiez au Café, vous comprendrez pourquoi Waldele aime tant ce restaurant.

[19]

la boucherie de la CNA

les viandes sont taillées

les viandes sont tranchées et macérées

dans la propre boucherie du CNA

[21]

a été un favori du client depuis dix ans.

Pas de surprise de réaliser que le sorbet au framboise de la Colombie Britannique est

Il n’est guère étonnant que le sorbet aux framboises soit l’un des préférés des clients depuis plus de dix ans!

[22]

À chaque saison,

Chaque nouvelle saison est l’occasion pour Waldele de présenter de nouvelles créations culinaires.

[23]

Après avoir échangé avec des collègues à travers le pays,

après avoir étudié ce qui est bon en particulier

Il discute et consulte ses collègues à travers le pays et étudie ce qui est vraiment bon.

[24]

Pour en retirer un plaisir complet, Waldele croit que la nourriture devrait être appréciée tranquillement.

Afin d’en apprécier la plénitude,

Il en est de la gastronomie comme de l’art:

Pour obtenir la meilleure satisfaction de la nourriture, cette dernière, tout comme l’art, devrait être appréciée dans un lieu tranquille.

[25]

pour avoir le temps de bien savourer avant le début du spectacle

[…], conseille-t-il, […]

Exercice 6

Du point de vue de l’apprentissage de la traduction, le texte Harvest the Sun ci-dessous est intéressant, car il permet d’illustrer plusieurs notions du métalangage de la traduction. Avant de le traduire, relisez attentivement les définitions des notions suivantes dans le Glossaire:

adaptation: Harvest the Sun (titre de l’ouvrage à franciser)

concentration: thousands of years (§ 1)

concision: (§ 2), (début du § 5)

création discursive: various areas of the world (§ 5); is very welcome (§ 5)

expression idiomatique: is not new (§ 1)

implicitation: the book (§ 4)

interprétation: powering (§ 1), developing areas (§ 3), initiated (§ 3)

mot juste: decades (§ 2), development, energy, oil, system (presque tous les §)

négativation: will one day become exhausted (§ 2)

recatégorisation: interest (§ 3), more and more (§ 5)

règle d’écriture: titre francisé, titre dans le texte (§ 4 et 5), 100°C (§ 4)

remémoration: Foreword, peat, buildings (§ 1), low temperature heat (§ 4)

répétition (abusive): energy, provision (§ 4), system, not only… but also (3 occurrences)

report: 100

Autres notions utiles: articulation, charnière, économie

Attention à la traduction de due to (§ 2): évitez le calque (v. l’OS 68).

Texte 2

Auteur: Thomas A. Lawand

Source: Harvest the Sun

Genre de publication: Ouvrage de vulgarisation

Domaine: Énergie solaire

Public visé: Public non spécialisé

Nombre de mots: 375

Note 1 — Nick Nicholson est l’auteur de cet ouvrage, Thomas A. Lawand, le préfacier.

Note 2 — Francisez le titre.

Harvest the Sun Foreword

[§ 1] The application of solar energy in its various forms for the needs of man is not new. For thousands of years, we have been drying our crops and clothes, with the sun, powering our ships and mills with the wind, and using stored solar energy in the form of organic matter, wood, oil, peat, etc., to provide heat, energy, and cooling for our buildings.

[§ 2] In recent decades, a newer form of heliotechnology has emerged wherein man has combined the energy of the sun with the sophistication of modern technological procedures. The pace of heliotechnological development has augmented considerably in recent years due to the acute realization that the oil and natural gas, which provide a major part of our energy requirements, will one day become exhausted.

[§ 3] Interest has developed not only in the industrialized countries of the world, but in the developing areas as well. It is significant to note that most petroleum and gas producing nations in the world have also initiated increasingly important programs for the development of renewable energy technologies based on the sun.

[§ 4] The book, Harvest the Sun, addresses principally a specific aspect of solar energy technology, the application of solar energy to the provision of heat for the homes, buildings, businesses and factories of our society. The provision of low temperature heat, less than 100°C, accounts for roughly one-half of the current energy budgets of many of the industrialized nations of the world. The author has therefore not only selected a most important subject area, solar energy, but also one of the more significant areas of energy use to which solar energy is eminently suited, low temperature heat.[…]

[§ 5] The development of practical solar systems which are durable and have a long life is an important facet in the utilization of solar energy as a truly appropriate technology for the advancement of our society. Solar energy heating systems must be appropriate in space and time, not only for our specific needs but for the other areas with similar climates to our own. As more and more solar heating systems are introduced into various areas of the world, a book such as Harvest the Sun, which provides the reader with practical details of proven experiences, is very welcome indeed.

1. Les références complètes des Suggestions de lecture figurent dans la Bibliographie.

II

DOCUMENTATION DE BASE DU TRADUCTEUR

Objectif 2

OUTILS DU TRADUCTEUR

Acquérir de bonnes connaissances techniques, maîtriser les terminologies, c’est-à-dire bien se documenter, est une nécessité première pour qui entreprend de traduire.

CLAUDE TATILON

L’APPRENTISSAGE de la traduction, tout comme la pratique quotidienne de cette profession, exige la consultation fréquente de sources documentaires portant sur les sujets les plus divers. C’est pourquoi les bonnes écoles professionnelles de traduction incluent dans leur programme d’études un cours d’initiation à la recherche documentaire. Cet aspect important de la méthode du traducteur ne sera donc pas traité en détail ici. Nous nous bornerons à donner un aperçu du genre d’ouvrages de référence avec lesquels il convient de se familiariser au stade de l’initiation.

Par ailleurs, les aides à la traduction, c’est-à-dire les outils informatiques qui servent à accomplir une tâche liée à l’activité de traduction, tels que les logiciels de traduction assistée par ordinateur, les bitextes, les concordanciers, les dictionnaires informatisés, les banques de terminologie et les mémoires de traduction, feront l’objet de l’OS 13. Nous ne traiterons pas non plus ici des ressources de la bureautique traitées à l’OS 14: compte-mots, conjugueurs, correcteurs orthographiques et grammaticaux, logiciels de traitement de texte et tableurs.

Bibliothèque de base du traducteur

Sur la table de travail du traducteur de textes pragmatiques de l’anglais vers le français, on trouve un nombre variable de titres parmi les ouvrages ci-dessous. La bibliothèque du traducteur se constitue petit à petit, en fonction de ses besoins changeants. Il va de soi qu’il faut privilégier l’achat de l’édition la plus récente de tout ouvrage de référence.

1. Dictionnaires unilingues français

Le nouveau Petit Robert et le Grand Robert (sur cédérom: Le Robert électronique)

Dictionnaire du français contemporain (Larousse)

Larousse de la langue française: Lexis

Le Trésor de la langue française informatisé

2. Dictionnaires unilingues anglais

Canadian Oxford Dictionary

Collins Canadian Dictionary

The American Heritage

Cobuild English Dictionary

Webster’s Dictionary of English Usage

3. Dictionnaires bilingues

Harrap’s Shorter

Oxford-Hachette French-English/English-French Dictionary

Robert & Collins

4. Dictionnaires généraux de traduction

Guide anglais-français de la traduction, de René Meertens

Les mots pour le traduire. Petit dico anglais-français, de Luc Labelle

Le traducteur averti. Pour des traductions idiomatiques, de François Lavallée

5. Noms propres

Le Petit Robert des noms propres

Webster’s Dictionary of Proper Names

6. Difficultés de la langue française

Dictionnaire des difficultés du français, de Daniel Péchoin et Bernard Dauphin

Le français sans fautes, de Jacques Capelovici

Dictionnaire des difficultés du français, de Jean-Paul Colin

Nouveau dictionnaire des difficultés du français moderne, de Joseph Hanse

7. Américanismes

NTC’s American Idioms Dictionary, de Richard A. Spears

Grand dictionnaire d’américanismes, d’Étienne et Simone Deak

Dictionary of Contemporary American English Contrasted with British English, de Givi Zviadadze

NTC’s Dictionary of Proverbs and Clichés, d’Anne Bertram et Richard A. Spears

Dictionnaire des anglicismes: les mots anglais et américains en français, de Josette Rey-Debove et Gilberte Gagnon

8. Grammaires françaises

Le bon usage. Grammaire française, de Maurice Grevisse

Grammaire du français, de Delphine Denis et Anne Chancier-Château

9. Thésaurus

Thésaurus des mots aux idées, des idées aux mots, de Daniel Péchoin

Trouver le mot juste: dictionnaire des idées suggérées par les mots, de Paul Rouaix

10. Cooccurrences

Dictionnaire des cooccurrences, de Jacques Beauchesne. V. aussi Termium Plus®

Lexique de cooccurrents: bourse et conjoncture économique, de Betty Cohen

11. Conjugaison

L’art de conjuguer, de Louis N. Bescherelle.

Notes:

a) Des conjugueurs sont intégrés à la plupart des logiciels de traitement de texte.

b) Le correcteur orthographique et grammatical Antidote® renferme un module «Conjugueur».

c) Dans les «Outils d’aide à la rédaction» de Termium Plus®, ConjugArt, offert gratuitement, permet d’obtenir la conjugaison de près de 8000 verbes français, y compris de verbes techniques, de canadianismes et de régionalismes européens.

12. Codes typographiques

Le Ramat de la typographie, d’Aurel Ramat

Guide linguistique à l’intention des imprimeurs, de Monique Bisson et al.

Code typographique du Syndicat national des cadres et maîtrises du livre, de la presse et des industries graphiques

Le Bellerive, didacticiel sur les principales conventions typographiques françaises. V. aussi Termium Plus®

13. Encyclopédies générales, techniques ou sectorielles

Outre cette documentation fondamentale, l’étudiant en traduction ne tardera pas à découvrir l’utilité des grands dictionnaires encyclopédiques (Larousse, Quillet), des grandes encyclopédies générales (Universalis, Larousse, Britannica), des encyclopédies techniques (Encyclopédie internationale des sciences et des techniques, The McGraw-Hill Encyclopedia of Science and Technology) et des encyclopédies sectorielles (Encyclopédie pratique de la construction et du bâtiment, Encyclopédie de la médecine, Encyclopédie du jardinage, Encyclopédie de la décoration, etc.). Cependant, les grands moteurs de recherche ainsi que les milliers de sites Internet remplacent de plus en plus la consultation de ces ouvrages en bibliothèque.

14. Faux amis

Les faux amis, de Michel Ballard

Dictionnaire des faux amis français-anglais, de Jacques Van Roey, Sylviane Granger et Helen Swallow.

Contexte nord-américain

Les étudiants des écoles de traduction au Canada pourront ajouter à la liste ci-dessus les titres suivants qui concernent plus spécifiquement le français et l’anglais en contexte nord-américain.

15. Dictionnaires de langue

Multidictionnaire de la langue française, de Marie-Éva de Villers

Dictionnaire québécois-français, de Lionel Meney

16. Difficultés de la langue française au Canada

Le VocabulAIDE, de Pierre Cardinal (v. l’OS 4)

Mots de tête [bis], de Frèdelin Leroux fils

1300 pièges du français parlé et écrit au Québec et au Canada, de Camil Chouinard

Le bon mot. Déjouez les pièges du français, de Jacques Laurin

400 capsules linguistiques (I et II), de Guy Bertrand

Mieux dire, mieux écrire: petit corrigé des 2500 énoncés les plus malmenés au Québec, 5e éd., d’Yvon Delisle

En français dans le texte, de Robert Dubuc

Au plaisir des mots, de Robert Dubuc

17. Anglicismes, faux amis, lexiques analogiques

Le Colpron. Le dictionnaire des anglicismes, de Denise Boudreau et Constance Forest, refonte de l’ouvrage de Gilles Colpron Les anglicismes au Québec

Le grand glossaire des anglicismes du Québec, de Jean Forest

Lexique analogique, de Jacques Dubé. V. aussi Termium Plus®

18. Guides de rédaction

Le guide du rédacteur, du Bureau de la traduction. V. aussi Termium Plus®

Guide de la communication écrite au cégep, à l’université et en entreprise, de Marie Malo

Le français au bureau, de Noëlle Guilloton et Hélène Cajolet-Laganière

19. Canadianismes

Dictionnaire des canadianismes, de Gaston Dulong

20. Grammaires

La nouvelle grammaire en tableaux, de Marie-Éva de Villers

Abrégé des règles de grammaire et d’orthographe, de Jacqueline Bossé-Andrieu

21. Noms propres

Le petit Jean: dictionnaire des noms propres du Québec, de Jean Cournoyer

Dictionnaire des noms propres géographiques du Québec, de Renald Tremblay (dir.)

Principaux types de répertoires

Il existe plusieurs genres de répertoires qu’il est bon de connaître. Les termes qui composent ces recueils sont présentés soit avec leurs définitions ou en contexte, soit avec leurs équivalents dans une ou plusieurs langues, soit dans leurs relations avec d’autres termes (thésaurus). Les répertoires qui fournissent des définitions, des contextes ou des renseignements encyclopédiques se révèlent souvent plus utiles au traducteur qu’un simple lexique, un glossaire ou une nomenclature. Mis à part les «thésaurus», les auteurs du Vocabulaire systématique de la terminologie (Boutin-Quesnel et al., 1985) définissent ainsi les principaux types de répertoires:

dictionnaire

Répertoire d’unités lexicales qui contient des informations de nature sémantique, notionnelle, référentielle, grammaticale ou phonétique.

dictionnaire de traduction

Dictionnaire dont les unités, présentées le plus souvent dans l’ordre alphabétique, sont accompagnées, en plus des équivalents dans une ou plusieurs langues, d’informations de nature sémantique, grammaticale et phonétique.

dictionnaire encyclopédique

Dictionnaire qui contient des informations de nature linguistique (sémantique, grammaticale, phonétique) et des informations de nature référentielle, c’est-à-dire relatives aux objets.

dictionnaire spécial

Dictionnaire de langue qui décrit des unités lexicales sélectionnées pour certaines de leurs caractéristiques. Ex.: dictionnaire de synonymes, dictionnaire d’argot, dictionnaire d’étymologie.

fichier terminologique

Répertoire manuel ou automatisé, constitué de fiches terminologiques classées selon un ordre alphabétique ou systématique.

glossaire

Répertoire qui définit ou explique des termes anciens, rares ou mal connus.

index

Liste alphabétique de termes tirés d’un répertoire et assortis d’une référence permettant leur repérage.

lexique

Répertoire qui inventorie des termes accompagnés de leurs équivalents dans une ou plusieurs autres langues, et qui ne comporte pas de définitions. Note: les lexiques portent généralement sur un seul domaine.

nomenclature

Répertoire de termes présentant des relations notionnelles fortement structurées et correspondant à des règles systématiques de dénomination. Ex.: nomenclature chimique.

thésaurus

«Répertoire alphabétique de termes normalisés pour l’analyse de contenu et le classement des documents d’information» (Le nouveau Petit Robert). Un thésaurus permet l’exploration systématique des champs sémantiques, ainsi que la conceptualisation et l’association d’idées. Il se révèle utile aussi comme dictionnaire de synonymes et d’antonymes.

trésor

Dictionnaire de langue qui décrit de façon exhaustive les unités d’un vaste corpus représentatif d’une langue.

vocabulaire

Répertoire qui inventorie les termes d’un domaine et qui décrit les notions désignées par ces termes au moyen de définitions ou d’illustrations.

Autres sources documentaires

La documentation utile au travail du traducteur ne se limite pas aux seuls répertoires énumérés ci-dessus. Elle englobe d’autres genres de documents que l’on peut classer en six catégories.

1. Manuels, codes, monographies

Les numéros de la collection «Que sais-je?» (bien que de qualité variable), les Techniques de l’ingénieur, les traités (droit, médecine, plomberie), les manuels (géographie, économie, biologie).

2. Revues spécialisées, catalogues

Usine nouvelle (www.usinenouvelle.com), Scientific American, les catalogues des grands magasins, ceux des fabricants.

3. Normes, fiches techniques, recueils de lois

Les normes de l’Association française de normalisation (AFNOR), de l’Association canadienne de normalisation (ACNOR), de l’Organisation internationale de normalisation (ISO), du Comité européen de normalisation (CEN), les fiches techniques des constructeurs automobiles, les notices (d’entretien, de montage), les textes de loi.

4. Publications de services linguistiques, revues de traduction

L’Actualité langagière, La banque des mots, Meta, Circuit.

5. Atlas et cartes géographiques

Atlas et toponymie du Canada, Canada Atlas toponymique, Canada Gazetteer Atlas, Atlas universel, Grand atlas géographique et encyclopédique, Grand atlas du continent africain, The Times Atlas of the World, National Geographic Atlas of the World, etc. Presque chaque pays publie son atlas.

6. Répertoires de périodiques

Les périodiques, les magazines d’intérêt général ainsi que les revues professionnelles ou spécialisées occupent une place importante dans le domaine de l’information. De par leur nombre et leur contenu, ces publications sont une mine de renseignements pour les traducteurs. Encore faut-il savoir comment y trouver l’information désirée. À cet égard, les répertoires d’articles de périodiques se révèlent des instruments de recherche indispensables lorsqu’il faut se documenter sur une innovation récente, une technologie de pointe ou tout sujet sur lequel les ouvrages encyclopédiques sont muets. Les bibliothèques universitaires disposent de nombreux répertoires de périodiques. Beaucoup sont désormais sur support informatisé ou en ligne.

7. Internet

Compte tenu de l’importance grandissante qu’occupe la Toile dans la recherche d’information et le travail quotidien du traducteur, l’OS 5 sera entièrement consacré à l’«évaluation des ressources documentaires» diffusées sur support papier ou électronique.

Conclusion

Pour se documenter rapidement à propos de n’importe quel sujet, le traducteur doit connaître les outils de base de la recherche d’information et savoir les utiliser à bon escient. Personne ne peut tout connaître, mais il est crucial de savoir où et comment chercher l’information désirée et d’être en mesure d’évaluer la fiabilité et la pertinence de cette information.

Suggestions de lecture

Dubuc, Robert (2002), Manuel pratique de terminologie, p. 153-167.

Gile, Daniel (1993), «Les outils documentaires du traducteur».

Marcil, Claude et Robert Chiasson (1992), Comment chercher. Les secrets de la recherche d’information.

V. aussi: Gosselin (1989).

EXERCICES D’APPLICATION

Exercice 1

Comparez la définition des mots suivants dans le Dictionnaire québécois d’aujourd’hui, Le nouveau Petit Robert et le Dictionnaire Hachette encyclopédique.

cartable   dépanneur   fournaise   séraphin   soupane

Exercice 2

À partir de répertoires de périodiques ou encore d’Internet, constituez un dossier de quelques articles récents (deux ou trois ans) rédigés en français sur l’un des sujets suivants:

1. Le recyclage des matières plastiques

2. Les fibres optiques

3. Les mémoires d’ordinateur

4. Le forage off-shore

5. La téléphonie cellulaire

Exercice 3

Traduisez le texte «Aux Anciens Canadiens, Gastronomy à la québécoise» en accordant une attention spéciale aux mots suivants: area, heritage, you enter, you feel, bonus, who dine in her restaurant, your table, headcheese, ragoût of pig’s knuckles, creton, popular, over the decades.

Texte 3

Auteur: Jo Ouellet

Source: Voyageur Magazine

Genre de publication: Magazine d’un transporteur routier

Domaines: Restauration, tourisme

Public visé: Grand public

Nombre de mots: 363

Aux Anciens Canadiens, Gastronomyà la québécoise

The entire area within the walls of the Old City has been designated a world heritage site by UNESCO for the very good reason that it contains some of the oldest dwellings in North America. At the corner of des Jardins and St. Louis streets, near the Château Frontenac, is a particularly lovely old home built by an early French settler by the name of Jacquet in 1675-76. Since 1966, it houses a delightful restaurant called Aux Anciens Canadiens, the early Canadians.

Built on land originally owned by the Ursulines, it reflects the architecture and sturdy construction of the early settlers: thick walls, heavy joists, attractive wainscoting and cupboards recessed in the walls. It was a typical homestead on a fashionable street during the French Regime and when you enter it today, you feel time warped back to a period far removed from the stress of busy living.

The owner is as charming as her restaurant. Annette Légaré set out to make her restaurant authentically Québécois in decor and cuisine and she has succeeded. She combed the countryside in search of handicrafts made by the early artisans and now these lovely only pieces hang on her walls or grace her shelves. It is a bonus which surprises and delights the guests who dine in her restaurant.

Elegant Tiffany lamps hang low over checkered gingham tablecloths while waitresses in long-skirted peasant dresses bring steaming tureens of delicious soup or potage to your table.

On the menu are such traditional favorites as headcheese, onion soup, ragoût of pig’s knuckles and the renowned Quebec meat pie, tourtière. Along with creton and pea soup, the tourtière is among the most popular dishes to be found throughout Quebec. The origin of today’s tourtière can be traced back to those first colonists from France who discovered foodstuffs in the New World and adapted them to their taste. Abundant at the time but now extinct was a breed of wild pigeon which they christened “tourte” and the settlers baked them in a pie which soon became known as tourtière. Over the decades the filling varied with regions but the most widespread recipe became minced pork.

Exercice 4

Traduisez le texte «Cancún: A Getaway Destination for Fun» et indiquez les sources documentaires pour la traduction des termes suivants: snorkeling, jet ski, sun fish, Hobie Cats, scuba diving, windsurfing, parasailing.

Texte 4

Auteur: Anonyme

Source: Voyageur Magazine

Genre de publication: Magazine d’un transporteur routier

Domaine: Tourisme

Public visé: Usagers des autocars de la société Voyageur

Nombre de mots: 327

Cancún:
A Getaway Destination for Fun

Cancún is extraordinary. This sparkling resort is a sun worshiper’s dream come true. Beaches are among Mexico’s best and most beautiful. Fine, sparkling white limestone sand always cools, never burns the feet. Clear, vivid turquoise waters invite diving, snorkeling and deep sea fishing. And the sun shines almost all year round.

Cancún as a resort is scarcely 10 years old, yet there is more to see and do than you can fit into one vacation. Though facilities surpass international standards, a feeling of being in a fresh, unspoiled area is everywhere. Much of the surrounding land is a wildlife preserve. You can still hear birdsong by day while gentle waves sing you a lullaby at night.

The harmonious blend of ancient and modern is uncanny. The Yucatán Peninsula was once the center of the highly developed Mayan civilization and is blessed with rich archaeological treasures. Small ruins dot the hotel zone and some of Mexico’s most awesome archaeological sites are accessible on easy day-trips.

This is one of the few places on the planet especially designed and built for fun in the sun from the ground up. You will love it! Cancún is actually a 1/4 mile-wide, 14-mile-long-L-shaped island connected to the mainland by bridges.

Water sports top the list of daytime activities. There are 14 miles of sparkling white beaches to sun on and you have the doubly dazzling choice of fresh or salt water for swimming.

Major hotels have water sports centers. Jet skis, motor boats, sail boats, sun fish, Hobie Cats, canoes and kayaks can be rented at a number of marinas along the highway. Snorkeling may be the best in the country. You can sign up for a snorkeling, scuba diving or deep sea fishing excursion and water ski to your heart’s content.

Windsurfing conditions are particularly good and parasailing is also popular. A 15-minute ride costs about U.S. $15. Tennis and golf opportunities abound.

Objectif 3

LIMITES DES DICTIONNAIRES BILINGUES

Dictionaries are like watches; the worst is better than none, and the best cannot be expected to go quite true.

SAMUEL JOHNSON

LE TRADUCTEUR français de Samuel Butler et de James Joyce, Valery Larbaud, estimait que «les dictionnaires bilingues ne sont que des esclaves, ou mieux des affranchis faisant fonction d’huissiers et d’interprètes» (Larbaud, 1946: 86). «Un dictionnaire [bilingue] c’est toujours de la traduction condensée, cristallisée, surgelée», pensait pour sa part le linguiste Mario Wandruszka (1973: 84). «Un traducteur n’a parfois que faire du dictionnaire», observait Pierre Daviault dans l’avant-propos de L’expression juste en traduction (Daviault, 1936: 8). Hilaire Belloc, quant à lui, jugeait dangereux de trop se fier aux dictionnaires:

However well a man may possess the original tongue from which he is translating into his own, there will arise […] occasions when it is necessary to verify the exact meaning of a particular word and for that service the dictionary is essential. […] But to rely upon the dictionary continuously is fatal. It argues either an insufficient knowledge of the original, or an insufficient confidence in oneself, which, for translation as for any other creative work, is an evil. If you are fairly certain from your experience that a particular meaning is intended do not fear to give that meaning although the dictionary has it not (Belloc, 1931: 179).

Un recours trop fréquent aux dictionnaires dénote, en effet, une connaissance insuffisante des langues de travail et un manque de confiance en soi. Enfin, un dictionnaire est peut être un garde-fou, mais ne doit pas être une béquille. Le professeur Henri-Daniel Wibaut confie avoir du mal à faire admettre à ses étudiants que leurs traductions sont de meilleure qualité lorsqu’ils travaillent sans dictionnaire (Wibaut, dans Israël, 1998: 69).

Nous pourrions multiplier les citations qui renferment des réserves ou des mises en garde comme celles qui précèdent. Les dictionnaires, ces grandes bibliothèques de mots, sont à la fois les meilleurs amis et les pires ennemis du traducteur. Ce sont des outils indispensables, mais dont l’emploi n’est pas sans danger. Il faut les manipuler avec prudence. Les articles cités dans les Suggestions de lecture ci-dessous font ressortir, au moyen d’exemples concrets, les nombreuses lacunes inhérentes aux dictionnaires bilingues. Parmi les principales, nous pouvons citer les suivantes:

1. Les dictionnaires vieillissent rapidement, ce qui rend nécessaire la publication de répertoires de «mots nouveaux», de «mots dans le vent», absents des dictionnaires généraux. Les banques de terminologie sont aussi nées du désir de suivre de près l’évolution incessante de la langue mais, malgré le travail admirable des terminologues qui les alimentent quotidiennement, elles restent lacunaires.

2. Les meilleurs dictionnaires généraux de traduction ne sont pas exempts d’erreurs. Par exemple, le Robert & Collins (1987) traduisait pay-TV par «*télé-banque» [l’éd. de 1998 corrige: télévision payante], Thanksgiving Day par «*fête nationale» [l’éd. de 1998 corrige: Action de grâce] et convenience store par «*commerce de proximité» [l’éd. de 1998 ajoute: dépanneur (Can.)]. Pour le terme highway, l’édition de 1998 propose grande route ou route nationale, termes pouvant convenir dans certains contextes, mais elle ne fait aucune mention de l’équivalent autoroute, mot donné comme correspondant du terme américain turnpike, peu usité au Canada.

3. Les répertoires unilingues ou bilingues renferment de nombreux «mots de dictionnaire», c’est-à-dire des termes que l’on ne trouve pour ainsi dire nulle part ailleurs. C’est le cas du mot «occasion» que l’auteur du Dictionnaire des difficultés de la langue française au Canada propose comme équivalent de lift (Dagenais, 1990: 364). Qui dira: «J’ai eu une occasion pour aller de Québec à Montréal»? Quoiqu’on le pourrait, on ne le fait pas. L’article renferme cependant d’excellentes solutions non lexicales.

Le mot «rotophare» que le Robert & Collins donne comme correspondant de flashing light ne figure dans aucun dictionnaire unilingue qui, tous, par contre, enregistrent le terme «gyrophare», phare rotatif équipant le toit de certains véhicules prioritaires (voitures de police, ambulances, etc.). Cette lacune a été corrigée dans l’édition du Robert & Collins de 1998. En outre, flashing light se dit aussi revolving light, emergency rotating light, rotating lamp, revolving domelight, revolving reflector lamp, rooflight, autant de synonymes absents du dictionnaire.

4. Les dictionnaires bilingues généraux et bon nombre de dictionnaires spécialisés ne précisent pas les nuances de sens qui distinguent les termes d’une série synonymique. Au mot switch, par exemple, le Harrap’s Shorter énumère une dizaine de correspondants français: «interrupteur, disjoncteur, commutateur, inverseur, sectionneur, conjoncteur-disjoncteur, coupe-circuit, contacteur, combinateur». Comment un traducteur généraliste peut-il s’y retrouver? Les nombreux dictionnaires de synonymes, surtout utiles pour la langue littéraire ou générale, ne lui sont d’aucun secours pour clarifier la signification de tous ces mots.

Le Dictionnaire des synonymes, mots de sens voisin et contraires d’Henri Bertaud du Chazaud (2007), n’est guère utile, bien qu’il couvre la langue courante. Ainsi, au mot «commutateur», l’auteur donne, sans les définir, les synonymes suivants: «bouton, disjoncteur, jack, minuterie, minuteur, relais, sélecteur, télécommande, télérupteur, variateur», et fait un renvoi à «interrupteur», où il aligne huit autres synonymes, dont «conjoncteur-disjoncteur, rupteur, sélectionneur, trembleur et va-et-vient» (Bertaud du Chazaud, 2007: 432; 1028). C’est la quadrature du cercle! Contrairement au dicton, abondance de biens nuit, parfois. D’où l’importance des définitions pour bien cerner une notion. Un dictionnaire sans définitions n’est qu’un squelette. À cet égard, les grandes banques de terminologie se révèlent plus utiles que les dictionnaires généraux.

5. Les dictionnaires ne sont jamais exhaustifs, même lorsqu’ils prétendent dans leur publicité rendre compte des productions lexicales les plus récentes. C’est en vain que l’on cherchait dans l’édition de 1987 du Robert & Collins les mots boat people, burnout, crack (drogue), detainee, doublespeak, PCB, sex offender, spruce-bud worm, réalités pourtant bien actuelles à l’époque. L’édition Robert & Collins Senior de 1998 renferme tous ces mots, à l’exception de spruce-bud worm. Par contre, elle propose comme équivalent de pager le terme Alphapage, marque de commerce inconnue au Canada, alors que téléavertisseur y est déjà bien répandu. Ce même ouvrage restait muet également pour des termes aussi courants de nos jours que DVD, CD burner ou pepper spray, ce qui dénote un retard incontestable sur l’usage.

6. Il arrive souvent que les dictionnaires bilingues donnent des descriptions ou des périphrases au lieu de correspondants et laissent le soin aux utilisateurs de trouver une désignation pertinente dans la langue d’arrivée. Dans le Harrap’s Shorter, l’expression department store est rendue par une description, «*magasin à rayons multiples», et non par le syntagme pourtant lexicalisé «grand magasin». Dans le Grand dictionnaire d’américanismes d’Étienne et Simone Deak, on peut lire au mot high: «Dans le jargon des drogués: euphorie ressentie par un drogué satisfait.» Définition n’est pas désignation.

7. Les dictionnaires bilingues ne peuvent recenser tous les emplois virtuellement possibles d’un même mot, pas plus qu’ils ne renferment tous les mots d’une langue donnée. De ce point de vue, ils sont doublement lacunaires. Les mots n’ont pas de signification, dit-on, ils n’ont que des emplois. C’est pourquoi, même armé des meilleurs dictionnaires, le traducteur ne peut se soustraire à l’obligation d’analyser le texte de départ afin de dégager le sens des mots en contexte. Il ne peut pas y avoir de traduction véritable sans interprétation du sens. Valery Larbaud a très clairement exprimé cette idée:

Tout le travail de la Traduction est une pesée de mots. [L]a pesée serait facile si au lieu des mots d’un Auteur nous pesions ceux du Dictionnaire; mais ce sont les mots d’un Auteur, imprégnés et chargés de son esprit, presque imperceptiblement mais très profondément modifiés, quant à leur signification brute, par ses intentions et les démarches de sa pensée, auxquelles nous n’avons accès que grâce à une compréhension intime de tout le contexte […]. De là vient que souvent pas un des mots que nous offre, avec une assurance de pédagogue et une précision tout administrative, le Dictionnaire bilingue comme équivalents en quelque sorte officiels de ce mot, ne supporte l’épreuve de la pesée, et qu’il nous faut en chercher ailleurs, dans le Dictionnaire de notre mémoire, et par l’itinéraire compliqué des synonymes […] (Larbaud, 1946: 82-83).

Ce que dit l’auteur de Sous l’invocation de saint Jérôme s’applique aux œuvres littéraires tout autant qu’aux textes pragmatiques. Voici trois exemples tirés d’ouvrages non littéraires qui feront voir les limites des dictionnaires bilingues.

Exemple 1

There is a serious danger that large numbers of citizens will feel powerless when confronted with the problems of modern industrial society. The keywords of deeper democracy are decentralization and citizen participation.

Dictionnaire

Les principaux correspondants de deep dans le Robert & Collins Senior sont: profond, épais, à hauts bords, large, haut, foncé, vif, intense, sombre, grave, au fort/au cœur de (l’hiver).

Traduction

De nombreux citoyens risquent fort de se sentir impuissants devant les problèmes de la société industrielle d’aujourd’hui. La décentralisation et la participation du citoyen sont les maîtres mots d’une démocratie plus authentique.

Justification

Authentique: «Qui exprime une vérité profonde de l’individu et non des habitudes superficielles, des conventions» (Le nouveau Petit Robert).

Exemple 2

Over the years, researchers have achieved a cross-pollination of aeronautical expertise with non-aeronautical disciplines.

Dictionnaire

Le mot cross-pollination ne figure pas dans le Harrap’s Shorter. En botanique, ce mot est synonyme de cross-fertilization. Sous ce mot, par contre, on relève les correspondants «fécondation croisée», «pollinisation croisée», «allogamie» et «hybridation».

Traduction

Au fil des ans, les chercheurs ont réalisé une sorte de symbiose entre la technique aéronautique et celle des autres disciplines.

Justification

Symbiose: «Association durable et réciproquement profitable entre deux organismes vivants» (Le nouveau Petit Robert). Le mot symbiose, souvent employé au figuré comme ici, est un terme de biologie.

Exemple 3

Skinner is against freedom and against dignity and against feelings and against values. He is against anything that smacks of mind, because mind is soft and ghostly and gets in the way of clear thinking about the control of behavior.

Dictionnaire

Soft: (Harrap’s Shorter) mou, tendre, doux, douillet; (Robert & Collins Senior) mou, doux, tendre, soyeux, souple, léger, modérer, ramolli

Ghostly: (Harrap’s Shorter) spirituel, spectral, de fantôme; (Robert & Collins Senior) spectral, fantomatique, spirituel

Traduction

Skinner est contre la liberté, contre la dignité, contre les sentiments et les valeurs. Il est contre tout ce qui touche de près ou de loin à l’esprit parce que l’esprit est vague et insaisissable et perturbe les raisonnements clairs sur le contrôle du comportement.

Justification

«Vague» et «insaisissable» sont deux adjectifs qui peuvent s’appliquer à l’esprit, comme en font foi les expressions «avoir une vague idée», «rester vague», «je ne saisis pas ce que vous dites», «saisir par la pensée».

En somme, contrairement à l’opinion répandue, la traduction ne repose pas sur l’art de se servir des dictionnaires et l’expression «dictionnaire de traduction» est un peu abusive. S’il est important d’apprendre à bien connaître les dictionnaires et à les consulter à bon escient, il est tout aussi important d’apprendre à s’en passer, comme le conseillent judicieusement Valery Larbaud, Hilaire Belloc et Henri-Daniel Wibaut. Un dictionnaire bilingue tend à donner l’illusion que l’équivalence recherchée se trouve uniquement parmi les solutions (les correspondants) qu’il propose. Il incite à une forme de paresse intellectuelle. Tout dictionnaire ne donne que les acceptions les plus courantes des mots, alors que, en contexte, les mots acquièrent des sens insoupçonnés, comme le prouve la traduction des mots deeper, cross-pollination, soft et ghostly ci-dessus et comme nous le verrons à l’OS 16.

Ce troisième objectif spécifique vise à faire prendre conscience des limites des dictionnaires bilingues et des pièges qu’ils tendent aux adeptes de la traduction «à coups de dictionnaire». Il est erroné de croire que, en traduction, le dictionnaire a toujours le dernier mot!

Suggestions de lecture

Humblé, Philippe (2010), «Dictionnaires et traductologie: le paradoxe d’une lointaine proximité».

Lagarde, Laurent et Daniel Gile (2011), «Le traducteur professionnel face aux textes techniques et à la recherche documentaire».

Lapierre, Solange et Éric Poirier (2007), «Les dictionnaires Larousse dans la francophonie».

V. aussi: Duval (1993); Lapierre (2009); Larbaud (1946: 82-92); McClintock (2010).

EXERCICES D’APPLICATION

Exercice 1

Traduisez les dix extraits ci-dessous après avoir analysé les mots en gras comme dans les exemples ci-dessus. Indiquez si les solutions des dictionnaires vous ont été utiles, c’est-à-dire si vous avez pu intégrer dans votre traduction l’un ou l’autre des correspondants proposés.

 1. To the child at school, the migrant worker, or the citizen trying to cope with the innumerable problems and pressures of daily existence, human rights may appear a fairly abstract concept. Yet there is nothing remote about human dignity.

 2. Although New Zealand is viewed as a largely agricultural country, in fact only 17% of the people are rural dwellers, and there is a noticeable population drift to the cities and towns. At the same time, the rate of population growth is much higher in the urban areas. Thus New Zealand is faced with a population largely divorced from the farming sector on which its livelihood is based.

 3. At present, electricity is generated by burning expensive, imported oil, which makes Prince Edward Island particularly vulnerable not only to oil price increases, but also to disruptions in supply.

 4. A particularly serious limitation of the lecture method is the decline in students’ attention.

 5. The surgery involves transplanting fetal cells into the patient’s brain to alleviate the tremors, muscular rigidity and uncontrolled movements of the disease. [Maladie de Parkinson]

 6. Keep this product away from shrubs, vegetables, flowers and trees. Should it come in contact with desirable plants, wash them with water immediately. [Instructions pour l’application d’un herbicide]

 7. Cellular telephone service is a new form of wireless mobile communication. It’s essentially an enhanced version of the mobile telephone. The enhancement comes through the marriage of the computer, the radio and the telephone. At present, Cantel’s product portfolio includes phones ranging in price from $2,500 to $6,000, with a typical subscriber paying in the area of $120 per month for usage. [mobile telephone: «radiotéléphone»]

 8. Children are particularly sensitive to second-hand smoke. Children of non-smokers are less likely to suffer from bronchitis or pneumonia during the first years of their lives.

 9. In the past four decades, a large number of North American adolescents have taken to “turning on” with a wide variety of mood-modifying, illicit drugs.

10. Cycling is a fun, healthy and inexpensive way to get around, but it can be hazardous, unless your bicycle handling and traffic skills are in good shape.

Exercice 2

Texte 5

Auteure: Sarah Elton

Source: Maclean’s

Genre de publication: Magazine

Domaine: Cuisine, restauration

Public visé: Grand public

Nombre de mots: 385

The Very Rich Poor Man’s Pudding

One should not confuse the Québécois confection pouding chômeur with the congealed chocolate and vanilla stuff sold in single-serving plastic pots at super-markets. This is because pouding chômeur—which translates as “unemployed person’s pudding”—is the caviar of puddings, a dessert to be savoured by those with a serious sweet tooth. The dish as you’ll find it today in many trendy Québécois restaurants consists of a dollop of biscuit dough—or, alternatively, white cake—baked in a bath of cream and maple syrup. Lots of maple syrup. In fact, given the price of maple syrup, its poverty inspired name is amusingly inappropriate.

But in Quebec in 1929, when pouding chômeur was reportedly invented, the dish reflected its working-class roots. The recipe was created, so the story goes, by female factory workers who had access to only basic ingredients in their industrial neighbourhoods: butter, flour, milk, brown sugar. No fruit, no eggs, and certainly no chocolate.

When Pierre-Luc Chevalier was a child, his mother made pouding chômeur at least once a week. “It was the Saturday night dessert. Or something we had when people were coming at the last minute,” he said. Chevalier happens to be chef and owner of La Cantine, a 1970s kitsch-inspired restaurant, located in Montreal’s Plateau neighbourhood, and he now makes the dessert in his restaurant, remaining faithful to the brown sugar base—though he has added fleur de sel to give it a salty caramel flair.

The ubiquity of the dessert on the city’s restaurant scene is a sign of the current revival of traditional Quebec cuisine. Artisanal cheese production—a part of the province’s long culinary history—along with foods from the terroir such as pork hocks and pig’s ears, have become popular in recent years. Where farmstead cheese and the like hearken back to the food prepared by harried farm wives for their 15 children and hungry husbands, pouding chômeur is from a more recent period—the Duplessis era, when industrialization was transforming food, and easy-to-make recipes and processed foods were replacing the old ways. In other words, it’s Quebec’s unique version of the trend toward fancy cupcakes and gourmet mac and cheese.

Unemployed person’s pudding—once only available in the home kitchen—becomes a restaurant delicacy, the pudding of the employed and well-fed.

Objectif 4

SENS CRITIQUE, JUGEMENT LINGUISTIQUE

La défense de la langue est une chose admirable, mais il faut éviter de trop s’acharner à guérir la maladie au risque de tuer la malade.

FRÈDELIN LEROUX FILS

OSERIEZ-VOUS écrire ce qui suit? «Des mesures drastiques s’imposaient, elle le savait. L’ignorer, c’était courir à sa perte. Sa seule alternative était d’agir au plus vite: s’enquérir du prix de la marchandise sur le marché domestique, finaliser le protocole d’entente bidon, le faxer, empocher l’argent. L’impact de son geste au plan de la sécurité? Difficile à prévoir…, mais il y aurait possiblement de la casse» (Racette, 1997: 21). Après avoir fait un examen comparatif dans sept répertoires lexicographiques de tous les mots «litigieux» en italique, Martine Racette conclut que les grands dictionnaires enregistrent un élargissement de leur champ sémantique, bien que les défenseurs de la pureté de la langue continuent à leur refuser droit de cité dans le bon usage.

La langue n’est pas une entité figée. Elle évolue, comme un organisme vivant, et cela n’est pas sans conséquence pour le traducteur, qui doit rester aux aguets et suivre de près cette évolution. Mais à partir de quel moment peut-on dire qu’un mot, naguère critiqué ou condamné, est entré dans l’usage et est désormais jugé acceptable par la frange des locuteurs d’une langue qui se soucie de correction linguistique? Quand peut-on dire qu’un mot a acquis ses titres de respectabilité? Que tel barbarisme, ennemi que l’on combattait jadis avec acharnement, est «intégré, assimilé, embourgeoisé» (Buisseret, 1975: 37)? On ne peut répondre à ces questions sans être d’abord bien renseigné et sans faire preuve d’un sens critique très développé. Tout est affaire de jugement linguistique.

Un ouvrage éclairant

Depuis 2009, nous disposons d’un ouvrage fort bien fait sur les «influences de l’anglais — vraies et prétendues — et usages en transition», Le VocabulAIDE. Son auteur, le linguiste Pierre Cardinal, y décrit des centaines d’usages critiqués au Canada, dont beaucoup sont courants en Europe également. Sa démarche est descriptive («voici un état des lieux/on peut dire aussi») plutôt que prescriptive («voici ce qu’il faut dire/ne dites pas, dites»). «L’approche descriptive présente, sans critiquer, ce qui s’écrit mais pourrait s’écrire autrement. L’approche prescriptive, quant à elle, critique souvent ce qui s’écrit et tend à dicter ce qui devrait s’écrire autrement» (Cardinal, 2009: X-XI).

Dans le premier cas, le lecteur est simplement informé et choisit lui-même librement ce qui lui convient. Dans le second, on cherche à orienter ses choix, voire à lui imposer d’autorité des solutions. Les centaines d’articles du VocabulAIDE sont donc autant de lanternes qui éclairent les décisions à prendre et c’est l’usager, en l’occurrence le traducteur, qui prend ces décisions en dernier ressort.

L’apport original de cet ouvrage, qui compte au total 1200 expressions influencées par l’anglais, 2000 attestations tirées de la presse et de magazines et 8000 équivalents en français général, est de débusquer des usages lexicaux considérés en français canadien comme des influences de l’anglais, sans en être forcément.

Dans son dictionnaire sélectif, l’auteur répertorie, en effet, pas moins de 350 mots ou locutions que l’on considère à tort comme des anglicismes en français du Canada. Il s’agit soit de faux anglicismes, tels qu’«à l’année longue, collecter, de seconde main, extension, privé, pâte et papier», soit, bien que d’origine anglaise, des mots ou locutions qui présentent des usages lexicaux en transition. Les premiers ont acquis leur citoyenneté canadienne-française, pour ainsi dire, les seconds ont franchi la frontière et sont, pour l’heure, des sans-papiers. Rien ne dit qu’ils ne régulariseront pas leur situation dans les années à venir.

Un certain nombre de ces 350 mots, en effet, sont intégrés à la langue courante et font désormais partie de l’usage contemporain du français. C’est le cas, par exemple, de «biaisé, croiser les doigts, encouru, patate chaude, timing». Les autres, en voie d’assimilation, forment la catégorie des néologismes, selon la terminologie de l’auteur. Appartiennent à cette seconde catégorie des expressions telles qu’«agenda caché, capitaliser sur, focusser sur (focaliser, axer, centrer), immature, momentum, plan B, sécure».

La liste complète de tous ces mots à propos desquels on hésite encore figure dans une annexe du VocabulAIDE intitulée «Répertoire alphabétique des faux anglicismes et des usages en transition».

Outre le fait que l’ouvrage de Pierre Cardinal a le mérite de faire prendre conscience de l’évolution de la langue, il contribue aussi à atténuer l’insécurité langagière, qui inhibe trop souvent les rédacteurs d’ici, en leur fournissant des points de repère utiles pour juger de l’acceptabilité de certains mots en fonction de divers contextes d’emploi. Par son approche descriptive et les nombreuses solutions de rechange que l’auteur propose pour chacune des expressions de son corpus, Le VocabulAIDE est véritablement un outil de réflexion et d’enrichissement lexical que tout futur traducteur consultera avec profit.

Quelle attitude adopter?

Confrontés à toutes ces locutions et tous ces mots qui circulent dans l’usage mais qui continuent d’être critiqués ou condamnés, souvent sans nuances et sans appel, par les tenants de l’application d’une norme stricte, le futur traducteur est en droit de s’interroger sur l’attitude à adopter lorsqu’il aura à livrer un texte à un client ou à remettre une traduction à son professeur.

Dans un contexte de travail, un réviseur plus âgé pourrait se montrer réticent à déroger à ses habitudes et à accueillir les faux anglicismes et les mots en transition. Dans la liste suivante, il serait intéressant de savoir lesquels il serait prêt à ne pas corriger à l’étape de la révision: baby-boomer, booster (des fruits/des bénévoles), pain brun, changer pour le mieux (s’améliorer), contracteur (entrepreneur), dealer, éléphant blanc, encourir (des dépenses), espace à bureau, king-size (lit), lobby, open bar, pas dans ma cour, plan (de pension), prioriser, revamper, sénior, technicalité, unifamiliale (maison).

La règle la plus sage à suivre, à notre avis, serait celle-ci: juger de la «tolérance linguistique» du client donneur d’ouvrage, de son réviseur ou de son professeur afin d’éviter de prêter le flanc à la critique. Il est prudent de naviguer entre Charybde et Scylla en adoptant une attitude qui se situe à mi-chemin entre le purisme et le laxisme, sans oublier que l’écrit sera toujours plus contraignant que l’oral et que tous les textes n’ont pas la même fonction ni les mêmes destinataires.

Entre le purisme et le laxisme

Les exercices du présent objectif spécifique visent à développer le sens critique à l’égard de certains mots ou de certaines locutions qui sont des influences lexicales de l’anglais, tout en faisant découvrir quelques-unes des principales sources documentaires utiles au traducteur pour confirmer ses choix, la principale étant Le VocabulAIDE. Certaines de ces expressions ont fait l’objet de condamnations sans appel, d’autres ont simplement été déconseillées, d’autres encore ont été entérinées par l’usage et ne posent plus problème. Nous verrons qu’il est parfois présomptueux d’être trop dogmatique en matière d’usage linguistique. Capricieux, l’usage fait des choses selon la raison, sans raison ou contre la raison. Le but recherché ici, en somme, est d’aiguiser le jugement critique.

Le sort que l’usage a réservé à certaines condamnations de chroniqueurs de langue devrait nous faire réfléchir et nous inciter à la prudence. En 1910, l’auteur d’un dictionnaire correctif, Le péril de la langue française, publié à Paris, se désolait de la «décadence» de la langue française et considérait comme expressions «vicieuses» à éviter des mots tels qu’«acoustique, artistiquement, baser (fonder une décision), chic, le clou (de la soirée), être à court de, dévisager, épater, palpitant, à la perfection, racontar». Qui, de nos jours, oserait bannir ces mots ou se faire un scrupule de les utiliser? N’ont-ils pas enrichi la langue française?

Comme l’a remarqué Horace, il y a fort longtemps, dans son Art poétique, «les mots ont toute l’instabilité des choses humaines; ils tombent ou renaissent au gré de l’usage, ce maître absolu du langage» (vers 71-72).

Le cas de «sous-titre»

Voici un autre exemple à méditer. Le chroniqueur Louis Piéchaud a réuni dans un ouvrage préfacé par André Siegfried, de l’Académie française, ses chroniques du Figaro, sous le titre Questions de langage (1952). L’auteur condamnait en ces termes l’expression «sous-titre», appliquée au domaine du cinéma:

Nous allons voir un film anglo-saxon, ou italien, plaqué d’image en image, de sous-titres. Avez-vous réfléchi à l’impropriété de ce terme tel qu’il est employé là? Un sous-titre, en bon français, c’est exactement un titre secondaire placé après le titre principal d’un livre ou d’un journal. Est-ce le cas des phrases résumant en quatre mots, inscrits au bas des images mouvantes, les dialogues de Rome ou d’Hollywood? Nos petits génies de l’écran se sont contentés paresseusement de traduire la locution anglaise sub title [sic], que je n’ai pas à critiquer ou à défendre; d’où: sous-titres français, alors que l’on doit dire: textes ou dialogues français (Piéchaud, 1952: 35).

Le raisonnement de ce chroniqueur n’est pas faux en soi, mais l’usage lui a donné tort et n’a pas obtempéré à son injonction («on doit dire»). Il ne fait aucun doute que l’anglais est à l’origine de cet emprunt lexical, mais les possibilités de dérivation qu’offrait ce mot ont peut-être aussi joué en sa faveur. Sous-titre s’est enrichi d’un nouveau sens. Les néologismes, on a tendance à l’oublier, se forment souvent par extension sémantique. À partir de sous-titre, il était facile de former sous-titrage, sous-titrer et sous-titreur. La dérivation n’est pas aussi facile avec textes ou dialogues.

Le chroniqueur Piéchaud semble, en outre, mal renseigné. En 1952, date de la parution de son ouvrage, il menait déjà un combat d’arrière-garde. En effet, selon Le Petit Robert, sous-titre serait entré dans la langue du cinéma en 1912 et sous-titrer en 1923. Sous-titrage y entrera en 1954. Quand un mot entre au dictionnaire, c’est qu’il est dans l’usage depuis un certain temps.

Depuis lors, sous-titre a été normalisé en 1984 par l’Organisation internationale de normalisation (ISO) dans le sens de «titre (ou traduction de dialogue) surimprimé à l’image, le long de son bord inférieur». En 1994, l’Office de la langue française a admis officiellement à son tour sous-titrage comme synonyme de sous-titre, mot désignant aussi l’action de sous-titrer un film.

En somme, ce serait vraiment mener un combat futile et perdu d’avance aujourd’hui que d’essayer d’imposer les mots textes ou dialogues dans la langue du cinéma en remplacement de sous-titre. Ces expressions peuvent servir de synonymes au besoin. Cet exemple devrait inciter les chroniqueurs de langue, les pourchasseurs d’anglicismes et les puristes à faire preuve de retenue dans leurs condamnations et de modération dans leurs ostracismes. Les sarcasmes («nos petits génies de l’écran») n’ajoutent rien à l’affaire non plus…

Bien se documenter est essentiel si l’on veut porter un jugement éclairé sur l’acceptabilité d’un mot. L’exemple de sous-titre nous en fournit la preuve. Songeant aux nombreux interdits linguistiques levés au fil des siècles, le préfacier du Dictionnaire des difficultés de la langue française d’Adolphe V. Thomas, Michel de Toro, s’exclame: «Que de mots qui nous semblent aujourd’hui inattaquables et qui ont été honnis par les premiers censeurs de notre langue» (Toro, dans Thomas, 1983: VI).

«L’usage a toujours raison, même quand il a tort», disait le grammairien Maurice Grevisse. Et cet usage n’a plus comme modèle la langue des grands écrivains, mais celle des journaux et des médias en général. De nos jours, le français est sous influences, et c’est pourquoi il évolue si rapidement. Il est utopique de vouloir garder une langue pure et exempte de toute empreinte étrangère. Seule une langue morte n’a pas besoin d’oxygène, et c’est pourquoi, sans nouveaux emprunts, elle reste figée dans le temps, comme un animal empaillé.

Suggestions de lecture

Bossé-Andrieu, Jacqueline (1997), «Entre la norme et l’usage».

Cardinal, Pierre (2009), Le VocabulAIDE.

Leroux fils, Frèdelin (2013), Mots de tête [bis].

V. aussi: Delisle (1998b); Grellet (1991: 18-34); Leroux fils (2002); Racette (1997).

EXERCICES D’APPLICATION

Pour chacune des expressions de l’Exercice 1 — «Cas à étudier», indiquez si elle vous semble acceptable aujourd’hui, si elle est encore jugée critiquable (c’est-à-dire condamnée par les uns, acceptée par les autres) ou si elle est à éviter, car encore en marge du bon usage et condamnée par la majorité des «gardiens de la qualité de la langue» et des bons rédacteurs. Justifiez vos décisions en vous appuyant sur des auteurs ou des publications récentes et fiables. Voici une liste non exhaustive de sources documentaires utiles:

— Recueils de chroniques de langue

— Dictionnaires unilingues anglais et français

— Dictionnaires bilingues

— Dictionnaires sur les difficultés de la langue française

Le VocabulAIDE, de Pierre Cardinal

Le français au micro, de Guy Bertrand

L’Actualité langagière dans Termium Plus®

Chroniques de langue et Clefs du français pratique dans Termium Plus®

— Concordanciers, tels que TransSearch, TradooIT, Linguee, etc.

— Termium Plus® et Le grand dictionnaire terminologique de l’OQLF

— Le correcteur orthographique et grammatical Antidote® qui réunit douze grands dictionnaires et onze guides linguistiques

Exemple d’analyse

«Se traîner les pieds» est-il un calque de l’anglais to drag one’s feet?

Il s’agit de déterminer si l’expression «traîner les pieds» ou «se traîner les pieds», traduction de to drag one’s feet (one’s heels), peut s’employer au sens figuré. Certains défenseurs de la langue affirment que cette locution ne s’emploie qu’au sens propre en français, et que c’est sous l’influence de l’anglais que nous lui donnons le sens figuré de «atermoyer, différer, être lent à, laisser traîner les choses, jouer la montre, piétiner, procrastiner, montrer peu d’empressement à faire qqch., prendre tout son temps pour, renâcler à faire qqch., rester inactif, tarder à réagir, temporiser, tergiverser, tourner en rond, traîner de la patte (fam.), etc.». Que faut-il en penser?

D’après Irène de Buisseret (1975: 25), l’expression «traîner les pieds» est, au sens figuré, un anglicisme à éviter. Gilles Colpron (1982: 92) abonde dans le même sens en affirmant que la tournure ne s’emploie qu’au «sens concret de marcher sans soulever les pieds du sol». Le sens figuré serait, selon lui, un calque de l’anglais à bannir.

La forme non pronominale de cette expression figure pourtant dans de nombreux ouvrages de référence européens. Elle est, en outre, d’un usage fréquent, semble-t-il, à l’Assemblée nationale en France et dans la presse, notamment dans Le Monde, L’Express et Le Monde diplomatique. Elle a été relevée sous la plume d’au moins un romancier et un professeur du Collège de France.

Au Canada, on semble préférer la forme pronominale «se traîner les pieds». Il s’agit, selon Irène de Buisseret (ibid.), d’un «faux pronominal». Seuls les ouvrages canadiens répertorient la forme pronominale.

Quoi qu’il en soit, les exemples d’emplois des deux formes foisonnent. Voyons tout d’abord au moyen du tableau ci-dessous ce qu’il en est dans les dictionnaires et ouvrages consacrés aux difficultés de la langue. Nous présentons les publications dans l’ordre chronologique de leur parution. On consultera aussi l’étude «(se) traîner les pieds» de Frèdelin Leroux fils (2002: 100-102).

Ouvrages consultés Traîner les pieds
(France)
Se traîner les pieds
(Canada)
Guide du traducteur,
Buisseret, 1972
Anglicisme à éviter Anglicisme à éviter
Harrap’s Shorter, 1972 Non traité Non traité
Petit Larousse, 1981 Non traité Non traité
Dictionnaire des anglicismes, Colpron, 1982 Non traité Anglicisme à éviter
Dictionnaire des difficultés du français moderne, Hanse, 1983 Non traité Non traité
Grand dictionnaire encyclopédique Larousse, 1985 Admis au sens de: «agir, obéir sans empressement, en rechignant» Non traité
Dictionnaire des particularités de l’usage,
Darbelnet, 1986
Non traité Non traité
Dictionnaire du français plus, 1988 Non traité Non traité
Dictionnaire des anglicismes, Robert, 1988 Non traité Non traité
Dictionnaire
des canadianismes, Dulong, 1989
Non traité Admis au sens de: «être lent à agir, à légiférer, à se décider»
Harrap’s Shorter, 1991 Sens figuré traduit par
«montrer peu d’empressement à faire qqch.»
Non traité
Dictionnaire québécois d’aujourd’hui, Le Robert,
1992
Non traité Non traité
Le nouveau Petit Robert, 1993 Admis au sens de: «obéir sans empressement, sans enthousiasme» Non traité
Larousse bilingue, 1996 Non traité Non traité
Robert & Collins, 1996 Sens figuré traduit par «faire preuve de mauvaise volonté» Non traité
Bordas/Larousse, 1996 Admis au sens de «rechigner, renâcler, piétiner» Non traité
Dictionnaire des difficultés du français, Colin, 1996 Non traité Non traité
Termium, BdT, 1996 Sens figuré traduit par
«piétiner, tourner en rond, traînasser»
(mention: anglicisme)
Non traité
Multidictionnaire de la langue française, Villers, 1997 Non traité Non traité
Larousse de la langue française Lexis, Larousse, 1997 Non traité Non traité
Dictionnaire universel francophone, Hachette, 1997 Admis au sens de: «exécuter qqch. sans enthousiasme» Non traité
Grand Robert, 1997 Non traité Non traité
Le Colpron. Le dictionnaire des anglicismes, 1998 Non traité Non traité
Le grand dictionnaire terminologique, OLF, 1998 Non traité Non traité
Petit Larousse, 1999 Admis au sens de: «agir, obéir avec réticence» Non traité
Dictionnaire des canadianismes, Dulong,
1999
Non traité Admis au sens de: «être lent à agir, à légiférer, à se décider»

Exemples d’emplois en France

a)  «Il existe désormais une armée à deux vitesses: celle des unités opérationnelles, dotées de moyens suffisants, et celle des “bidasses” soupçonnés de traîner les pieds dans les opérations contre les maquis islamistes.» (Le Monde diplomatique, 1999)

b)  «Ses méthodes de travail permettent à cette assemblée de traîner les pieds jusqu’à pratiquer l’obstruction systématique.» (Le Monde, 1984)

c)  «Les chefs d’entreprise ne traînent pas les pieds, ils sont bloqués par des contraintes.» (L’Express, 1984)

Exemples d’emplois au Canada

a)  «À titre d’exemple, monsieur Farrah rappelle que les acériculteurs de Lanaudière qui ont été frappés par une tempête de verglas l’an dernier attendent toujours une aide de Québec. Guy Julien doit arrêter de se traîner les pieds.» (La Presse canadienne, 1998)

b)  «Le nouveau ministre de l’Environnement a publiquement blâmé ses hauts fonctionnaires, les accusant de se traîner les pieds et de vivre dans une culture organisationnelle incapable de générer l’action […].» (Pierre Bourgault, 1990)

c)  «Après s’être traîné les pieds en 1989, le Canada […]» (Le Droit, 1990)

Exemples bilingues extraits du hansard

On remarquera que les traducteurs des débats parlementaires ne recourent pas systématiquement à l’expression «se traîner les pieds» pour traduire to drag one’s feet.

a. While we drag our feet as a nation other nations have ratified it.

a. Alors que nous retardons les choses, d’autres pays ont ratifié la convention.

b. I am not saying I want to drag my feet on it, but we need to have at least a meeting or two in committee on it.

b. Je ne dis pas que je veuille temporiser, mais il me semble qu’une ou deux séances de comité s’imposent.

c. I do not see how we can continue to drag our feet while this sort of thing goes on in this country.

c. Franchement, je ne vois pas ce qu’on attend pour intervenir.

d. Why did the minister drag his feet so much that he is still only at the consulting stage?

d. Comment se fait-il que le ministre se soit traîné les pieds et qu’il ne soit encore qu’au stade de la consultation?

e. We said at the time that unless there was a sanction in the law that these companies would drag their feet.

e. Nous avons dit alors qu’en l’absence de sanctions, les entreprises feraient traîner les choses en longueur.

f. As long as the Senators will not make up their minds about this Bill, and as long as they drag their feet on this decision, I can do nothing.

f. Tant que les sénateurs ne prendront pas une décision au sujet de ce projet de loi et tant qu’ils vont piétiner, je ne pourrai rien faire.

g. Yet the Government continues to drag its collective feet on this very important project.

g. Pourtant, le gouvernement tarde toujours à s’attaquer à ce projet très important.

h. How long is the Prime Minister prepared to drag his feet, pretending to have a special relationship with the United States?

h. Le premier ministre a-t-il l’intention de rester inactif bien longtemps en prétendant qu’il a une relation spéciale avec les États-Unis?

i. We have asked the Department of Transport to do more and it is still continuing to drag its feet.

i. Nous demandons au ministère des Transports de faire davantage, et il continue à se faire tirer l’oreille.

Conclusion

On peut retenir de cette étude que la forme pronominale «se traîner les pieds» est très répandue au Canada et que la forme non pronominale «traîner les pieds» est d’un usage courant en France et peut-être aussi dans le reste de la francophonie.

Si l’on actualise cette étude réalisée en 1999, on se rend compte que le sens figuré de l’expression n’est plus condamné et qu’il est bel et bien entré dans la langue. La plupart des éditions récentes des dictionnaires usuels consignent d’ailleurs cet emploi. Le nouveau Petit Robert (2013) l’admet sans réserve, de même que Marie-Éva de Villers dans son Multidictionnaire de la langue française (5e éd., 2009). L’auteure québécoise considère toutefois la forme pronominale comme une impropriété.

Exercice 1

CAS À ÉTUDIER

 1. Le verbe «nominer» vient de l’anglais to nominate et signifie mentionner le nom d’un film ou d’un acteur dans une présélection avant l’attribution des Oscars ou des Césars. Ex.: «Les nominés pour le titre de meilleur acteur de l’année sont: […].» Que pensez-vous de cet emprunt? Vous semble-t-il acceptable, critiquable ou à éviter?

 2. «Every employer is required to establish procedures to ensure that all employee occupational injuries are reported within three days of their occurrence.» Peut-on traduire cet énoncé ainsi: «Tout employeur est tenu d’établir des modalités pour s’assurer que tous les accidents de travail soient signalés dans un délai de trois jours»? Le verbe «s’assurer» est-il employé à bon escient ici?

 3. Pour traduire la phrase: He demonstrated great courage, dira-t-on en français: «Il a montré beaucoup de courage» ou «Il a démontré beaucoup de courage»? Quand faut-il employer «montrer» pour traduire to demonstrate? Quand peut-on utiliser «démontrer» pour traduire ce même verbe?

 4. «On fait de l’esprit sur son dos, et Dieu sait si elle a le dos large.» Gilles Colpron voit dans l’expression «avoir le dos large» un calque de to have a broad back, expression qu’il conviendrait de rendre par «avoir bon dos». Faut-il éviter d’employer la locution «avoir le dos large»?

 5. Que signifie la locution to be faced with? La phrase «Canada is not the only country faced with declining fish stocks» est-elle correctement traduite par «Le Canada n’est pas le seul pays à faire face à la diminution des stocks de poissons»?

 6. «L’interdiction du commerce de l’alcool a pavé la voie à l’enrichissement d’un certain nombre de trafiquants devenus de respectables financiers.» Dans cet énoncé, la locution «paver la voie» vous semble-t-elle un calque de l’anglais to pave the way et contraire au bon usage?

 7. «Prendre avec un grain de sel» dérive du latin cum grano salis. Au Canada, on donne souvent à cette expression française le sens de «prendre avec réserve». Est-ce un équivalent exact de l’expression to take with a grain of salt? Analysez le sens de ces deux expressions.

 8. Au Canada français, «livrer la marchandise» est d’un emploi fréquent sous la plume de nombreux journalistes. L’expression aurait le sens de «tenir ses promesses» (électorales, en particulier), «répondre aux espoirs, remplir son rôle convenablement». Mais les expressions «livrer la marchandise» et sa variante «délivrer la marchandise» sont vues comme des calques de l’anglais to deliver the goods. Qu’en pensez-vous?

 9. «C’est la troisième fois en autant de jours que la grand-mère soulève la question» (Maurice Henri, La chambre à mourir). «Trois médecins répondaient aux questions d’autant de personnalités du monde du spectacle» (La Presse). «Nous avons visité six villes en autant de jours» (Larousse bilingue). «Cinq examens en autant de jours» (Dictionnaire bilingue Hachette-Oxford). Ces phrases vous semblent-elles toutes correctes? Ceux qui condamnent la locution «en autant de» y voient un calque de l’anglais in as many. Ont-ils raison de penser cela?

10. L’expression «à toutes fins pratiques» est-elle un calque de l’anglais (for all practical purposes)? Faut-il lui substituer «à toutes fins utiles»?

Exercice 2

Répondez aux questions ci-dessous en justifiant vos réponses et en citant vos sources documentaires.

 1. Décelez-vous une impropriété dans l’énoncé suivant: «Cette grande entreprise a contribué 100000 $ à la caisse électorale du Parti libéral»?

 2. Que pensez-vous de l’expression «littérature scientifique» pour désigner l’ensemble des publications à caractère scientifique, qu’il s’agisse d’ouvrages ou d’articles?

 3. «Ce travailleur, qui œuvre dans le domaine de la construction résidentielle, gagne très bien sa vie.» Cette phrase renferme-t-elle une impropriété?

 4. Est-il correct d’écrire: «La première phase du programme Francommunautés virtuelles a commencé avec succès en 2001-2002. Des subventions ont été versées à 32 projets originant des quatre coins du pays»?

 5. Décelez-vous une erreur dans la phrase suivante: «Je vous envoie sous pli les documents demandés»?

 6. Écririez-vous: «Il a forgé la signature du directeur de la banque pour encaisser une importante somme d’argent»?

 7. Pourquoi la phrase «Le premier ministre a eu droit à des funérailles d’État» est-elle critiquable?

 8. Que faut-il corriger dans la phrase «Durant la guerre du Kosovo, l’état-major de l’OTAN a établi ses quartiers généraux en Belgique» pour la rendre conforme à l’usage?

 9. Cette phrase renferme-t-elle une impropriété: «La partie patronale et le syndicat se sont finalement entendus sur les clauses monétaires de la nouvelle convention collective»?

10. «Les policiers ont érigé un périmètre de sécurité.» Le verbe ériger est-il le mot juste ici?

Exercice 3

En vous aidant du VocabulAIDE, indiquez si les énoncés suivants renferment un anglicisme, un usage lexical en transition ou un barbarisme.

 1. Le comité des finances étudie depuis une semaine les estimés budgétaires de la prochaine année.

 2. À l’épicerie, la caissière lui a demandé: «C’est pour payer ou charger?»

 3. N’ayant pas de réservation, je suis en standby. Je me suis inscrite sur une liste d’attente et je ne partirai pour Paris que s’il reste des places disponibles dans l’avion.

 4. La Ville de Saint-Bruno est invitée à refaire ses devoirs en matière de conservation. Son plan de conservation des milieux naturels a besoin d’«améliorations notables», selon les conclusions d’un rapport indépendant.

 5. Vous souhaitez acheter un véhicule neuf? Avez-vous songé à acheter ou à louer un de nos démonstrateurs? Cette option pourrait se révéler des plus avantageuses pour vous.

 6. Le groupe de pression a engagé cette démarche afin de contester la nécessité de démanteler les installations nucléaires. Il s’agit en réalité d’empêcher le gouvernement de procéder de façon précipitée au démantèlement de ce petit réacteur d’une puissance de 70 mégawatts.

 7. Le briefing est un élément important de la mission. Il permet de connaître le but de la mission et les différents objectifs à atteindre.

 8. Fatigué, découragé, démotivé? Vous manquez d’entrain pour vous rendre au bureau? Vous avez du mal à vous lever chaque matin? Attention: vous faites peut-être un burn-out.

 9. Mon enfant a trois ans et il est très insécure. Cela se manifeste surtout lorsqu’il est temps d’aller au lit. Il a peur qu’on parte et qu’on l’abandonne.

10. À Copenhague, en mars, la conférence de l’ONU sur le changement climatique a constaté que le changement était plus rapide qu’anticipé.

Exercice 4

Texte 6

Auteur: Anonyme

Source: Options

Genre de publication: Magazine britannique

Domaine: Judiciaire

Public visé: Grand public

Nombre de mots: 241 mots

Facing Charges

It may sound obvious to most of us, but psychologists in America have just confirmed that baby-faced wrong-doers have a natural advantage over the less good-looking members of the criminal fraternity. Adults who look innocent, with high foreheads, large eyes and rounded chins, apparently stand a better chance of being acquitted for crimes, and in general are seen as warmer and more honest than those with more angular features. Al Capone is probably a good example, though even he was eventually imprisoned—albeit for income tax evasion.

Rather more surprising is the theory that if you look like the archetypal criminal, you are not only treated as one but also behave like one. Which is why hulking brutes currently in the care of Texas prison authorities are being treated to a variety of plastic surgery operations, courtesy of the State. Texas spends about $15 million a year on retraining and rehabilitating hardened criminals, and their plastic surgery programme accounts for only a fraction of that. Yet they have discovered that if you remove Scarface’s scars, then his chances of turning up in jail again are almost halved.

Initially, the operations were offered as a reward for good behaviour. Now the prisoners are picked for the severity of their disfigurements, whether natural or acquired during their life of crime. But the prison authorities are taking no chances. They make sure they photograph each “new” face carefully from all angles before discharge.

Objectif 5

ÉVALUATION DES RESSOURCES
DOCUMENTAIRES1

À l’avenir, l’éducation aura pour but d’apprendre l’art du filtrage. Ce n’est plus nécessairement d’enseigner où est Katmandou […], parce qu’on trouve [cette information] partout. En revanche, on devrait demander aux étudiants d’examiner 15 sites afin qu’ils déterminent lequel, selon eux, est le plus fiable.

UMBERTO ECO

POUR BIEN COMPRENDRE le texte de départ et en transmettre tout le sens de façon idiomatique dans une autre langue, le traducteur fait usage d’une grande variété de ressources documentaires, telles que dictionnaires et guides linguistiques, textes de loi, articles scientifiques et de vulgarisation, brochures publicitaires, modes d’emploi ou rapports annuels (v. l’OS 2). Ces documents proviennent d’auteurs individuels, d’entreprises privées, d’organismes gouvernementaux, d’associations professionnelles, d’organismes à but non lucratif ou d’organisations internationales. Si bon nombre de ces ressources sont fiables, d’autres, en revanche, sont peu sûres. C’est pourquoi, en plus de développer ses aptitudes à la recherche documentaire, l’apprenti traducteur doit apprendre à juger de la valeur des documents qu’il consulte.

Cela est particulièrement important en ce qui concerne les documents accessibles dans Internet. Contrairement aux publications en version papier ou diffusées sur cédérom, les documents qui circulent sur la Toile ne font pas systématiquement l’objet d’un processus d’évaluation ou de révision avant d’être mis en ligne, et cela peut poser problème. Comme la qualité de ces documents laisse parfois à désirer, nombreux sont les usagers qui manifestent encore une certaine méfiance à l’endroit de la Toile. Pourtant, avec les années, ce réseau des réseaux a pris du galon. Les grandes entreprises et les organismes d’envergure internationale ont vite compris qu’il est important pour leur image de soigner les contenus qu’elles diffusent sur le Web, d’autant plus que les progrès technologiques facilitent de plus en plus la diffusion en ligne de documents publiés également en version papier. On trouve à présent sur le Web un nombre croissant de documents qui ont franchi toutes les étapes d’un processus classique de publication et qui sont par conséquent des plus fiables.

Facette importante du travail du traducteur, l’évaluation documentaire vise à déterminer à la fois la qualité et la pertinence de la documentation consultée. Le traducteur doit être en mesure d’établir si cette documentation est fiable sur les plans factuel et linguistique, et si elle est susceptible de lui fournir les renseignements qu’il recherche. Pour ce faire, il accordera une attention toute spéciale aux trois éléments suivants: l’origine des documents, leur contenu et leur présentation matérielle.

L’origine de ses sources

Lorsqu’on cherche à établir la valeur d’un document, la première étape consiste à recueillir de l’information sur l’auteur, l’éditeur (ou l’organisme diffuseur, s’il s’agit d’un document Web) et la provenance géographique du document.

L’auteur

L’information relative à l’auteur est généralement facile à trouver dans les ouvrages publiés en version papier ou sur cédérom. En revanche, dans les documents diffusés sur le Web, cette information peut figurer pratiquement n’importe où, et pas nécessairement là où l’on s’attendrait à la trouver. On prendra soin d’examiner d’abord l’adresse URL (Uniform Resource Locator) de la page consultée. Celle-ci contient un nom de serveur qui coïncide parfois avec le nom de l’organisme responsable du site en question. C’est le cas dans l’adresse suivante, qui conduit à une page précise du site Web d’Équiterre: https://www.equiterre.org/projet/agriculture-soutenue-par-la-communaute. De même, en «disséquant» l’adresse www.health.gov.on.ca/, il est facile de déduire qu’il s’agit du site du ministère de la Santé et des Soins de longue durée du gouvernement de l’Ontario: .gov est le domaine attribué aux sites gouvernementaux, .on le code des sites ontariens et .ca le code du Canada.

Une adresse URL renfermant un tilde (~) ou un symbole de pourcentage (%) suivi d’un nom propre désigne un site personnel. En voici un exemple: www.dms.umontreal.ca/~andrew/PDF/quantique.pdf.

Sur la page d’accueil des sites Web, les rubriques À PROPOS DE, NOUS JOINDRE, ABOUT US, CONTACT peuvent aussi fournir de l’information sur l’auteur des documents consultés.

Une fois l’auteur identifié, le traducteur voudra souvent en savoir plus à son sujet. Est-il une autorité dans son domaine? A-t-il d’autres publications à son actif? Le cas échéant, ont-elles bonne réputation? Dans la plupart des cas, une recherche dans Google ou dans les catalogues de bibliothèques permet d’obtenir ces renseignements complémentaires.

La maison d’édition ou l’organisme diffuseur

La maison d’édition ou l’organisme responsable de la publication ou de la diffusion d’un document en dit long sur la qualité de ce document. Par exemple, en matière de publication de dictionnaires généraux, certaines maisons d’édition sont reconnues pour la qualité de leurs ouvrages. C’est le cas, notamment, des maisons Hachette, Larousse, Robert et Québec Amérique pour le français, et Collins, Longman, Merriam-Webster et Oxford pour l’anglais.

Des organismes de terminologie tels que l’Office québécois de la langue française (OQLF) et le Bureau de la traduction du gouvernement canadien publient des vocabulaires et des lexiques, fruit du travail rigoureux de terminologues professionnels. Mais que penser de l’Encyclopédie médicale (Doctissimo.ca) ou du Dictionnaire de l’environnement (Actu-environnement.com)?

Sachant que, sur le Web, auteur, maison d’édition et diffuseur correspondent souvent à une seule et même personne ou entité morale, il est prudent de s’interroger sur leur expertise et leur crédibilité. On sera, par exemple, plus enclin à considérer comme digne de foi un document portant sur la prévention des infections publié par la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec qu’un document similaire diffusé sur le portail Doctissimo. ca. Tous les sites de la Toile ne se valent pas du point de vue de leur fiabilité documentaire.

La provenance géographique

Les francophones du Nouveau-Brunswick utilisent des mots et des expressions qui leur sont propres et qui ne sont pas nécessairement connus ni compris des Français. Il en est de même des Québécois, des Louisianais et des Belges. Chaque pays ou région de la francophonie se distingue des autres; même chose pour les régions ou pays de l’anglophonie ou de l’hispanophonie. C’est là un phénomène dont il faut tenir compte en traduction, puisque tout texte pragmatique doit être adapté aux destinataires (v. «destinataire» dans le Glossaire). De plus en plus d’entreprises de logiciels multiplient les versions de leurs produits de façon à proposer une version «localisée», c’est-à-dire adaptée en fonction de la langue et des conventions sociales et culturelles du territoire où ces produits seront utilisés.

La provenance géographique est donc un autre aspect important dont il faut tenir compte dans l’évaluation des ressources documentaires. Si l’on traduit un texte de comptabilité pour un public francophone canadien et qu’on a le choix de consulter le Dictionnaire de la comptabilité et de la gestion financière (le Ménard, comme on l’appelle généralement), publié par l’Institut canadien des comptables agréés, ou le Dictionnaire de l’économie, de la finance et de la comptabilité publié à Paris par la maison Economica, on aura tout intérêt à retenir le premier en raison des différences terminologiques entre les usages canadiens et français.

Dans la grande majorité des documents papier et sur cédérom, le lieu d’édition est clairement indiqué, généralement dans les pages liminaires. En revanche, il est souvent difficile de déterminer avec certitude la provenance géographique des documents Web. On se rappellera que bon nombre d’adresses URL comportent un code de pays composé de deux lettres (.ca pour Canada, .ch pour Suisse, .fr pour France). Ces codes sont les mêmes dans toutes les langues, puisqu’ils ont été normalisés par l’Organisation internationale de normalisation (ISO), dont le site fournit la liste de tous les codes de pays et leur signification. Si l’adresse URL du site ou du document consulté ne contient pas de code de pays, on consulte la page d’accueil du site qui peut renfermer une adresse postale renseignant sur la provenance de l’information diffusée sur le site en question.

Porter un regard critique sur le contenu

De façon générale, le traducteur évalue ses ressources documentaires pour en vérifier, d’une part, l’exactitude de l’information, sa précision et son actualité et, d’autre part, sa qualité linguistique.

Exactitude et actualité de l’information

Ayant à traduire un texte traitant d’un sujet qui lui est peu familier, le traducteur est souvent amené à consulter des textes similaires (v. «texte parallèle» dans le Glossaire), pour parfaire sa connaissance du sujet et comprendre à fond le texte original. Pour se renseigner sur les hydroliennes, il pourrait se tourner vers des encyclopédies générales ou spécialisées, des manuels traitant des énergies renouvelables, des articles de vulgarisation ou tout autre document de ce genre. À cette étape, la langue dans laquelle ces ressources sont rédigées importe peu. Ce qui compte, c’est d’obtenir de l’information authentique, c’est-à-dire exacte et fiable.

L’information recueillie sur l’auteur et la maison d’édition (ou l’organisme diffuseur) fournit déjà un bon indice de la fiabilité du document. L’organisation interne de celui-ci renseigne aussi sur la rigueur conceptuelle et méthodologique dont l’auteur a fait preuve. Les divisions d’un texte ou d’un ouvrage (ex.: titres, intertitres, chapitres, sections) sont révélatrices de sa logique et de sa cohérence. Les préfaces et les introductions renferment aussi d’autres renseignements précieux. Les auteurs y expliquent, entre autres, leur démarche et leurs objectifs, justifient leur approche et remercient les personnes ou organismes ayant collaboré à la réalisation de l’ouvrage. Les personnes remerciées sont-elles des spécialistes du domaine? Les organismes cités ont-ils bonne réputation?

Les références bibliographiques d’un document fournissent une autre indication de sa fiabilité et de son actualité. La qualité des manuels spécialisés, des articles scientifiques, des textes de vulgarisation et des répertoires terminologiques, entre autres, dépend pour une grande part de la valeur des sources utilisées par ceux qui les ont rédigés. On s’étonnerait de trouver dans un ouvrage scientifique de 2013 une bibliographie composée uniquement d’ouvrages et d’articles datant des années 1980 et 1990. De même, on serait justifié de mettre en doute la validité de l’information française fournie dans un lexique multilingue (en, fr, es, it) dont la bibliographie ne ferait état d’aucun ouvrage de langue française.

Le document consulté contient-il des éléments graphiques? Une image vaut mille mots, dit le proverbe, et c’est souvent grâce à une image que l’on arrive à comprendre le fonctionnement d’un appareil ou l’enchaînement des étapes d’un processus. La présence d’illustrations, de schémas et de graphiques constitue généralement un atout pour le traducteur en quête d’une bonne documentation.

Enfin, la date de publication est un facteur important dont il faut aussi tenir compte. Si l’on traduit un texte traitant d’un domaine de pointe, il va de soi que l’on consultera de préférence des sources récentes. Ici encore, les documents Web ne sont pas sans poser problème. Dans bien des cas, il est impossible de savoir à quand remonte la rédaction du contenu d’un site ou d’une page précise. On peut, à tout le moins, vérifier si le site a été mis à jour régulièrement. En l’absence d’une date de mise à jour, une bonne façon de se renseigner est de lancer une recherche dans «The Wayback Machine», https://archive.org/web/web.php. Si le site y est répertorié, il sera alors possible de voir à quel moment il a été créé et de consulter le sommaire des mises à jour. Si elles ont cessé depuis plusieurs années, il sera facile d’en déduire que l’information n’y est pas récente.

La qualité linguistique

À l’étape de la reformulation dans la langue d’arrivée, le traducteur cherche à s’appuyer sur des ressources documentaires qui l’aideront à produire un texte idiomatique dont la terminologie correspond au plus près aux usages ayant cours dans les milieux concernés. Ces ressources seront soit bilingues, soit rédigées dans la langue d’arrivée. Par exemple, en l’absence d’un document bilingue donnant boson de Higgs comme équivalent de Higgs boson, le traducteur réorientera ses recherches vers des ressources originales françaises. Il découvrira que le terme pour lequel il cherche une attestation a comme synonyme particule de Dieu. D’où l’importance de consulter à ce stade des ressources dont la qualité linguistique est irréprochable.

La règle à suivre est d’éviter dans la mesure du possible les documents traduits. Aussi paradoxal que cela puisse paraître, en contexte de traduction, on se méfie des sources traduites. Il faut savoir que la profession de traducteur n’exige pas l’adhésion à un ordre professionnel, contrairement aux professions de médecin ou d’avocat. Cette situation a pour conséquence que des bilingues s’improvisent traducteurs sans connaître les techniques de la traduction, d’où les traductions médiocres qui circulent un peu partout, y compris sur des sites Web. Pour s’en convaincre, il suffit de consulter la version française de certains sites Web en pays bilingues ou multilingues.

Il faut aussi être conscient que le traducteur n’exerce pas toujours sa profession dans des conditions idéales. Les contraintes de temps l’obligent parfois, bien malgré lui, à traduire de manière expéditive. La qualité du texte produit en souffre inévitablement, ce qui, on l’aura compris, donne lieu à l’emploi de termes ne respectant pas la terminologie du domaine concerné. En se documentant à cette source traduite, on risque de reproduire les erreurs d’un traducteur pressé.

S’il est assez facile de savoir dans quelle langue un document papier ou diffusé sur cédérom a été originellement publié, il en va tout autrement du contenu des sites Web bilingues ou multilingues. À moins d’une mention explicite de la langue de rédaction originale, le seul indice dont on dispose est le code de pays de l’adresse URL. Cet indice est très relatif, toutefois, car plusieurs langues officielles cohabitent à l’intérieur des frontières d’un grand nombre de pays. Par exemple, un document dont l’adresse URL se termine par le code .ch (Suisse) peut fort bien avoir été rédigé en allemand, puis traduit en français, en anglais et en italien, ou avoir été rédigé en français, puis traduit en allemand, en italien et en anglais.

Au Canada, on sait que, dans presque toutes les provinces et tous les territoires, de même qu’au sein de l’administration fédérale, la traduction se fait massivement dans le sens anglais-français. On considérera donc que les documents diffusés en français sur des sites d’origine canadienne ont très probablement été traduits de l’anglais. En outre, même si l’on peut supposer qu’ils sont l’œuvre de traducteurs professionnels, on les consultera tout de même avec circonspection, pour les raisons évoquées ci-dessus.

Mis à part le code de pays, certaines adresses URL contiennent des éléments d’information permettant de déterminer la langue d’origine des pages consultées. Par exemple, sur le site canadien d’American Express, on trouve une page dont l’adresse est https://www.americanexpress.com/ca/en/content/insurance/identity-protection.html, et une autre dont l’adresse est https://www.americanexpress.com/ca/fr/content/insurance/identity-protection.html. L’élément /en/ dans la première indique qu’il s’agit d’une page anglaise, /fr/, dans la deuxième, d’une page en français. Or, l’adresse de la page française est présentée en anglais, ce qui laisse croire que l’anglais est la langue originale, et que la page a été traduite en français.

Dans d’autres sites bilingues, les pages anglaises ne comportent aucune mention relative à la langue, contrairement aux pages françaises. Comparons les pages d’accueil en anglais des sites de l’Association canadienne de curling, https://www.curling.ca/, et de l’Association canadienne de boxe amateur, https://www.boxing.ca/, et leurs contreparties en français, https://www.curling.ca/fr/et https://www.boxing.ca/index-fr.php. On peut penser que la page en français est la traduction de celle en anglais. Mais ce n’est là qu’une hypothèse que seule une vérification auprès des organismes concernés permettrait de confirmer ou d’infirmer.

En somme, grâce à son œil exercé et à sa connaissance de la langue, le traducteur aura vite fait de repérer coquilles, fautes d’orthographe et autres erreurs dans les ressources documentaires qu’il consulte et de juger de leur qualité linguistique.

Les sources dictionnairiques

Les dictionnaires ne sont pas tous égaux devant le traducteur. Comme tout autre type de ressources documentaires, ils doivent faire l’objet d’un examen critique, ce qui suppose, au préalable, de transcender l’image idéalisée que s’en font la plupart des profanes. À leurs yeux, observe le lexicographe Jean-Claude Boulanger, les dictionnaires sont «des bibles, et même, à bien y penser, la Bible, c’est-à-dire le grand livre unique, irremplaçable, magnifié […]. Livre précieux, gardien de la langue et du bon usage, le dictionnaire […] est rassurant, sécurisant» (Boulanger, 1986: 5).

Cette conception du dictionnaire est bien souvent partagée par l’apprenti traducteur, qui hésite à remettre en question l’information qu’il y trouve (v. l’OS 3). Or, c’est oublier que, sur le marché très concurrentiel des dictionnaires, se côtoient des produits de qualité fort variable. Comme le rappelait en 1977 le codirecteur des dictionnaires Le Robert, Alain Rey, «la décision de publier un dictionnaire relève plus de facteurs économiques ou politiques que d’un noble souci didactique ou scientifique» (Rey, 1977: 12). C’est oublier également que les dictionnaires se déclinent en de multiples variantes. Il serait plus juste d’utiliser le terme générique répertoire pour désigner l’ensemble des ouvrages de référence commercialisés sous des noms tels que dictionnaire, vocabulaire, lexique, glossaire ou thésaurus (v. l’OS 2).

On distingue deux grandes catégories de répertoires: les répertoires lexicographiques, qui décrivent les mots de la langue courante, y compris un nombre limité de termes spécialisés circulant dans le grand public, et les répertoires terminologiques, qui définissent les termes se rapportant à des domaines ou sous-domaines de spécialisation tels que le droit des assurances, le commerce électronique, la sécurité informatique ou les télécommunications. Le nouveau Petit Robert, le Collins English Dictionary, le Robert & Collins, le Guide anglais-français de la traduction (Meertens, 2010) et Les mots pour le traduire (Labelle, 2010) sont des répertoires lexicographiques. Font aussi partie de cette catégorie les dictionnaires unilingues ou bilingues généraux, ainsi que les dictionnaires de synonymes, de difficultés de la langue, de cooccurrences et d’anglicismes.

Appartiennent à la catégorie des répertoires terminologiques des ouvrages tels que le Vocabulaire forestier: écologie, gestion et conservation des espaces boisés, publié à Paris par l’Institut pour le développement forestier, le Dictionnaire de l’industrie automobile de l’OQLF et le Lexique de la mobilité durable du Bureau de la traduction, tout comme Le grand dictionnaire terminologique, Termium Plus® et InterActive Terminology for Europe, https://iate.europa.eu/.

La distinction que nous venons d’établir est très importante en regard de l’évaluation de la pertinence des ressources documentaires. Elle permet de comprendre, par exemple, pourquoi il serait inutile de consulter une banque de terminologie comme Termium Plus® pour savoir si l’emploi du verbe quitter à la forme intransitive est acceptable. C’est de toute évidence dans un répertoire lexicographique qu’il faut orienter sa recherche. En revanche, une banque de terminologie bilingue se révèle d’une grande utilité pour savoir comment rendre en français le terme médical angioedema ou tout autre terme spécialisé. Chaque catégorie de répertoires a sa fonction, chaque répertoire, ses particularités.

Les introductions et autres textes liminaires renseignent les usagers sur les particularités des répertoires papier et des cédéroms, et sur leur mode d’emploi. Certains répertoires diffusés sur le Web comportent aussi des textes introductifs, bien que cela soit plus rare. L’absence d’un texte de présentation signé par l’auteur, la maison d’édition ou le diffuseur d’un répertoire est généralement l’indice que ce répertoire n’est pas l’œuvre d’une équipe de lexicographes ou de terminologues professionnels.

Des entreprises lexicographiques de plus grande envergure sont aussi menées par des non-professionnels. C’est le cas des projets collaboratifs de type wiki, où monsieur et madame Tout-le-Monde s’improvisent lexicographes. On appelle cela en anglais le crowdsourcing, concept que Termium Plus® et Le grand dictionnaire terminologique de l’OQLF rendent par externalisation ouverte. De grandes maisons d’édition de dictionnaires — Merriam-Webster, entre autres — se prêtent à ce jeu. Elles proposent sur leur site une zone wiki, où quiconque peut soumettre des mots inusités et en proposer une définition. La consultation de ce genre de ressources exige une grande vigilance.

On peut dire la même chose à propos des répertoires d’anglicismes, de québécismes et d’autres «particularismes» qui inondent le marché depuis quelques années et qui se caractérisent par un aspect ludique très marqué, parfois au détriment de la rigueur lexicographique. Il faut donc apprendre à départager les productions d’amateurs et les ouvrages sérieux, conçus selon les règles de l’art par des linguistes ou des traducteurs aguerris.

Les questions suivantes se révèlent utiles pour procéder à l’évaluation de la qualité et de la fiabilité des répertoires lexicographiques et terminologiques:

  • Compte tenu du type de répertoire, la liste des mots ou des termes traités semble-t-elle complète?
  • Les mots ou termes sont-ils accompagnés d’informations grammaticales (ex.: genre, type de verbe)? D’informations sociolinguistiques (ex.: mention du pays ou de la région d’utilisation)?
  • Les définitions sont-elles claires et précises? Respectent-elles le niveau de technicité ou de vulgarisation de l’ouvrage?
  • Donne-t-on des exemples pour illustrer l’emploi des mots ou des termes?
  • S’il s’agit d’un répertoire terminologique, contient-il des illustrations?
  • Fournit-on la liste et la signification des abréviations utilisées dans le corps de l’ouvrage?
  • Si le répertoire est organisé selon un classement thématique, comprend-il un index alphabétique des termes traités?
  • S’il s’agit d’un lexique bilingue français-anglais, a-t-on ajouté un index des termes anglais traités?

La présentation matérielle

La présentation matérielle fait aussi partie des éléments à considérer pour l’évaluation de la qualité d’une source documentaire. Entre deux sources au contenu similaire, celle dont le contenu est le plus invitant, le mieux présenté, le plus facile d’accès nous attirera toujours plus. C’est pourquoi les versions numériques des ouvrages de référence tendent à déloger les versions papier. Leurs atouts sont nombreux: présentation aérée, jeux de couleurs (ex.: définitions en rouge, synonymes en vert), options de visualisation personnalisables (ex.: réduction ou augmentation de la taille des caractères, choix des catégories d’information affichées), rapidité de consultation, hyperliens, possibilité de copier-coller, etc. La qualité de la présentation matérielle des dictionnaires en ligne égale rarement celle des cédéroms, mis à part ceux que diffusent les sites des grandes maisons d’édition telles que Les dictionnaires Le Robert. Les répertoires terminologiques mis en ligne (autres que les banques de terminologie) prennent souvent la forme de simples listes de termes classés par ordre alphabétique, et sont à l’image des répertoires papier.

Conclusion

On aura compris, à la lecture de ce qui précède, qu’il n’est pas toujours possible ni nécessaire de procéder à l’évaluation exhaustive des documents que l’on consulte. Le traducteur soumis à une échéance serrée qui, dans le feu de l’action, consulte une série de glossaires et de lexiques en ligne à la recherche d’une équivalence n’aura pas le loisir d’examiner en détail chacun des éléments mentionnés ci-dessus. Par contre, s’il obtient, par exemple, un important contrat dans le domaine de l’aéronautique et souhaite ajouter des répertoires terminologiques à sa bibliothèque ou à sa liste de signets, ce même traducteur aura tout intérêt à les évaluer systématiquement, de façon à pouvoir choisir ceux qui lui semblent les plus fiables et les mieux adaptés aux exigences de son mandat. En un mot, il importe de s’adapter à la situation et de ne jamais perdre de vue que la consultation de ressources fiables à tous points de vue contribue indéniablement à la qualité des textes d’arrivée. Du point de vue de la rigueur documentaire, on peut dire qu’un traducteur vaut ce que vaut sa documentation.

Suggestions de lecture

Cohen, Laura et Trudi E. Jacobson (2009), «Evaluating Web Content», sur le site University Libraries. University at Albany-State University of New York. https://library.albany.edu/usered/eval/evalweb/

Gagnon, Maryse et Francis Farley-Chevrier (2004), Guide de la recherche documentaire.

UC Berkeley Library (2012), «Evaluating Web Pages: Techniques to Apply & Questions to Ask», sur le site Finding Information on the Internet: A Tutorial, https://www.lib.berkeley.edu/TeachingLib/Guides/Internet/Evaluate.html.

V. aussi: European Commission (2012); Guyon (2010a).

EXERCICES D’APPLICATION

Exercice 1

Déterminez l’origine des sites ci-dessous en identifiant leur auteur et l’organisme responsable de leur diffusion.

 1. https://compost.comprendrechoisir.com/comprendre/compost-essentiel

 2. https://www.infotoitsverts.com/

 3. https://ressources-et-environnement.com/2011/07/toits-blancs-l%E2%80%99etonnante-injonction-de-bill-clinton/

Exercice 2

Sur la base des principes énoncés dans le présent objectif, jugez de la valeur des documents suivants:

 1. https://www.infotoitsverts.com/

 2. https://www.ocpm.qc.ca/sites/default/files/pdf/41/8aa.pdf

 3. https://www.toitvert.net/CNRC%20Toits%20verts,%20blancs,%20haute%20performance.pdf

 4. https://www.prioriterre.org/upload/wysiwyg/File/Parutions/lettrearchi02.pdf

 5. https://www.natureparif.fr/attachments/Documentation/livres/Toitures-vegetalisees.pdf

Exercice 3

Évaluez la qualité des répertoires suivants en vous appuyant sur les principes énoncés dans le présent objectif:

 1. «Lexique de biologie humaine et terminologie médicale», https://www.didier-pol.net/6LEX-SMS.html.

 2. Delbard, Olivier (2005), Dictionnaire de l’environnement et du développement durable. Édition bilingue anglais-français, français-anglais, Paris, Pocket, 351 p.

Exercice 4

Les cinq sources ci-dessous portent sur la cataracte. Sur la base des principes énoncés dans le présent objectif, évaluez la qualité de chacune d’elles et classez-les ensuite de la plus fiable à la moins fiable, en justifiant votre classement.

 1. https://www.eyesite.ca/francais/information-publique/les-maladies/pdfs/Cataracts_f.pdf

 2. https://fr.wikipedia.org/wiki/Cataracte_%28maladie%29

 3. https://www-sante.ujf-grenoble.fr/sante/corpus/disciplines/ophtalmo/baissevision/58/lecon58.htm

 4. https://www.amoq.org/InfoSurMaladies/InfoSurMala-cataracte.htm

 5. https://www.futura-sciences.com/fr/definition/t/medecine-2/d/cataracte_3105/

Exercice 5

Lisez l’article intitulé «Camping? Yes. Roughing it? Not Quite» paru dans le New York Times en vous assurant de bien comprendre le sens du terme anglais glamping. Vous trouverez l’article en question à l’adresse https://travel.nytimes.com/2008/09/14/travel/14green-1.html.

Au moins trois termes sont utilisés en français pour rendre le terme anglais glamping: camping de luxe, glamping et prêt-à-camper.

Lancez une recherche sur un moteur de recherche Web et dans la base de données Eureka (accessible sur le site de la bibliothèque de nombreuses universités) à partir de chacun des termes employés pour désigner le glamping en français. En fonction des résultats de votre recherche, répondez aux questions suivantes:

 1. Avez-vous pu trouver trois sources françaises fiables pour attester le terme camping de luxe?

 2. Avez-vous pu trouver trois sources françaises fiables pour attester le terme glamping utilisé en français?

 3. Avez-vous pu trouver trois sources françaises fiables pour attester le terme prêt-à-camper?

 4. En fonction des sources que vous avez trouvées, lequel, parmi les équivalents français possibles, serait-il judicieux d’utiliser dans un texte destiné à un public francophone du Québec? Pourquoi?

1. Cet objectif a été rédigé par Aline Francœur.

III

MÉTHODE DE TRAVAIL

Objectif 6

ÉTAPES DE LA MÉTHODE DE TRAVAIL

Avec de la méthode et de la logique on peut arriver à tout.

PIERRE DAC

EXPOSER LA MÉTHODE de travail du traducteur, c’est décrire les étapes à suivre avant, pendant et après l’opération de traduction. Sans méthode, il est difficile de produire des traductions de qualité. Une méthode est «l’ensemble de moyens raisonnés suivis pour arriver à un but» (Le nouveau Petit Robert). Elle ne remplace jamais le talent, mais tout traducteur, doué ou non, doit acquérir de bonnes habitudes de travail et faire preuve de rigueur intellectuelle. Travailler avec méthode fait aussi gagner du temps et augmente l’efficacité. Voyons donc dans l’ordre chacune des étapes du processus complexe de la traduction.

A. AVANT

La première phase, celle de la compréhension, se subdivise en trois temps: mise en situation, lecture et interprétation du sens.

La mise en situation consiste à recueillir le plus d’informations possibles concernant le texte vu comme outil de communication. Un texte n’est pas une abstraction, et les textes pragmatiques ne font pas exception, même s’ils sont anonymes ou signés par des rédacteurs peu connus. Ce sont les supports au moyen desquels un client, un auteur, un organisme ou une entreprise communique une information donnée à un ou plusieurs destinataires dans une forme conventionnelle ou libre. Il est donc indispensable de connaître l’origine du texte (qui en est l’auteur? de quel service émane-t-il?), sa fonction (cherche-t-il à convaincre, à décrire, à séduire, à informer?) et ses destinataires (s’adresse-t-il à un groupe de syndiqués? aux travailleurs d’une usine? aux lecteurs d’une revue professionnelle? à une minorité ethnique? aux clients d’une entreprise?). Ces renseignements orienteront les choix lexicaux et stylistiques du traducteur au moment de la réexpression.

La lecture est une étape cruciale du processus. Loin d’être une perte de temps, la lecture (totale ou partielle) du texte le fait voir comme un tout structuré et définit un cadre général d’interprétation de chacun des éléments qui le composent. Ses phrases ne sont pas indépendantes les unes des autres, mais forment un ensemble lié, cohérent. Il ne suffit pas de lire superficiellement pour acquérir une vague idée du sujet traité. Il faut chercher à s’imprégner du texte, l’assimiler, sans se précipiter sur les dictionnaires bilingues. Devant un mot inconnu, on essaiera, à cette étape, d’en déduire le sens par le contexte en appliquant un raisonnement logique. L’aptitude à raisonner logiquement fait partie intégrante de la méthode du traducteur. Nous y reviendrons souvent, en particulier aux OS 9 et 10.

Puisque la traduction d’un texte pragmatique doit être une image aussi fidèle que possible du modèle original, on s’efforcera de photographier mentalement ce modèle en ne laissant aucun détail dans l’ombre. Le texte de départ est-il rédigé en anglais britannique, américain ou canadien? Certains mots y prennent-ils une valeur particulière? D’autres sont-ils fortement connotés? Quels registres l’auteur a-t-il utilisés? Quel est le ton du texte: neutre, ironique, polémique, solennel? Comment le discours est-il organisé? Les phrases sont-elles brèves ou longues? Simples ou complexes? Les paragraphes sont-ils liés au moyen de charnières? Les figures de style y sont-elles nombreuses? Y a-t-il des constructions parallèles, des anaphores? Le texte est-il rédigé dans une langue de spécialité? Renferme-t-il des allusions? Des nuances à préserver? Autant de questions qui permettent de «saisir» le texte, de se l’approprier. Moins le texte est bien rédigé, moins le traducteur est tenu d’en respecter la forme. Il n’est pas rare qu’un traducteur donne des leçons de clarté aux auteurs brouillons qu’il traduit.

La lecture vise donc à faire l’inventaire des traits caractéristiques du texte original et des difficultés de compréhension qu’il présente. Cette opération préliminaire consiste aussi à repérer les difficultés de traduction et à entrevoir les stratégies qui seront mises en œuvre au moment du transfert. La méconnaissance de ces stratégies donne lieu à des erreurs compréhensibles et excusables en début d’apprentissage, tandis que les fautes de langue grossières, elles, sont moins justifiables.

L’étape suivante est l’interprétation du sens. On traduit bien uniquement ce que l’on comprend bien et il va de soi que l’on ne traduit pas pour comprendre — comme c’est le cas en apprentissage des langues —, mais pour faire comprendre. C’est un axiome de la traduction. L’effort de compréhension d’un texte peut rendre nécessaire la consultation de diverses sources documentaires. Selon le niveau de technicité du texte et le degré de connaissances du traducteur, la recherche se limitera à une consultation d’encyclopédies générales ou de sites Internet. Elle pourra aussi nécessiter des recherches plus poussées dans des encyclopédies spécialisées, des articles de revues techniques ou des monographies. Il arrive souvent qu’une recherche documentaire bien menée permette de résoudre les problèmes terminologiques en même temps que les difficultés de compréhension.

Délimiter les domaines

Pouvoir se documenter vite et bien est une des conditions de l’efficacité d’un traducteur. La lecture initiale du texte de départ sert aussi à cerner le domaine et le sous-domaine d’activité dont il est question et à repérer les notions clés. Supposons que le passage reproduit ci-dessous soit le premier paragraphe d’un texte à traduire.

Photoelectric detection of smoke, in varying degrees of density, has been employed for several years, particularly where the type of fire anticipated is expected to generate a substantial amount of smoke before temperature changes are sufficient to actuate a heat detection system. This type of detector operates on a light principle where smoke entering a light beam either obscures the beam’s path or reflects light into a photocell.

Ce paragraphe fournit au traducteur tous les renseignements dont il a besoin pour cibler sa recherche documentaire. En effet, le mot fire délimite le domaine général [les incendies], les expressions heat detection system et detector désignent le sous-domaine [les appareils de détection] et les termes photoelectric detection of smoke et smoke, le sous-sous-domaine [les détecteurs de fumée]. Il ne reste plus au traducteur qu’à orienter ses recherches documentaires et terminologiques vers les détecteurs de fumée.

Cerner les notions

Si les répertoires bilingues se révèlent de bons compagnons d’armes, il faut être bien conscient du fait qu’ils ne cernent pas toujours très clairement les notions, comme nous l’avons vu à OS 3, consacré aux limites des dictionnaires bilingues. Le dictionnaire bilingue Harrap’s Shorter, par exemple, propose de nombreux correspondants pour traduire le mot valve: soupape, clapet, valve, vanne, reniflard, ventouse, purge, vannelle, robinet-vanne, valvule.

Tous ces mots ne sont pas interchangeables. Lequel choisir? Aussi, bien que les répertoires bilingues ou multilingues ne soient pas à écarter, il est souvent préférable d’effectuer une recherche documentaire bien ciblée dans des ouvrages rédigés dans la langue de la traduction, en l’occurrence le français, plutôt que de chercher des correspondants dans des dictionnaires ou des lexiques bilingues.

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