Logo weiterlesen.de
An der Front und Hinter der Front – Au front et à l’arrière | Der Erste Weltkrieg und seine Gefechtsfelder

SERIE ARES. Histoire militaire – Militärgeschichte An der Front und hinter der Front – Au front et à l’arrière – Rudolf Jaun, Michael M. Olsansky, Sandrine Picaud-Monnerat, Adrian Wettstein – HIER UND JETZT

Inhalt

Dominique Juilland
Préface

Daniel Moccand
Vorwort

Rudolf Jaun, Michael Olsansky, Adrian Wettstein
Einleitung

Rudolf Jaun, Michael Olsansky, Adrian Wettstein
Introduction

Dynamik und Globalität der Kriegführung

Georges-Henri Soutou
De la guerre des tranchées et des sièges aux innovations opératives et stratégiques

Stig Förster
Jenseits von Verdun. Der Erste Weltkrieg in globaler Perspektive

Wandel der Streitkräfte 1914–1918

Günther Kronenbitter
Bedingt einsatzbereit: strukturelle Schwächen der k. u. k. Armee

Ian F. W. Beckett
Recruitment, Organisation and Combat Motivation in the British Army

Wandel der Kampfführung

Dimitry Queloz
Après l’« offensive à outrance »
Facteurs et processus de changement dans la doctrine et les pratiques de l’armée française au cours de la Première Guerre mondiale

Gerhard P. Gross
Operatives Denken im Zeitalter des Grabenkrieges: Deutsche Erfahrungen und Konzepte 1914–1918.
Das Scheitern der deutschen operativen Planungen 1914

Michael M. Olsansky
«Geborgte Kriegserfahrungen»: Kriegsschauplatzmissionen schweizerischer Offiziere und die schweizerische Taktikentwicklung im Ersten Weltkrieg

Der Erste Weltkrieg – ein totaler Krieg?

Roger Chickering
When did the War become Total?

Michael Epkenhans
Die deutsche Armee – an der Heimatfront besiegt?

«Kriegslehren» europäischer Armeen in der Nachkriegszeit

Markus Pöhlmann
Wie und was lernte das Militär in Deutschland aus dem Ersten Weltkrieg?

Michael M. Olsansky
Auf der Suche nach «Kriegslehren»: Das schweizerische Militär nach dem Ersten Weltkrieg

Wim Klinkert
A Bystander catches up. Military Debate and Practice in the Netherlands, 1918–1923

Adrian Wettstein
Zwischen Trauma und Erstarrung. Die französische Doktrin der Zwischenkriegszeit

Sönke Neitzel
Kriegserfahrungen am Beispiel der British Military Intelligence

Kriegserinnerung. Manifestation des Gedenkens

Gerd Krumeich
Der Grosse Krieg in der Erinnerung Deutschlands und Frankreichs

Martin Schmitz
«Vaterland zerstört. Armee zerrissen.» Der Zusammenbruch der Donaumonarchie in der Erinnerung österreichisch-ungarischer Offiziere

Béatrice Ziegler
Die schweizerische Armee als Akteurin und als Thema der Geschichtskultur zur Schweiz im Ersten Weltkrieg

Roman Rossfeld
«Schweigen ist Gold»: Kriegsmaterialexporte der schweizerischen Uhren-, Metall- und Maschinenindustrie im Ersten Weltkrieg

Autoren und Herausgeber

Préface

Fallait-il en cette année de commémoration du 100e anniversaire du début de la Grande Guerre, où foisonnaient journées du souvenir, publications érudites et fouillées – à l’image de Griff nach der Weltmacht de Fritz Fischer, Der Grosse Krieg de Herfried Münkler, Les Somnanbules de Christopher Clark ou encore L’agonie d’une monarchie de Jean-Paul Bled – et autres journées d’études ajouter une énième manifestation consacrée à la Première Guerre mondiale ? N’était-ce pas courir le risque d’enfoncer des portes ouvertes, de réchauffer des lieux communs ? Tout sur ce conflit cataclysmique n’avait-il pas déjà été dit, écrit, étudié ?

Ce second volume de la SERIE ARES apporte une réponse sans équivoque quant à l’utilité, voire la nécessité de cette manifestation.

Les actes du colloque Au front et à l’arrière qu’il contient sont la preuve qu’il reste encore des zones d’ombre à éclairer et des champs de recherche à défricher. L’originalité tant dans la thématique que dans le mode de déroulement du colloque a permis d’apporter, ici et là, un éclairage nouveau et des compléments sur des sujets qui semblaient largement et définitivement connus. En effet, ce colloque se voulait à la fois interdisciplinaire, international, mais aussi intergénérationnel et intercommunautaire. La large palette des communications contenues dans ce volume illustre notre volonté de donner l’occasion à de jeunes chercheurs de présenter les résultats de leurs études en présence d’historiens de renom, d’associer spécialistes de l’histoire et chercheurs venant d’autres domaines des sciences sociales, de faire intervenir côte à côte des universitaires spécialisés en histoire militaire et des militaires intéressés par l’histoire, de confronter les perspectives de personnalités venant des différents pays belligérants de l’époque. Mais ce colloque voulait aussi être l’occasion de la rencontre entre des professionnels de l’histoire militaire et « l’honnête homme » au sens où l’entendait le XVIIe siècle : l’homme cultivé féru d’histoire. Le bilan de ces deux jours de réflexions et d’échanges scientifiques est contenu dans les pages qui suivent. Il est bien trop riche pour être résumé en quelques phrases. Quatre éléments méritent cependant d’être mis en exergue.

Ce colloque fut organisé main dans la main par un organisme d’État – l’Académie militaire à l’Ecole polytechnique fédérale de Zurich – et une organisation de milice, l’Association suisse d’histoire et de sciences militaires. Cette coopération illustre parfaitement cet esprit de milice typiquement helvétique, où professionnels et amateurs éclairés œuvrent ensemble à la réalisation d’un projet. Cette coopération est à l’image de ce qu’est l’armée de milice helvétique : un effort commun des militaires d’active et des citoyens-(soldats) pour garantir la sécurité du pays et donc le bien de la patrie.

C’est l’occasion ici d’exprimer nos vifs remerciements à l’Académie militaire et à son commandant, le brigadier Moccand avec ses collaborateurs pour leur précieux soutien, tant financier qu’administratif, sans lequel ce colloque n’aurait pu se faire dans d’aussi bonnes conditions.

Une question récurrente est de savoir qui doit être en charge de l’histoire militaire : les universitaires ou les militaires ? Les pages qui suivent apportent la seule bonne réponse : les universitaires ET les militaires. En effet, pour le bien de l’étude de l’histoire militaire, il faut un sain mélange entre chercheurs universitaires, garants de la rigueur scientifique en matière de recherche historique, et des militaires d’active apportant l’expérience concrète du métier des armes et des campagnes en cours. Si l’histoire militaire est d’abord une histoire des batailles et des campagnes militaires, elle est aujourd’hui toujours plus interdisciplinaire, englobant l’étude des dimensions politiques, économiques, sociales et culturelles des conflits.

C’est la fameuse polémologie que les générations précédentes ont apprise avec Gaston Bouthoul et Raymond Aron. Cette pluridisciplinarité se reflète dans les communications contenues dans ce volume.

Mais s’il en est ainsi, il ne faut pas perdre de vue qu’in fine ce sont des soldats qui, sur le champ de bataille, s’affrontent jusqu’à la mort. Ce sont 18 millions de soldats – beaucoup d’hommes, mais aussi des femmes – qui ont sacrifié leur vie sur les champs de bataille entre 1914 et 1918. Ces pages sont aussi une façon de rendre hommage à tous ceux qui sont morts au champ d’honneur.

C’est au politique de définir les buts et les valeurs pour lesquels il est prêt à envoyer des soldats à la guerre, in fine d’en accepter la mort. Il appartient au militaire de transformer ces intentions politiques en opérations militaires. Or, conduire la guerre est plus qu’un métier ou un savoir-faire. Ce n’est pas un hasard si l’ouvrage de stratégie militaire écrit au VIe siècle avant JC par Sun Tsu est entré dans l’histoire sous le titre de L’art de la guerre. L’art, ce n’est pas de gagner une bataille à n’importe quel prix. Le sommet de cet art, c’est d’atteindre les objectifs d’une opération militaire avec un minimum en pertes humaines et en destructions matérielles.

Nous faisons nôtre le constat du commandant de corps Mabillard, qui fut chef de l’instruction de l’Armée suisse, qui disait amèrement : « La Première Guerre mondiale, c’est la négation absolue de l’art de la guerre ! ». Verdun et la bataille de la Somme en sont des illustrations dramatiques : des centaines de milliers de morts pour des gains de terrain de quelques kilomètres sans aucune perspective d’atteindre les buts de guerre à la clé.

Que la lecture des pages qui suivent, résumé de deux jours de réflexion, nous aide à mieux comprendre les cruels évènements qui se sont passés il y a cent ans, afin que nous soyons capables de prendre aujourd’hui les mesures opportunes pour que demain de tels massacres puissent être évités.

Divisionnaire (aD) Dominique Juilland

Président de l’Association suisse d’histoire et de sciences militaires

Vorwort

Der sich zum 100. Mal jährende Ausbruch des Ersten Weltkriegs war Anlass für die Tagung «An der Front und hinter der Front: Der Erste Weltkrieg und seine militärischen und gesellschaftlichen Gefechtsfelder» vom 28. Februar und 1. März 2014 an der ETH Zürich. 19 renommierte Historiker und Historikerinnen aus der Schweiz und dem Ausland beleuchteten militär-, sozial-, wirtschafts- und kulturgeschichtliche Aspekte des Ersten Weltkriegs und präsentierten die Resultate ihrer teilweise langjährigen Forschungen. Mit der Publikation des Tagungsbandes findet die in jedem Bereich gelungene und im Erinnerungsjahr in der Schweiz bedeutendste international ausgerichtete Fachtagung zum Ersten Weltkrieg nun ihren Abschluss.

Vor und während der Tagung beherrschte der damals eben offen ausgebrochene Konflikt in der Ukraine die Tagesaktualität. Ein Jahr später – im Frühjahr 2015 – ist dieser Konflikt in gewisser Weise trauriger Alltag geworden. Die durch die internationale Staatengemeinschaft angestrebte Begrenzung und Eindämmung des Kriegs in der Ostukraine gelingt nicht richtig, von einer Beilegung des Konfliktes kann derzeit keine Rede sein. Rückblickend ist es besonders interessant, sich die enge Verknüpfung der historischen Debatte um den Kriegsausbruch von 1914 mit der sicherheitspolitischen Diskussion des Frühjahres 2014 zu vergegenwärtigen. So riefen vor einem Jahr plötzlich Historiker wie Herfried Münkler oder Thomas Maissen den Lesern grosser schweizerischer Tageszeitungen vor der historischen Erfahrung des Ersten Weltkriegs in Erinnerung, dass auch lange Friedensperioden irgendwann einmal enden und selbst in einer gesellschaftlich und wirtschaftlich komplex miteinander verflochtenen Staatenwelt sich plötzlich bedrohliche Konfrontationslagen entwickeln und verschärfen können. Es waren auf einmal Historiker, nicht so sehr Konfliktforscher oder Politikwissenschaftler, die auf der Basis ihrer geschichtswissenschaftlichen Expertise Antworten zu tagesaktuellen Fragen und Problemlagen geben sollten. Und sie vermochten die sich verändernden und teilweise überschlagenden Ereignisse einzuordnen, weil sie als Historiker wussten und wissen, dass es früher auch einmal anders war.

Geschichte handelt von Veränderungen. Von den Folgen von Veränderungen, von Menschen, die sich verändern, und solchen, die sich gegen Veränderungen wehren. Auf dieser Basis lassen sich heutige Entwicklungen besser deuten, es geht letztlich um Bewusstwerdung. Vor diesem Hintergrund ist es zu verstehen, dass an der Militärakademie der ETH Zürich die Militärgeschichte die traditionellste Disziplin ist. Es ging nie darum, alte Schlachten nachzustellen, um für morgige Schlachten besser aufgestellt zu sein. Vor dem Hintergrund der modernen Schweizergeschichte wäre dies auch etwas kurios. Es ging und geht darum, Vergangenheit zu verstehen, um Gegenwart besser zu begreifen; eben um Bewusstwerdung. Und da die schweizerische Militärakademie eine Forschungseinrichtung an der ETH Zürich ist, geschieht militärhistorische und militärwissenschaftliche Forschung auch einfach um ihrer selbst willen. Vor diesem Gesamthintergrund war die Tagung «An der Front und hinter der Front» zu verstehen.

Es freut mich rückblickend ausserordentlich, dass die beispiellose Kräftebündelung zwischen der Schweizerischen Vereinigung für Militärgeschichte und Militärwissenschaften (SVMM) und der Militärakademie an der ETH Zürich zustande kam und die Tagung vom 28. Februar/1. März 2014 sowie diesen Tagungsband überhaupt ermöglichte. Vor dem Hintergrund des renommierten internationalen Referentenfeldes und der grossen Zahl von Besuchern war es auch eine Genugtuung, dass die schweizerische Militärgeschichte offensichtlich nicht nur zu national eingegrenzten Themen Interesse wecken und Publikum mobilisieren kann. So danke ich abschliessend allen Hauptverantwortlichen und insbesondere dem SVMM für die gelungene Zusammenarbeit und wünsche dem Leser Erkenntnisgewinn und Vergnügen bei der Lektüre dieses Tagungsbandes.

Brigadier Daniel Moccand,

Direktor der Militärakademie an der ETH Zürich

Einleitung

Mit Chiffren wie Verdun und Somme steht der Erste Weltkrieg noch immer für ein jahrelanges industrielles Verheizen von Hunderttausenden Soldaten an der Westfront. Mögen die grossen Schlachten der Westfront auch künftig die populäre Wahrnehmung des Ersten Weltkriegs dominieren – sicher ist, dass dieser auch viele andere, ganz unterschiedliche Gefechtsfelder aufwies.

Zum einen stand die militärische Elite in diesem Krieg vor der grundsätzlichen Herausforderung der permanenten Adaption der Kampfführung. So war denn der Erste Weltkrieg durch eine geradezu revolutionäre Entwicklung der Taktik und Technik, aber auch durch die sich erst ausbildende operative Stufe der Kriegführung geprägt. Diese Entwicklung hatte eine jahrzehntelange Vorgeschichte, kam aber erst in den Jahren 1917/18 zum Tragen. Diese von Deckung, Auflockerung, Tiefengliederung und der Kombination von Feuer und Bewegung geprägte Gefechtsweise bezeichnete der amerikanische Historiker Stephen Biddle unlängst als «modern system of force employment». In Wechselwirkung dazu stand die rüstungstechnische Weiterentwicklung, die mit Neuerungen wie etwa automatischen Handfeuerwaffen, Panzern oder Angriffsflugzeugen aufwartete.

Zum anderen aber war der Frontenkrieg nur eine Ausprägung des Gefechtsfeldes dieses in neuem Masse sich totalisierenden Kriegs. Letzterer war auch durch eine umfassende personelle, wirtschaftliche, politische und geistige Mobilisierung der Kriegsgesellschaften gekennzeichnet und eröffnete ganz neue Gefechtsfelder – nämliche jene an der Heimfront. Nicht mehr alleine Soldaten in den Schützengräben, sondern Rüstungsarbeiterinnen in den Fabriken und Propagandisten in den Pressebüros wurden mitentscheidend für den Kriegsausgang.

Die Tagung «An der Front und hinter der Front» fragte nach den Entwicklungen von Doktrin, Ausrüstung, Kriegsbild und Rekrutierungsform ausgewählter Armeen und nach dem Stellenwert der Zäsur «1914». Des Weiteren lenkte sie den Blick auf die Streitkräfteentwicklung nach 1918 und den diesbezüglichen Stellenwert von Kriegserfahrungen und «Kriegslehren». Mit der Betrachtung der Vor- wie der Nachkriegszeit sollte militärisches Denken und Handeln im Ersten Weltkrieg epochal eingebettet und nicht isoliert betrachtet werden. Der Blick auf die Zeit «nach der Front» befasste sich mit dem gesellschaftlichen Erinnern und Gedenken sowie mit den Deutungen und Narrativen der Darstellungen des Ersten Weltkriegs.

Zu den oftmals nur Spezialisten zugänglichen und verständlichen Gefechtsfeldern gehört die Dynamik militärischer Adaption, sei diese technischer, organisatorischer, taktischer, strategischer oder auch militärtheoretischer Natur. Diese adaptiven Prozesse stehen im Zentrum des Aufsatzes von Georges-Henri Soutou. Er zeigt, wie der als schneller, offensiv geführter Bewegungskrieg geplante Konflikt im Spätherbst 1914 im Westen erstarrte. Dabei betont er die Bedeutung der fehlenden operativen Stufe, die sich erst nach und nach entwickelte, etwa durch die Zusammenfassung von Armeen in groupes d’armées im Herbst 1914 in Frankreich oder durch die Bildung von «Theaterkommandos» wie Ober Ost (Oberbefehlshaber der gesamten deutschen Streitkräfte im Osten) im November 1914 durch das Deutsche Reich. Um dem militärischen Patt an der Westfront zu entkommen, wandten beide Seiten strategische Alternativen an. Vor allem die Entente-Staaten Frankreich und Grossbritannien versuchten eine Peripherie-Strategie, das heisst Offensivaktionen an den schwächer besetzten Fronten der Mittelmächte wie in Griechenland oder bei Gallipoli. Erst mit dem fast schlagartigen Zusammenbruch der bulgarischen Front im September 1918 schlug diese Strategie durch, nachdem die britisch-französische-serbische Saloniki-Front drei Jahre wenig aktiv gewesen war. Nach Soutou versuchten 1915/16 beide Seiten der gescheiterten Vernichtungsstrategie eine Ermattungsstrategie entgegenzusetzen – die Entente durch die Seeblockade, das Deutsche Reich nach dem Scheitern eines Durchbruchversuchs in der Blutmühle von Verdun. Während das Deutsche Reich diesbezüglich erfolglos blieb, brauchte die alliierte Seeblockade sehr lange, bis sie zu wirken begann. 1917/18 folgte dann eine Strategie des Totalen Kriegs, die eine verstärkte Mobilisierung der Gesellschaft, der Industrie und der Politik, eine systematische Kriegführung gegen Zivilisten und den uneingeschränkten U-Boot-Krieg mit sich brachte. Erst durch die taktischen Innovationen der Jahre 1916 bis 1918 wie die Sturmtruppentaktik, neue artilleristische Schiessverfahren und den Panzer als Durchbruchswaffe kam ab Anfang 1918 wieder Bewegung in die erstarrte Westfront. Diese Entwicklung – zusammen mit den Auswirkungen der britisch-französischen Peripheriestrategie – erwies sich, so Soutou, als kriegsentscheidend.

Neue Gefechtsfelder ergaben sich aber auch im geografischen Sinn, nämlich dadurch, dass dieser Krieg sehr rasch zu einem Weltkrieg mit erheblicher aussereuropäischer Beteiligung (Japan, Osmanisches Reich, USA) wurde und eben auch auf aussereuropäischen Gefechtsfeldern stattfand. Umgekehrt kämpften auf dem europäischen Schauplatz Soldaten aus der ganzen Welt, von den Australiern und Neuseeländern bei Gallipoli über Kanadier am Vimy Ridge bis hin zu den Tirailleurs sénégalais am Chemin des Dames. Wie Stig Förster in seinem Artikel zeigt, entstanden aussereuropäische, bisweilen auch eigenständige Gefechtsfelder, wie etwa der Kampf um Unabhängigkeit vor allem in den britischen Kolonien oder die Vernichtung von Minderheiten, die im Falle der Armenier genozidale Ausmasse annahm.

Zu den wichtigsten Themenfeldern des Ersten Weltkriegs gehört sicher die Mobilisierung der Kräfte und Ressourcen durch die einzelnen Nationen. In Bezug auf die Rekrutierung der Soldaten gab es vor und während des Kriegs erhebliche Unterschiede. Dabei spielten nationale Vorstellungen und Eigenheiten eine sehr grosse Rolle. Ian Beckett zeigt die Entwicklung der Rekrutierung in der britischen Armee, die als kleine Berufsarmee in einen erwarteten kurzen Krieg zog. Als sich dieser Krieg immer länger hinzog und in seinen Dimensionen mehr und mehr auswuchs, brauchte das britische Heer neue Kräfte. Diese versuchte es zuerst durch das Heranziehen der Territorials und von Freiwilligen zu gewinnen, und erst als dieses Reservoir weitgehend ausgeschöpft war, wurde eine Wehrpflicht eingeführt. Deren Durchsetzung erfolgte aber deutlich weniger strikt als in den anderen europäischen Ländern.

In Österreich-Ungarn war die Wehrpflicht wie in den meisten europäischen Armeen bereits vor dem Krieg vorhanden, dafür spielten hier die Nationalitätenfrage, der Reichsaufbau der Doppelmonarchie und die relativ geringen Militärausgaben eine wichtige Rolle hinsichtlich des Umfangs, der Ausrüstung und des Ausbildungsstandes der österreichisch-ungarischen Streitkräfte von 1914. Die enormen Verluste des ersten Kriegsjahres vor allem im aktiven Offizierskorps machten allerdings Umstellungen notwendig, die auch politische und soziale Ordnungsvorstellungen betrafen. Als Ironie der Geschichte bezeichnet Günther Kronenbitter in seinem Beitrag das völlige Ausbleiben des vielfach befürchteten Auseinanderbrechens der multiethnischen Armee. Bedeutsamer für die Niederlage Österreich-Ungarns war die zunehmend schlechte Versorgungslage, die ab 1917 katastrophale Ausmasse annahm.

Der Frage, ob der Erste Weltkrieg ein totaler Krieg war, und wenn ja, in welchem Masse und ab wann, widmet sich Roger Chickering. Dabei plädiert er mit dieser Frage für eine neue Herangehensweise, die Kriege nicht einfach als total oder nicht total etikettiert, sondern die in ihnen ablaufenden Prozesse genauer auf ihre Totalisierungstendenzen hin untersucht. Chickering tut dies exemplarisch für den Ersten Weltkrieg und schält drei mögliche Phasen (Jahreswende 1917/18, Herbst 1914, das lange Jahr 1915) heraus. An der Diskussion derselben zeigt er nicht nur exemplarisch die dem historischen Konzept des Totalen Kriegs inhärenten Widersprüche auf, sondern deutet an, dass die einzelnen Nationen zu verschiedenen Zeitpunkten in ganz unterschiedlichem Masse einen totalen Krieg führten. Letztlich, so Chickering, müsse der Totale Krieg weniger als ein Zustand, sondern vielmehr als ein Prozess verstanden werden, bei dem es darum ging, die Herausforderung der grossen materiellen und moralischen Bürden, die der Krieg an die beteiligten Nationen stellte, zu bewältigen.

Den im Beitrag von Georges-Henri Soutou umrissenen Hauptproblemlagen der Kriegführung begegnen Dimitry Queloz und Gerhard Gross in ihren Beiträgen zur Entwicklung der operativen und taktischen Konzepte der französischen Armee beziehungsweise des deutschen Heers im Ersten Weltkrieg. Queloz hält diesbezüglich fest, dass die erst ab 1913 in mehrere Gefechtsvorschriften formulierte Kampfdoktrin der «offensive à outrance» zu spät publiziert wurde, um die reale Gefechtsführung im französischen Heer bei Kriegsbeginn nachhaltig zu beeinflussen. Dergestalt «doktrinbefreit», adaptierten die französischen Truppen bereits ab den ersten Kriegswochen ihre Kampfweise an die Gegebenheiten der jeweiligen Gefechtsfelder, wobei die Minderung der eigenen Verluste Hauptantrieb dieser Bemühungen gewesen sei. Die konzeptuelle und technologische Weiterentwicklung des befestigungsgestützten Defensivkampfes sollte die französische Armee bis zum Jahre 1918 zu einer völlig veränderten und umfassend modernisierten Streitkraft machen, wobei Queloz die Entwicklungswege und Sackgassen militärischer Innovation in der französischen Armee problematisiert.

Gerhard Gross beschäftigt sich demgegenüber schwergewichtig mit der operativen Stufe der deutschen Kriegführung und geht mit ihr auf der Basis seiner kürzlich hierzu erschienenen Monografie streng ins Gericht. Seine Kritik zielt indirekt auch auf die vermeintlich allzu positive Darstellung der Entwicklung der deutschen Kampfführung durch mehrere angelsächsische Militärhistoriker in jüngster Zeit, welche die taktisch-operativen Erfolge des deutschen Heers im Ersten Weltkrieg als Ausgangspunkt der anfänglichen Siegesserie des deutschen Militärs im Zweiten Weltkrieg interpretieren. Zwischen 1914 und 1918 scheiterten nach Gross die auf Bewegung, Angriff, Schnelligkeit, Initiative, Freiheit des Handelns, Schwerpunkt, Überraschung, Umfassung und Vernichtung fokussierten operativen Konzepte des deutschen Heers fast alle an der fehlenden Mobilität beziehungsweise an der Langsamkeit der Truppe, an der lediglich eingeschränkten Fähigkeit zum taktischen Angriff sowie an grundsätzlichen, weil strukturellen Unzulänglichkeiten der deutschen Operationsführung. Die operativen Erfolge des deutschen Heers an der Ostfront wie den Abwehrsieg bei Tannenberg im Jahr 1914, die Sommeroffensive nach der Durchbruchsschlacht bei Gorlice-Tarnów im Jahr 1915 oder die Eroberung Rumäniens im Jahre 1916 anerkennt Gross wohl, qualifiziert sie jedoch lediglich als Halberfolge, da die eigentliche Zielsetzung des deutschen operativen Denkens, die Umfassung und Vernichtung der gegnerischen Kräfte, dabei kaum je gelang. Das entsprechende Schicksal erfuhr, nach Gross symptomatisch, die deutsche Frühjahresoffensive von 1918, welche trotz beachtlicher taktischer Anfangserfolge aufgrund der mangelnden Mobilität der Truppenverbände versackte und letztlich scheiterte.

Wie die nicht kriegführende Schweizer Armee den taktischen und operativen Herausforderungen des Ersten Weltkriegs zu entsprechen versuchte, erläutert schliesslich Michael Olsansky. In seinem Beitrag zeigt er auf, wie Kriegsschauplatz-Abkommandierungen schweizerische Offiziere an fast alle europäischen Fronten des Ersten Weltkriegs führten und dazu beitrugen, zumindest das Kriegsbild im schweizerischen Offizierskorps einigermassen aktuell zu halten. Auf der Basis dieser Frontmissionen lieh sich die Schweizer Armee gewissermassen die Kriegserfahrungen anderer Armeen und war dadurch in der Lage, die Truppenausbildung in der zweiten Kriegshälfte etwas zu modernisieren. Die Haupteinflüsse hierzu kamen von der französischen Armee und vom deutschen Heer, wobei es für den schweizerischen Militärapparat doch schwierig war, aus den teilweise entgegengesetzten Entwicklungswegen dieser beiden Armeen eine eigene Art der Kriegs- und Gefechtsführung herauszufiltern. Die eigentliche schweizerische Adaption der revolutionären Militärentwicklungen des Ersten Weltkriegs sollte sich denn auch erst allmählich in der Zwischenkriegszeit vollziehen.

Aber welche Lehren – bei aller Problematik dieses Begriffes – zogen nun europäische Armeen aus dem Ersten Weltkrieg? Markus Pöhlmann hält in seinem Beitrag zum deutschen Militär nach 1918 deutlich fest, dass der Erste Weltkrieg wohl ein zentraler Erfahrungshintergrund des deutschen Offizierskorps war und auf der taktischen Ebene der Landkriegführung die Erfahrungen und Innovationen der Kriegszeit grosse Wirkung entfalteten. Jedoch waren für die deutsche Militärentwicklung der Zwischenkriegszeit die sich ändernden politischen, gesellschaftlichen, wirtschaftlichen und rüstungsindustriellen Kontexte, so zum Beispiel die militärischen Korsettbestimmungen des Vertrags von Versailles, mindestens so wichtig, sodass der Weltkrieg mit zunehmender Dauer «seine Bedeutung als Referenzereignis verlor». Daneben legt Pöhlmann einen wichtigen Fokus auf die gesamtgesellschaftlichen Aspekte der totalen Kriegführung (Wehrverfassung, Ressourcenmobilisierung, Propagandatätigkeit etc.), deren sich in der Zwischenkriegszeit nicht primär das deutsche Militär, sondern zusehends zivile Stellen und Akteure annahmen und unter der Leitvorstellung der «Wehrwissenschaften» eine zwar kurzlebige, aber gesamtheitliche und anwendungsorientierte «Meta-Wissenschaft vom Kriege» entwickelten.

Adrian Wettstein fokussiert seine Betrachtungen demgegenüber auf eine französische Armee, die sich in der Zwischenkriegszeit primär im Ruhme ihres Sieges sonnte und darob sukzessive intellektuell, konzeptuell und materiell stagnierte. Dabei spielte der auf die Weltkriegserfahrung zurückgehende Imperativ der eigenen Verlustminimierung eine zentrale Rolle und prägte die erstmalig 1921 verschriftlichte französische Doktrin der «bataille conduite» massgeblich. Aufgrund sinkender Rüstungsausgaben, rüstungstechnologischem Stillstand und der Verkürzung der Wehrdienstzeit wurde diese Kampfweise bis 1940 auch nicht mehr grundsätzlich überdacht und die französische Doktrinentwicklung stand spätestens in den 1930er-Jahren still.

Wim Klinkerts Betrachtungen zur niederländischen Militärdebatte der Jahre 1918 bis 1923 gehen wiederum über den engeren militärischen Sachverhalt hinaus. Als Nichtkriegsteilnehmer versuchten führende Vertreter des Offizierskorps die niederländische Militärentwicklung nach Kriegsende weiterhin an der modernen Militärentwicklung auszurichten, wobei sich die traditionell auf das deutsche Modell fokussierte Beobachtung tendenziell auf das französische Militär verlagerte. Alternative Militärkonzepte wurden weniger im militärischen Apparat als in der niederländischen Politik entworfen, wobei sich vorab die politische Linke gegen die Übernahme klassischer ausländischer Militärkonzepte sträubte und auf die Möglichkeiten des Kleinstaats ausgerichtete Gegenmodelle forderte. Diese Diskussionen prallten jedoch an einer an militärischen Angelegenheiten weitgehend desinteressierten Öffentlichkeit ab, die, tendenziell pazifistisch ausgerichtet, Militär vor allem als Kostenfaktor begriff und die Wehrpflicht als staatlichen Eingriff in die individuelle Lebensgestaltung jedes Einzelnen empfand.

Nicht ganz so drastisch standen die Dinge im anderen kriegsunversehrten Kleinstaat Mitteleuropas, der Schweiz. Wie Michael Olsansky ausgehend vom Beispiel des Referatsauftritts von Hans von Seeckt vor der Zürcher Offiziersgesellschaft im Jahr 1930 darlegt, war in der Schweiz das öffentliche Interesse an militärischen Fragen grundsätzlich vorhanden. Jedoch hinderten nach Kriegsende auch hier tiefgehaltene Militärbudgets und damit ausbleibende Rüstungsanschaffungen die schweizerische Militärführung daran, die Kampfweise der Schweizer Armee umfassend zu modernisieren. Aufgrund mehrerer systeminhärenter Bremsfaktoren publizierte die schweizerische Militärführung erst im Jahr 1927 eine erste offizielle Nachkriegs-Gefechtsvorschrift, ein Paradebeispiel für die Problematiken der schweizerischen Militärentwicklungsadaption. Einen Beitrag zu den Kriegserfahrungen der britischen Military Intelligence leistet Sönke Neitzel, wobei die Frage nach der Halbwertszeit und der prozessualen Verwertung derselben im Zentrum steht.

Ein Krieg, der während vier Jahren in intensiver Weise ebenso sehr hinter der Front wie an der Front ausgefochten wurde, musste zu höchst unterschiedlichen Formen des Erinnerns, Gedenkens und Verarbeitens führen. Sieg und Niederlage, Aufrechnung und Nicht-Anerkennung von Kriegsschuld sowie Überwälzung der Niederlage auf das Versagen der Heimfront bildeten die hauptsächlichsten Facetten dabei. Gerd Krumeich zeigt dies in einem Vergleich der Erinnerungsaktivitäten im besiegten Deutschland und im siegreichen Frankreich. In Deutschland liess sich kein nationaler Konsens des Gedenkens und Trauerns herstellen. Die Errichtung von Denkmälern und Gedenkstätten wurde politisch von links und rechts intrumentalisiert und nach deren Errichtung gegenseitig zum Teil wieder zerstört. Zu umstritten war die Frage, weshalb der Krieg verloren ging und der als ungerecht empfundene Frieden von Versailles hatte unterzeichnet werden müssen. Mit der Machtergreifung der NSDAP setzte eine heroische und revanchistische Gedenkkultur ein. Nach der noch katastrophischeren Niederlage im Zweiten Weltkrieg geriet das Gedenken an die Kriegstoten des Ersten Weltkriegs in den Hintergrund. Ganz anders konnte sich in Frankreich ein Gedenken und Trauern etablieren, das bis heute ungebrochen anhält. Im Bewusstsein, dank der Kriegsopfer das Vaterland erfolgreich verteidigt zu haben, wurde in jeder Gemeinde nach nationalen Vorgaben ein Monument des morts pour la France errichtet und mit dem nationalen Gedenktag Armistice am 11. November eine Manifestation des Erinnerns und Trauerns eingerichtet, welche jenseits von allen politischen Differenzen begangen wird und zum festen Feiertag in Frankreich geworden ist.

Michael Epkenhans zeigt in seinem Beitrag, dass die Überwälzung der Niederlage in Deutschland auf die Heimfront und die Kriegsgegner einer empirischen Überprüfung nicht standhält und die These vom Dolchstoss als Dolchstosslüge zu bezeichnen ist. Die Dolchstosslegende, beziehungsweise -lüge, welche die Niederlage vor dem Hintergrund der seit 1917 einsetzenden Betriebsstreiks und Proteste gegen die Versorgungslage der politischen Linken, aber auch den Juden zuschrieb, entfaltete in der Nachkriegszeit eine enorme Wirkung und befeuerte die zum Teil gewalttätigen Auseinandersetzungen zwischen links und rechts. Die Aussage «Im Felde unbesiegt» wurde angesichts der geordnet aus Frankreich zurückmarschierenden Truppenverbände für bare Münze genommen. Epkenhans zeigt, dass diese Aussage angesichts der völlig ausgebrannten deutschen Truppenverbände nach dem Misslingen der Frühjahresoffensive 1918 nicht zutrifft. Die deutsche Armeeführung war ob der materiellen und insbesondere der personellen Überlegenheit der Verbände der Entente und dem mobilisierbaren amerikanischen Ressourcenpotential gezwungen, sich zurückzuziehen, um Waffenstillstand zu bitten und die militärische Niederlage zur Kenntnis zu nehmen, wenn auch nicht zu akzeptieren.

Marin Schmitz zeigt, dass in Österreich insbesondere die höchsten Offiziere die Schuld an der Niederlage, wie die deutsche Heeresführung, nicht ihrem Wirken an der Front zuschrieben, sondern den politischen Akteuren und dem letzten Kaiser Österreich-Ungarns. Gerade besonders brutale Heerführer wie der «Löwe vom Isonzo», Svetozar Boroevic, hielten ihre militärischen Leistungen für untadelig und konnten es nicht verkraften, am Ende nicht nur als Verlierer dazustehen, sondern auch der Heimat beraubt worden zu sein, für die sie gekämpft hatten. Das Auseinanderfallen des Vielvölkerstaats machte viele ehemalige transleithanische Offiziere heimatlos, da sich die Nachfolgestaaten teilweise weigerten, sie als Staatsangehörige aufzunehmen und die Republik Österreich für sie keine Verwendung hatte.

Die Schweiz hatte sich weder mit der Erinnerung an Sieg oder Niederlage noch mit sieghaften oder besiegten Gefallenen zu befassen. Der lange Neutralitätsschutz-Dienst, welcher die Milizarmee an die Grenzen ihrer Leistungsfähigkeit führte und der von harten, politisch-medial ausgetragenen Kämpfen um die Darstellung des problembeladenen Dienstbetriebs gekennzeichnet war, sollte auch die nachfolgende Erinnerung und das Gedenken prägen. Béatrice Ziegler zeigt, wie unmittelbar nach dem Krieg für die während des Aktivdienstes durch Unfälle und Grippe zu Tode gekommenen Soldaten Denkmäler errichtet wurden. Diese gerieten im Streit zwischen dem linken und rechten Lager um die Rolle der Auslösung und Bewältigung des Landesgeneralstreiks im November 1918 zur Projektionsfläche. Im Rahmen der Geistigen Landesverteidigung nach 1933 gegen den Nationalsozialismus und Faschismus wurden diese Dispute weggewischt und die Armee in Literatur und Film als Garant der Unversehrtheit der Schweiz und des wehrhaften Zusammenwachsens dargestellt. Die sozialen Probleme der Familien und die ätzenden Missstände in der Truppenausbildung und im Dienstbetrieb wurden als im nächsten Aktivdienst behebbar dargestellt. Diese geschichtskulturellen Narrative determinierten auch die nach 1945 desinteressierte geschichtswissenschaftliche Forschung und führten zum für die Medienöffentlichkeit und Forschung «vergessenen Krieg». Roman Rossfeld zeigt am Beispiel der Produktion von Munitionsbestandteilen, wie sehr die Schweiz in den Wirtschaftskrieg hinter den Fronten einbezogen war – ein Stück verdrängter Geschichte der Schweiz während des Ersten Weltkriegs. Die aus der Uhren- und Buntmetallbranche fulminant gesteigerte Produktion von Munitionsteilen war völlig von den Rohmaterial-Lieferungen der alliierten Kriegsmächte abhängig, welche zu 90 Prozent die Schweizer Munitionsteile-Exporte bezogen. Die Sicherung von Arbeitsplätzen und Gewinnchancen liess neutralitätspolitische und moralische Bedenken in den Hintergrund treten. Die mit Munition hochgradig unterdotierte Schweizer Armee konnte nur hoffen, bei einer akuten Bedrohung der Schweiz vom Feind des Feindes die notwendigen Rohstoffe zu erhalten und die Produktionskapazitäten für den Eigenbedarf nutzen zu können. Dies ist eine der vielen Facetten der Geschichte der Schweiz und der Schweizer Armee im Ersten Weltkrieg, die bisher kaum Eingang in die schweizerische Geschichtskultur gefunden haben.

Die Tagung «An der Front und hinter der Front» hat nicht nur die Dynamiken an der Gefechts- und Ressourcenfront im Verlauf der Kriegsjahre thematisiert, sondern auch die davor und danach liegenden Entwicklungen einbezogen. Sowenig die mörderische Intensität der Waffenwirkungen vor 1914 unbekannt war, so wenig blieben die Erfahrungen dieser Kriegsjahre für die Weiterentwicklung der militärischen Kampfführung wie der Konzepte einer noch intensiveren kriegerischen Nutzung des sozioökonomischen Potentials ungenutzt.

Rudolf Jaun, Michael Olsansky, Adrian Wettstein

Introduction

Les centaines de milliers de soldats tombés sur le front occidental pendant de longues années, que ce fût dans la Somme ou à Verdun, ont donné de la Première Guerre mondiale l’image d’une tuerie à échelle industrielle. Peut-être le grand public continuera-t-il de retenir d’abord de cette guerre, à l’avenir, les grandes batailles du front occidental ; il n’en demeure pas moins que les « champs de bataille » de la Première Guerre mondiale sont bien plus larges et divers.

D’une part, durant cette guerre, l’élite militaire dut procéder à des adaptations constantes de la manière de combattre. La Première Guerre mondiale fut ainsi marquée par une évolution tactique et technique que l’on peut qualifier de révolutionnaire ; de même, ce fut seulement au cours de ce conflit que l’échelon opératif commença à être pris en compte dans la conduite de la guerre. Certes, des signes avant-coureurs de ces évolutions étaient apparus dans les décennies précédentes, mais ce fut seulement pendant la Première Guerre mondiale qu’elles devinrent vraiment visibles. Le nouveau mode de combat des années 1917/18, aboutissement de ces évolutions, se caractérisait par la couverture, la dispersion des troupes, l’échelonnement dans la profondeur, et la combinaison du feu et du mouvement, ce que l’historien américain Stephen Biddle a désigné récemment sous l’expression de « modern system of force employment ». Les progrès techniques de l’armement se poursuivirent parallèlement, et furent marqués par des innovations telles que les armes à feu individuelles automatiques, les chars, les avions d’attaque.

Toutefois, les combats au front furent seulement l’un des champs de bataille de cette guerre, qui devint totale à une échelle bien plus grande qu’auparavant. La nature totale de la guerre se matérialisa par une mobilisation globale, à la fois individuelle, économique, politique et intellectuelle des sociétés en guerre ; elle ouvrit donc d’autres champs de bataille – en l’occurrence, ceux du front intérieur. Désormais, ce n’étaient plus les seuls soldats, dans leurs tranchées, qui étaient susceptibles d’emporter la décision ; les ouvrières des usines d’armement, les propagandistes dans les bureaux de presse étaient eux aussi partie prenante de la décision et de l’issue de la guerre.

Les intervenants du colloque « Au front et à l’arrière » se sont interrogés sur les évolutions de la doctrine, de l’équipement, de l’image de la guerre et des formes du recrutement de plusieurs armées. On a ainsi pu évaluer l’importance de la césure que représente l’année 1914. Ce colloque a permis aussi de mettre l’accent sur l’évolution des forces armées après 1918 et sur l’importance accordée aux expériences de guerre et aux « enseignements » tirés de la guerre. Il est important de ne pas considérer la pensée et la pratique militaires de la Première Guerre mondiale isolément, mais de les replacer dans leur époque, en étudiant aussi l’avant-et l’après-guerre. Porter un regard sur le temps d’après-guerre permet de se pencher sur la question du souvenir, sur celle des commémorations qui furent mises en œuvre par la société, et de prendre de la hauteur sur les interprétations et récits qui furent faits de la Première Guerre mondiale.

Au titre des « champs de bataille » qui sont souvent des champs d’investigation accessibles seulement à des spécialistes, il faut citer la dynamique de l’adaptation militaire, qu’elle concernât des aspects techniques, organisationnels, tactiques, stratégiques ou de la pensée militaire. Ces processus d’adaptation sont au centre de la contribution de Georges-Henri Soutou. Celui-ci montre que ce conflit, conçu au départ comme une guerre de mouvement rapide et offensive, se figea, à l’ouest, à la fin de l’été 1914. Il souligne la lacune de l’échelon opératif, à l’époque, dans la conduite de la guerre ; ce fut seulement peu à peu que cet échelon fut développé, peutêtre grâce à la concentration d’armées en groupes d’armées à l’automne 1914, du côté français, ou grâce à la formation de commandements à l’échelle du théâtre d’opérations, du côté allemand, comme le « Ober Ost » (Oberbefehlshaber der gesamten Deutschen Streitkräfte im Osten) en novembre 1914. Pour dépasser le blocage militaire du front occidental, les deux adversaires eurent recours à des alternatives stratégiques. Les Alliés surtout, France et Grande-Bretagne, essayèrent d’échapper au blocage par une stratégie périphérique, c’est-à-dire par des actions offensives sur les fronts d’Europe centrale, occupés plus faiblement, comme en Grèce ou à Gallipoli. Cette stratégie s’avéra efficace seulement après que le front bulgare se fut effondré, presque d’un seul coup, en septembre 1918, alors que le front de Salonique anglo-franco-serbe avait été peu actif pendant trois ans. Selon Georges-Henri Soutou, les deux adversaires essayèrent, en 1915/16, de substituer aux stratégies d’anéantissement, qui avaient échoué, des stratégies d’attrition – voir notamment le blocus de l’Allemagne par les Alliés, et le maintien des Allemands sur le théâtre d’opérations sanglant de Verdun après l’échec de la percée. La stratégie d’attrition ne réussit cependant pas à l’Empire allemand à Verdun, tandis que le blocus initié par les Alliés mit beaucoup de temps avant d’avoir de l’effet. En 1917/18 suivit une stratégie de guerre totale, qui s’accompagna d’une mobilisation renouvelée de la société, de l’industrie et de la politique, d’une guerre systématique contre les civils et d’une guerre sous-marine sans limites. Ce fut seulement grâce aux innovations tactiques des années 1916 à 1918 – tactique des troupes d’assaut, nouvelle procédure de tir de l’artillerie, usage des chars comme arme de percée – que la guerre de mouvement revint à partir du début de 1918 sur un front occidental auparavant figé. Selon Georges-Henri Soutou, cette évolution s’avéra décisive pour l’issue de la guerre, à côté des conséquences de la stratégie périphérique des Franco-Anglais.

De nouveaux champs de bataille émergèrent cependant aussi au sens géographique, car cette guerre devint très vite une guerre mondiale, avec une participation extra-européenne importante (Japon, Empire ottoman, Etats-Unis), y compris sur des théâtres d’opérations extra-européens. Inversement, des soldats du monde entier combattirent sur le théâtre d’opérations européen, depuis les Australiens et les Néo-Zélandais à Gallipoli, jusqu’aux tirailleurs sénégalais au Chemin des Dames, en passant par les Canadiens à Vimy Ridge. Parallèlement à l’apparition de théâtres d’opérations extra-européens à proprement parler, éclatèrent aussi des conflits internes, comme le montre Stig Förster, telles les luttes pour l’indépendance, avant tout dans les colonies britanniques, ou l’extermination de minorités, qui, dans le cas des Arméniens, devint par son ampleur un véritable génocide.

La mobilisation des forces et des ressources au profit des différentes nations figure assurément au nombre des champs thématiques les plus importants pour comprendre la Première Guerre mondiale. On observe de notables différences dans le recrutement des soldats suivant les Etats, aussi bien avant que pendant la guerre. Des différences dues avant tout aux cultures et aux caractères nationaux, comme le montre la contribution de Ian Beckett, qui analyse l’évolution du recrutement dans l’armée britannique. La petite armée de métier britannique entra dans la guerre avec l’idée qu’elle serait courte. Cependant, plus la guerre durait, plus elle prenait de l’ampleur, et plus l’armée britannique eut besoin de nouvelles forces. Elle les chercha d’abord en attirant les réservistes et en enrôlant des volontaires ; ce fut seulement quand ce réservoir humain se tarit que les Britanniques introduisirent la conscription. Mais ils l’appliquèrent de façon nettement moins stricte que dans les autres pays européens.

En Autriche-Hongrie, comme dans la majeure partie des armées européennes, la conscription existait déjà avant la guerre. Dans les choix relatifs au volume, à l’équipement et au niveau de formation de l’armée austro-hongroise de 1914, il faut voir la grande influence, à la fois, de la question des nationalités, de la construction de l’Empire sous la forme d’une double monarchie, et de la faiblesse relative des dépenses militaires. Les énormes pertes de la première année de la guerre, notamment dans le corps des officiers de métier, rendirent des restructurations nécessaires, ce qui correspondait aussi aux attentes d’ordre, politiques comme sociales. Ironie de l’histoire, comme l’explique Günther Kronenbitter, la désagrégation de l’armée multinationale austro-hongroise, que l’on craignit à plusieurs reprises de voir se produire, n’arriva pas. Les difficultés croissantes de l’approvisionnement furent bien plus déterminantes dans la défaite des Austro-Hongrois. Elles prirent en effet des proportions catastrophiques à partir de 1917.

Roger Chickering, pour sa part, s’est penché sur la question de savoir si la Première Guerre mondiale fut une guerre totale, et, si oui, dans quelle mesure, et à partir de quand. Il plaide pour une nouvelle approche, qui ne se contente pas d’établir une distinction entre les guerres totales et les guerres qui ne le seraient pas. Il s’agit de scruter avec plus de finesse les tendances à la guerre totale dans le déroulement des conflits. Roger Chickering applique cette méthode de façon exemplaire à la Première Guerre mondiale et identifie trois phases possibles (l’automne 1914, la longue année 1915, le tournant des années 1917/18). À partir de ces phases, il montre les contradictions inhérentes au concept historique de guerre totale, et permet de comprendre que les différentes nations, à des moments différents, ont mené une guerre totale à des degrés divers. En fin de compte, selon Roger Chickering, la guerre totale devrait être comprise bien moins comme un état de fait que comme un processus, au cours duquel il s’agissait de maîtriser le défi de fardeaux conséquents, matériels et moraux, que la guerre engendrait pour les nations qui y étaient impliquées.

Les principaux problèmes de conduite de la guerre mis en lumière dans la contribution de Georges-Henri Soutou se retrouvent dans les contributions de Dimitry Queloz et de Gerhard Gross, relatives à l’évolution des conceptions opératives et tactiques au cours de la guerre, respectivement dans l’armée française et dans l’armée allemande. Dimitry Queloz soutient à ce sujet que la doctrine de l’offensive à outrance, intégrée dans plusieurs directives sur le combat seulement à partir de 1913, fut publiée trop tard pour pouvoir influer sur le combat dans l’armée française au début de la guerre. Ainsi « libérées de la doctrine », les troupes françaises, dès les premières semaines de la guerre, adaptèrent leur manière de combattre aux réalités de chaque champ de bataille. La poursuite de la réflexion et du développement technologique en matière de combat défensif appuyé sur les fortifications aboutit à une large modernisation de l’armée française en 1918 ; Dimitry Queloz pointe les voies de développement et les impasses que connut l’armée française en termes d’innovation militaire durant le conflit.

Gerhard Gross, quant à lui, aborde principalement l’échelon opératif de la conduite de la guerre, du côté allemand. Il en montre les graves lacunes, en se fondant sur la monographie qu’il a publiée sur ce thème. Sa critique vise aussi, indirectement, la thèse développée récemment par plusieurs historiens militaires anglo-saxons, qui donnent selon lui une image trop positive de l’évolution de la conduite du combat du côté allemand, et qui interprètent les succès tactiques et opératifs de l’armée allemande pendant la Première Guerre mondiale comme le point de départ de la série de victoires que les Allemands rencontrèrent au début de la Seconde Guerre mondiale. Selon Gerhard Gross, entre 1914 et 1918, les concepts opératifs de l’armée allemande basés sur la mobilité, l’attaque, la vitesse, l’initiative, la liberté d’action, le centre de gravité, la surprise, l’enveloppement et l’anéantissement échouèrent presque tous, et ce, du fait du manque de mobilité ou de la lenteur des troupes, du fait de la capacité limitée de l’attaque tactique, et du fait des carences structurelles de la conduite des opérations. Certes, Gerhard Gross reconnaît les succès opératifs de l’armée allemande sur le front oriental, comme la victoire défensive de Tannenberg en 1914, l’offensive d’été après la percée permise par la bataille de Gorlice-Tarnów en 1915, ou la conquête de la Roumanie en 1916. Mais il les qualifie simplement de demi-succès, car le but effectif de la pensée opérative allemande, à savoir l’enveloppement et l’anéantissement des forces adverses, ne réussit quasiment jamais. Cela explique, de façon symptomatique selon Gerhard Gross, le destin de l’offensive allemande du début de l’année 1918, qui, en dépit de succès tactiques initiaux appréciables, s’enlisa et finalement échoua, en raison du manque de mobilité des troupes.

Enfin, Michael Olsansky évoque la façon dont l’armée suisse, qui ne fit pas la guerre, essaya de répondre tout de même aux défis tactiques et opératifs de la Première Guerre mondiale. Il montre, dans sa contribution, qu’un certain nombre de missions conduisirent des officiers suisses sur presque tous les fronts européens de l’époque et qu’elles contribuèrent au moins à mettre le corps des officiers suisses relativement au courant de l’actualité de la guerre. Sur la base de ces missions au front, l’armée suisse intégra, plus ou moins, les expériences de guerre d’autres armées et fut donc en mesure de moderniser quelque peu l’instruction de ses propres troupes dans la deuxième partie de la guerre. Elle fut notamment influencée par l’armée française et par l’armée allemande. Or, comme les modèles de développement de ces deux armées étaient en partie opposés, il fut difficile, pour l’appareil militaire suisse, de définir une voie autonome pour la conduite de la guerre et du combat. L’adaptation effective des Suisses à l’évolution militaire révolutionnaire de la Première Guerre mondiale devait advenir seulement, progressivement, durant l’entre-deux-guerres.

Quels enseignements – en tenant compte du caractère problématique de cette notion – les armées européennes tirèrent-elles de ce conflit ? Markus Pöhlmann soutient nettement, dans sa contribution sur l’armée allemande après 1918, que la Première Guerre mondiale fut une source majeure d’expérience pour le corps des officiers allemands, et que les expériences et innovations du temps de guerre eurent beaucoup d’effet sur l’évolution de la conduite de la guerre terrestre à l’échelon tactique. Toutefois, les changements intervenus après la guerre dans les domaines de la politique, de la société, de l’économie et de l’industrie de l’armement – par exemple les prescriptions militaires contraignantes du traité de Versailles – eurent un tel impact que, dans l’entre-deux-guerres, la Première Guerre mondiale perdit progressivement son rôle moteur comme facteur d’évolution possible du domaine militaire. Parallèlement, Markus Pöhlmann accorde une grande importance aux aspects de la guerre totale qui eurent un impact sur l’ensemble de la société (organisation de la conscription, mobilisation des ressources, activité de propagande, etc.). Dans l’entre-deux-guerres, ce ne fut pas l’armée allemande qui se chargea d’abord de ces tâches, mais des organismes et acteurs civils qui développèrent, derrière l’idée directrice des « sciences de la défense », une « méta-science de la guerre », certes de courte durée, mais globale et d’esprit pratique.

En contrepoint, Adrian Wettstein concentre son attention sur une armée française qui, dans l’entre-deux-guerres, eut tendance d’abord à se complaire dans la gloire de sa victoire et, de ce fait, connut une certaine stagnation intellectuelle, conceptuelle et matérielle. Après l’expérience douloureuse de la Guerre mondiale, la réflexion doctrinale fut dictée par la volonté de minimiser les pertes humaines. Cette orientation imprégna de façon décisive la doctrine française de la « bataille conduite », mise par écrit pour la première fois en 1921. Du fait de la diminution des dépenses d’armement, d’un arrêt des progrès technologiques des armements et du raccourcissement de la durée du service militaire, on ne réfléchit plus vraiment à cette façon de combattre jusqu’en 1940, et la doctrine française commença à stagner au plus tard à partir des années 1930.

Les considérations de Wim Klinkerts concernant les débats militaires néerlandais des années 1918 à 1923 dépassent aussi les seuls événements militaires. Après la fin de la guerre, les principaux représentants du corps des officiers, qui n’avaient pas participé à la guerre, essayèrent de continuer d’orienter le développement militaire des Pays-Bas vers une armée moderne ; de ce fait, on chercha moins à prendre modèle sur l’Allemagne, comme il était pourtant de tradition aux Pays-Bas, qu’à s’intéresser aux évolutions du côté français. L’esquisse de conceptions militaires alternatives à ces modèles vint moins du monde militaire que du monde politique ; la gauche néerlandaise s’insurgea contre l’adoption de conceptions militaires étrangères classiques et exigea des contre-modèles adaptés aux possibilités du petit Etat. La population, quant à elle, se désintéressait largement des affaires militaires, et ces discussions l’atteignirent peu. Cette population, de tendance pacifiste, concevait l’armée essentiellement comme une source de dépenses financières, et ressentait le service militaire obligatoire comme une ingérence de l’Etat dans l’organisation de la vie de chaque individu.

Dans l’autre petit pays, en Europe centrale, que la guerre laissa intact, à savoir la Suisse, les prises de position ne furent pas aussi radicales. Comme Michael Olsansky le montre par l’exemple du discours de Hans von Seeckt devant la Société zurichoise des officiers en 1930, le public, en Suisse, s’intéressait aux questions militaires. Toutefois, ici aussi, les budgets militaires serrés et le manque d’acquisitions d’armements après la guerre empêchèrent le commandement militaire suisse de pouvoir moderniser amplement le mode de combat de l’armée suisse. Plusieurs freins inhérents au système empêchèrent le commandement militaire suisse de publier avant 1927 une première directive officielle de l’après-guerre pour le combat ; celle-ci constitue un exemple type pour une réflexion sur la capacité d’adaptation de l’armée suisse dans l’entre-deux-guerres. Quant à Sönke Neitzel, il apporte une contribution à la compréhension de l’expérience de guerre des services secrets britanniques (Military Intelligence), en se demandant, notamment, combien de temps cette expérience fut prise en compte dans la réflexion, et selon quels processus elle fut exploitée.

La mémoire de cette guerre, au cours de laquelle les différents adversaires en présence avaient combattu intensivement pendant quatre ans, à la fois très en arrière du front et sur le front, prit nécessairement des formes très variées, en partie divergentes, tout comme les formes de la commémoration et la compréhension des faits. Les questions liées à la perception de la victoire ou de la défaite, à l’évaluation de la part de responsabilité dans la guerre, de même que l’attribution de la défaite à la défaillance du front intérieur, en forment les principales facettes. Gerd Krumeich l’illustre à travers une comparaison des activités de commémoration dans l’Allemagne vaincue et dans la France victorieuse. En Allemagne, la commémoration de la guerre et la manière d’en faire le deuil n’obtinrent pas de consensus national. L’érection de monuments et de sites commémoratifs fut l’objet de récupérations politiques par la droite comme par la gauche, et les constructions des uns ou des autres furent en partie démolies par le camp adverse. Une polémique enfla sur les motifs pour lesquels l’Allemagne avait perdu la guerre, et sur les motifs qui avaient entraîné la signature du traité de Versailles, perçu comme injuste. Avec la prise de pouvoir du NSDAP s’installa une culture commémorative héroïque et revancharde. Mais, après la défaite encore plus catastrophique de la Seconde Guerre mondiale, la commémoration des morts de la Première Guerre mondiale passa à l’arrière-plan. A l’inverse, des actes de commémoration et de deuil national purent avoir lieu en France sans interruption jusqu’à nos jours. Avec l’assurance d’avoir victorieusement défendu la patrie au prix de toutes les victimes de la guerre, on érigea, sur directive nationale, un « Monument des Morts pour la France » dans chaque commune du pays et, par l’institution d’un jour annuel de célébration nationale de la victoire, le 11 novembre (jour de l’armistice), on permit une manifestation de souvenir et de deuil propre à transcender les divergences politiques. Elle devint un jour de fête fermement ancré dans la conscience nationale de la France jusqu’à nos jours.

Selon Michael Epkenhans, l’attribution de la défaite, en Allemagne, à la défaillance du front intérieur et aux adversaires de la guerre ne résiste pas à un examen empirique ; la thèse du « coup de poignard » doit être qualifiée de « mensonge du coup de poignard ». La légende du poignard, ou le mensonge du poignard, qui mit la défaite au compte de la gauche politique, mais aussi des juifs (avec, dès 1917, l’arrière-plan des grèves dans les usines et des protestations contre la mauvaise situation de l’approvisionnement), eut dans l’après-guerre un énorme effet et exacerba les oppositions, déjà passablement virulentes, entre la gauche et la droite. L’affirmation suivant laquelle les Allemands seraient restés invaincus sur le terrain fut prise comme argent comptant, au regard de la façon dont les troupes avaient fait retraite en bon ordre depuis la France. Michael Epkenhans montre que cette affirmation ne tient pas, quand on sait l’épuisement complet des troupes allemandes après l’échec de l’offensive du début de 1918. En réalité, du fait de la supériorité en matériel, et surtout en personnel, des troupes alliées, et du fait des ressources potentiellement mobilisables aux Etats-Unis, l’armée allemande était contrainte de se retirer, de demander l’armistice, et de prendre acte de la défaite militaire, qu’elle acceptât cette situation ou pas.

À travers la contribution de Martin Schmitz, on voit qu’en Autriche, les officiers les plus haut placés surtout, à l’égal du commandement allemand, n’attribuèrent pas la responsabilité de la défaite à leur action au front, mais aux acteurs politiques et au dernier empereur d’Autriche-Hongrie. Des généraux brutaux, en particulier, tel le « Lion d’Isonzo », Svetozar Boroevic, considéraient leurs propres actions militaires comme irréprochables et ne pouvaient supporter, non seulement d’être en fin de compte les perdants, mais d’être spoliés par surcroît de la patrie pour laquelle ils avaient combattu. Avec la désagrégation de l’Etat multinational en effet, beaucoup d’anciens officiers du royaume de Hongrie se retrouvèrent sans patrie, car les nouveaux Etats constitués après la guerre refusèrent pour partie de les considérer comme leurs ressortissants ; or la république autrichienne, de son côté, n’avait pas d’emploi pour eux.

La Suisse, quant à elle, n’eut pas à se préoccuper de quelconques questions de mémoire de victoire ou de défaite, ni de soldats morts au combat victorieux ou vaincus. Le long service de protection de la neutralité, qui poussa l’armée de milice jusqu’aux limites de ses possibilités d’action, et qui fut caractérisé par de dures luttes politico-médiatiques autour des insuffisances dans le fonctionnement du service, devait aussi marquer ensuite la mémoire et les commémorations. Béatrice Ziegler montre que, immédiatement après la guerre, des monuments commémoratifs furent érigés également pour des soldats morts lors d’accidents ou suite à la grippe pendant le service actif. Ces monuments cristallisèrent la querelle entre la gauche et la droite sur le rôle du déclenchement de la grève générale au niveau national en novembre 1918, et de la façon dont elle fut surmontée. Après 1933, à la faveur de la « défense nationale spirituelle » contre le nazisme et le fascisme, ces disputes s’apaisèrent, et l’armée fut présentée, dans la littérature et les films, comme garante de l’intégrité de la Suisse et de la marche en avant commune. On fut convaincu que l’on pourrait remédier, lors de la prochaine période de service actif, aux problèmes criants que l’on avait connus durant cette guerre – problèmes sociaux des familles, et lacunes caractérisées dans la formation des troupes comme dans le fonctionnement du service. Ces récits à caractère culturel et historique eurent aussi leur part dans le fait qu’après la Seconde Guerre mondiale, la recherche scientifique en histoire se désintéressa de la Première Guerre mondiale et que cette guerre devint, dans les médias comme dans la recherche, une « guerre oubliée ». Pour revenir à la période même de la guerre, Roman Rossfeld nous permet de comprendre, par l’exemple de la production de pièces de munitions, combien la Suisse fut impliquée dans la guerre économique, en arrière des fronts ; il remet par-là à l’ordre du jour tout un pan négligé de l’histoire de la Suisse de la Première Guerre mondiale. La production de pièces de munitions, qui, tirant parti de l’expérience de l’horlogerie et de la branche industrielle des métaux non ferreux, connut une croissance fulgurante, dépendait entièrement de la livraison de matières premières de la part des puissances alliées ; celles-ci achetaient en retour 90 % des exportations suisses de pièces de munitions. La volonté d’assurer des places de travail et des perspectives de profit fit mettre de côté les considérations sur la neutralité et la morale. Fortement sous-dotée en munitions, l’armée suisse pouvait seulement espérer, en cas de menace imminente à l’encontre du pays, recevoir les nécessaires matières premières de la part de celui qui serait alors « l’ennemi de son ennemi », et pouvoir utiliser ses capacités de production pour ses propres besoins. Ces faits sont une des multiples facettes de l’histoire de la Suisse et de l’armée suisse pendant la Première Guerre mondiale, qui jusqu’à présent n’avaient presque pas été prises en compte dans la culture historique suisse.

Le colloque « Au front et à l’arrière » n’a pas seulement mis en lumière les dynamiques liées aux combats et aux ressources au cours des années de guerre, mais il a aussi intégré dans la réflexion les évolutions antérieures et postérieures à la guerre. Autant l’intensité meurtrière des armes était-elle connue avant 1914, autant les expériences de ces années de guerre ne restèrent pas inutiles pour l’évolution de la manière de faire la guerre, et pour l’élaboration des plans d’une exploitation militaire encore plus intensive du potentiel socio-économique.

Rudolf Jaun, Michael Olsansky, Adrian Wettstein

Traduit de l’allemand par Sandrine Picaud-Monnerat

Dynamik und Globalität der Kriegführung

Georges-Henri Soutou

De la guerre des tranchées et des sièges aux innovations opératives et stratégiques

La guerre devait être très rapide : une guerre de mouvement visant la destruction des forces de l’adversaire ; ce serait l’aboutissement d’un siècle de réflexions sur les guerres napoléoniennes, ce serait le sommet de l’art opératif européen. Mais l’échec des trois offensives initiales (française, russe, allemande) conduisit à la guerre de tranchée, version moderne de la guerre de siège. En fait, la technique militaire de 1914 pouvait nourrir une guerre de tranchée longue, elle ne permettait pas d’équiper une armée opérationnelle capable de réaliser et d’exploiter la « percée ».

En conséquence, on vit l’essai de trois stratégies alternatives : périphérique (Gallipoli-Salonique), d’attrition (Verdun et le blocus), de guerre totale (Ludendorff). Mais le plus décisif fut l’apparition de deux innovations opératives destinées à rétablir le mouvement : la méthode de pénétration tactique allemande (inaugurée à Riga et à Caporetto à l’automne 1917) et la méthode moto-mécanique (par la combinaison chars-camions-avions) des Alliés. La fusion de ces deux innovations déboucherait sur le Blitzkrieg de 1939 à 1940, tandis que s’affirmait de plus en plus tout au long du conflit un nouveau niveau, le niveau opératif, intermédiaire entre la stratégie et la tactique.

Le début de la guerre : un remake amélioré de 1870 ?

À première vue, on pourrait le penser. On se situait au début du conflit encore dans la tradition de Frédéric II, Napoléon, Moltke. Pour l’essentiel, un officier de 1870 n’aurait pas été dépaysé. Les points communs des différents plans (celui de Schlieffen, qui reposait sur le modèle oblique de Leuthen, modifié par Moltke le Jeune, qui s’inspirait, lui, de Cannes, c’està-dire de l’enveloppement par les ailes, celui de Joffre, qui reprenait le paradigme d’Austerlitz d’attaque au centre, le plan d’offensive russe en Prusse) étaient nombreux et importants. Tout le monde était d’accord pour donner la priorité à la destruction des armées ennemies par une offensive immédiate. Tout le monde était convaincu de la supériorité du mouvement, seul à même de produire des effets stratégiques décisifs.

Tous les protagonistes avaient préparé minutieusement l’organisation des trois phases successives de l’entrée en guerre : mobilisation, concentration, offensive. Tous étaient à la recherche d’une victoire décisive. Si Moltke l’Ancien, après la conclusion de l’Alliance franco-russe en 1891, avait, dans ses derniers plans, prévu une défensive initiale sur les deux fronts, il n’était plus question de se contenter d’une stratégie aussi prudente.

Mais un certain nombre d’innovations par rapport à 1870 étaient apparues dès l’avant-guerre :

1) Des armées de masse (Millionenheere) : d’où des fronts beaucoup plus étendus.

2) Les armes à tir rapide et l’artillerie lourde mobile.

3) Une mobilisation humaine, matérielle et morale déjà beaucoup plus forte en 1914 qu’en 1870.

4) Un début d’amélioration des communications (voitures automobiles d’état-major, radio) et de la reconnaissance (les avions, qui jouèrent un rôle décisif du côté français lors des batailles de Lorraine et de la Marne).

5) L’utilisation des chemins de fer en courants de rocade pendant les combats et non plus seulement de façon radiale au moment de la concentration initiale (manœuvres ferroviaires in bello, plus seulement ad bellum)1.

Et d’autre part, la leçon de 1870/71 était ambiguë : à la période de la guerre de mouvement décisive aboutissant à Sedan avait succédé la période beaucoup plus lente et complexe pour les Prussiens de la « Défense nationale », le gouvernement provisoire parvenant à lever et équiper de nouvelles armées et à prolonger la lutte. La conviction générale était que la guerre serait courte pour des raisons économiques (Norman Angell avait défendu cette thèse dans un livre fameux, La grande illusion, paru en 1910) et militaires (on prévoyait des offensives stratégiques décisives) ; mais il existait une opinion minoritaire opposée : l’économiste Jean de Bloch avait prédit que l’économie moderne permettrait la prolongation du conflit2, et Joffre déclara peu avant la guerre à Maurice Paléologue, directeur politique au Quai d’Orsay, qu’après la première phase offensive, une fois l’adversaire ramené chez lui (les Allemands repoussés au-delà du Rhin, ou les Français refoulés jusqu’au Morvan), commencerait une phase de « défense nationale », à la durée imprévisible3.

Une innovation de grande portée : l’apparition du niveau opératif

Les termes « opération » et « opératif » apparaissent dans la littérature militaire allemande dès le début du XIXe siècle. Mais ils sont encore employés de façon assez floue, et ni dans les doctrines, ni dans l’organisation, ni dans la chaîne de commandement le niveau opératif n’apparaît clairement, alors que le niveau stratégique (la conduite de la guerre) et le niveau tactique (la conduite de la bataille) sont bien identifiés.

Une exception : les Russes, qui ont à l’Ouest trois groupes d’armées, organisation qui leur permet de varianter les axes d’effort en fonction de la situation (guerre contre l’Autriche seule, contre l’Allemagne et l’Autriche, changement d’axe principal en cours d’opération, etc.). On voit clairement se dessiner les linéaments d’un concept opératif4.

En fait, ailleurs on commença la guerre avec la distinction classique entre le niveau stratégique et le niveau tactique. Mais dès le début des opérations, l’échec de la conduite très décentralisée, pour ne pas dire l’absence de conduite, par le grand état-major allemand et Moltke, des sept armées allemandes engagées à l’Ouest montra que les méthodes qui avaient réussi sous Napoléon (le commandant en chef dirige directement l’ensemble des opérations) ou sous Moltke l’Ancien (le commandant en chef donne des directives, les subordonnés les appliquent en fonction de leur jugement, conformément à l’Auftragstaktik et en vertu de la Preussische Freiheit) ne suffisaient plus. Entre le niveau tactique et le niveau stratégique, un niveau intermédiaire apparaissait, non plus en théorie mais dans la pratique, celui du théâtre, et de l’action combinée et coordonnée de l’ensemble des forces sur ce théâtre : le niveau opératif.

On eut deux contre-épreuves : la conduite très ferme de la bataille sur le front français, à la hauteur de l’ensemble du théâtre du « Nord-Est », tranchant sur le désordre et l’absence de coordination de 1870/71. « La victoire de la Marne a été une victoire du commandement », on connaît la formule5. Et la VIIIe armée allemande, celle qui se battit à l’Est et remporta avec Hindenburg et Ludendorff la victoire de Tannenberg, étant la seule sur ce théâtre, fut bien obligée de se placer au niveau opératif, le grand quartier général étant en outre incapable de lui donner la moindre impulsion6.

A partir de là, Ludendorff maintint résolument le principe opératif à l’Est. Certes, en septembre, la Direction suprême de la guerre (OHL) décida de créer à l’Est une IXe armée, dont le commandement échappait à Hindenburg-Ludendorff, l’OHL prétendant se réserver la coordination des VIIIe et IXe armées, alors que son GQG était toujours à l’Ouest. La sanction immédiate fut une série d’échecs lors de l’offensive allemande en Pologne. Finalement, Hindenburg obtint de commander les deux armées, ainsi que toutes les garnisons et régions militaires limitrophes : ce fut l’établissement d’un échelon de commandement suprême à l’Est, Oberost, qui n’eut pas son équivalent à l’Ouest. Et ce, jusqu’à ce que Hindenburg et Ludendorff remplacent Falkenhayn au grand état-major en août 1916, et mettent en place à partir de ce moment-là une coordination beaucoup plus « opérative » qu’auparavant des armées du front Ouest, d’ailleurs regroupées en « groupes d’armées ». Malgré tout, certains défauts subsistaient dans l’organisation allemande, du fait de la fiction de l’empereur commandant en chef, et de la double subordination des chefs d’état-major des différentes armées, qui relevaient à la fois de leur commandant en chef sur place et du chef de l’état-major général ; et aussi du fait que ni les Autrichiens ni les Bulgares ne furent jamais placés sous commandement unique.

Malgré tout, grâce à la forte personnalité de Ludendorff, le niveau opératif se fit jour clairement. Il permettait d’embrasser de façon coordonnée un théâtre entier, et il permettait aussi d’éloigner les ingérences éventuelles des autorités civiles : il n’était pas possible d’écarter celles-ci totalement pour les grandes options de stratégie générale (rapports avec l’Autriche-Hongrie, avec les Etats-Unis, guerre sous-marine à outrance, conditions des traités de Brest-Litovsk et de Bucarest en 1918, etc.) mais pour la conduite des opérations, le commandement occupait tout l’espace du niveau opératif. Los von Berlin !

On ne revit plus, par exemple, des initiatives comme celles du Kronprinz de Bavière, Ruprecht, qui, en prenant l’offensive trop tôt en août 1914 en Lorraine, contribua largement à l’échec du plan Moltke d’offensive sur Nancy. Mais il est vrai que la VIe armée était bavaroise, que ses arrières étaient le Palatinat, à l’époque bavarois, et que par son offensive le Kronprinz espérait bien prendre des gages pour réaliser les buts de guerre particuliers de la Bavière : rattachement du Reichsland (agrandi en Lorraine) au royaume de Bavière. L’affaire était tellement politique que, pour essayer de calmer le Kronprinz, Moltke lui envoya d’abord l’officier chef du département politique de l’état-major général, et ensuite le colonel Bauer, qui fut pendant toute la guerre l’interface entre l’état-major et les civils7.

Du côté allié, ce fut lent. Cependant, en juin 1915, Joffre regroupa les armées en trois « groupes d’armées » et expliqua à sa façon l’importance désormais du niveau opératif, intermédiaire entre celui de la stratégie et celui de la tactique, en soulignant « l’utilité qu’il y avait à entreprendre des opérations simultanées de plusieurs armées pour empêcher l’ennemi de déplacer ses réserves, et l’obliger d’accepter la bataille avec des moyens limités, là où nous voulions la lui imposer8. »

Mais on alla plus loin. En mars 1918, Foch, que l’on a parfois qualifié de premier SACEUR de l’Histoire, réalisa une unité de commandement des Alliés que Berlin n’obtint jamais pour les Puissances centrales9. Il se plaça très nettement au niveau opératif.

Ce fut donc le point de départ de l’« art opératif », art de commander l’ensemble des forces sur un théâtre, qui fut développé bien sûr en Allemagne mais également repris par les Soviétiques10.

L’échec de la guerre de mouvement : phase I, la guerre de tranchée

L’échec des trois offensives (française, russe, allemande) conduisit à la « course à la mer », à l’établissement d’un front continu (une absolue nouveauté, négation en soi de toute réelle stratégie) puis à la guerre de tranchée, version moderne de la guerre de siège.

Le problème était double : d’abord la supériorité défensive de troupes enterrées, munies d’armes à tir rapide (on l’avait déjà observée en 1904 en Mandchourie et en 1912/13 dans les Balkans). Mais le problème de la « percée » d’un front fixe pour l’exploiter ensuite vers les arrières profonds de l’adversaire n’était pas non plus résolu. Ou bien on commençait par une grande préparation d’artillerie pour affaiblir les défenses, et l’ennemi, averti, mettait en place des tirs de contrebatterie : on en eut l’exemple en Champagne en 1915. Lors de l’offensive de la Somme en 1916, on pensait refaire la préparation d’artillerie, cette fois-ci avec beaucoup plus de moyens. Mais les Allemands eurent quand même le temps, et de contrebattre, et de rameuter des réserves. En outre, du fait du long bombardement, le terrain était bouleversé, ce qui gênait considérablement la progression, les Allemands démontrant d’autre part que l’on pouvait très bien se défendre dans des trous d’obus. En conséquence, en 1917 (offensive Nivelle), on se contenta d’une préparation plus courte, pour réaliser la surprise et ne pas trop bouleverser le terrain. Mais, cette fois, la préparation fut insuffisante ; après des succès initiaux les pertes devinrent vite considérables, et les Allemands eurent quand même le temps de colmater les brèches11.

Stratégies alternatives pour sortir de l’impasse

Il fallait recourir de toute évidence à des stratégies alternatives. Certaines n’étaient pas nouvelles : le blocus et la stratégie périphérique existaient depuis toujours, et les Britanniques les avaient abondamment utilisés contre Napoléon. En fait, on va le voir, il n’y eut pas de grande innovation au niveau stratégique, sauf la « guerre totale ». D’autre part, la grande stratégie diplomatico-militaire, celle des sondages, des négociations au cours du conflit, afin de profiter d’un succès sur le terrain pour amener l’adversaire à la table de négociation, dans la grande tradition européenne, et qui avait été utilisée même lors des guerres de la Révolution et de l’Empire, resta à peu près absente. La seule tentative, d’ailleurs conduite de façon fort maladroite, pour coordonner opérations militaires et démarches de paix, fut celle de Berlin et Vienne, par leur note du 12 décembre 1916, juste après l’entrée de leurs troupes à Bucarest le 612. Français et Britanniques se contentèrent de sondages de paix secrets, fort peu en phase avec leurs plans d’opérations13.

1) Stratégie périphérique
Une stratégie périphérique paraissait s’imposer aux Alliés avec évidence : porter la guerre dans les Balkans et sur les Détroits turcs. En effet, il fallait d’abord essayer d’empêcher la Bulgarie de se joindre aux Puissances centrales, car, outre son importance militaire propre, son territoire permettrait d’assurer la continuité des communications entre l’Allemagne, l’Autriche-Hongrie et la Turquie. Son entrée en guerre aux côtés des Puissances centrales en octobre 1915 rendait évidemment cet objectif vain.

Mais une stratégie vers ces régions avait deux autres objectifs possibles : relier la Russie aux Alliés occidentaux plus commodément que par Mourmansk, et atteindre le « ventre mou » (l’expression est de Churchill) des Empires centraux par la vallée du Vardar.

Cette stratégie fut tentée, mais ne fut poussée à fond que tout à la fin de la guerre. En mars 1915, les Britanniques et les Français tentèrent de forcer les Dardanelles par voie maritime, mais ce fut un échec. Ils débarquèrent le mois suivant à Gallipoli, mais ce fut aussi un échec. En octobre 1915, ils débarquèrent à Salonique, mais jusqu’en 1918 ce fut à peu près inutile, sauf en tant qu’abcès de fixation pour les forces bulgares et en tant qu’arme politique, pour forcer la Grèce à se tourner vers les Alliés et maintenir la Serbie dans la guerre.

En effet le Front d’Orient ne fut pas poussé à fond : les Russes n’y participèrent pas, estimant que les Alliés feraient le travail pour eux, et ils se contentèrent de se faire garantir par eux, dès mars 1915, la possession de Constantinople et des Détroits14. Les Britanniques pensaient surtout à l’Irak et au Moyen-Orient, où ils massèrent jusqu’à un million de soldats. Joffre estimait que cela le détournait du front essentiel, celui du Nord-Est.

En fait, le pouvoir politique (du moins Churchill et Briand, les plus imaginatifs des dirigeants alliés) était plus intéressé que les militaires : ceux-ci restaient fidèles au principe de la concentration des forces, à l’objectif de battre d’abord l’ennemi principal. Peut-être avions-nous affaire à un excès de « clausewitzisme » mal compris ?

De plus, le Front d’Orient connut des problèmes d’ordre opératif : Sarrail eut du mal à établir un commandement unique ou même simplement efficace. Ce ne fut qu’après le règlement de ce problème par ses successeurs Guillaumat et Franchet d’Espèrey que le front d’Orient devint un vrai théâtre au sens opératif du terme, et qu’il put participer de façon décisive aux offensives alliées finales de 191815. Mais ce fut alors très réussi : ce fut l’Armée de Salonique qui provoqua la chute de la Bulgarie et de l’Autriche-Hongrie. En fait, pour les Allemands, la décision de demander l’armistice vint de là autant que du « Jour noir » (8 août 1918)16.

2) Stratégies d’attrition, 1915/1916
Plus que par la stratégie périphérique, les années 1915/16 furent marquées par le développement de diverses stratégies d’attrition, visant non plus l’anéantissement des forces adverses (Vernichtungskrieg) mais leur affaiblissement, pour permettre l’ouverture de négociations dans de bonnes conditions (Ermattungsstrategie), selon les catégories développées dès cette époque par Hans Delbrück, historien mais aussi stratégiste notoire17.

La première de ces stratégies fut celle du blocus de l’Allemagne par les Alliés. En fait, ce fut lent, elle ne se mit vraiment en place qu’à partir de 1915, car il fallait établir aussi un contrôle commercial des pays neutres voisins de l’Allemagne (par exemple la Société Suisse de Surveillance), pour éviter réexportations et contournements. Certes, les effets sur la population et l’économie allemandes furent considérables, mais lents et non décisifs18.

Notons également la stratégie de Falkenhayn, successeur de Moltke à la tête du grand état-major impérial : il se maintint sur la défensive à l’Est, mais prit l’offensive à Verdun ; la percée ayant échoué, il poursuivit cependant l’opération, pour faire « saigner » l’armée française (car elle ne pouvait pas reculer, non seulement pour des raisons de prestige, comme on dit toujours, mais parce que, du fait de la topographie du Bassin parisien, si elle lâchait Verdun et la Côte de Meuse, elle aurait du mal à se rétablir et à reconstituer un front avant le Morvan !). En fait, ce fut un échec, car l’armée allemande « saigna » tout autant19.

De même, la Somme à partir de juillet 1916 relève de la stratégie d’attrition, même si les Alliés espéraient la « percée » (mais, malgré tout, l’industrie allemande dut avouer qu’elle avait atteint là ses limites : l’attrition fonctionnait tout de même dans une certaine mesure)20.

Sur le plan de la stratégie générale, on constate que l’industrie moderne peut nourrir sans limite une guerre d’attrition statique, c’est-à-dire le soutien des troupes, la production des armements et des munitions nécessaires, y compris les gaz, l’équipement des fronts (abris, voies de communication de toute nature, etc.) et qu’elle peut (grâce aux Ersätze) faire échec au blocus pendant longtemps. Au fond, la grande stratégie en 1916/17 reposait sur l’intégration de l’économie (y compris le blocus de l’adversaire) et de l’industrie à la stratégie. Il est important de le noter, parce que c’est la stratégie que Français et Britanniques prétendirent opposer à Hitler en 1939/4021.

3) Stratégie de guerre totale : 1917/18
Mais en 1917, à la suite de la bataille de la Somme, la stratégie d’attrition connut un renforcement tel que, la quantité devenant qualité, l’on passa à quelque chose de nouveau : la stratégie de guerre totale. En effet, en août 1916, Hindenburg et Ludendorff remplacèrent Falkenhayn, à cause de l’échec de celui-ci sur la Somme. On vit alors une nouvelle conduite de la guerre, une stratégie générale qui se situait théoriquement au-dessus du niveau du grand état-major, mais qui fut imposée en fait par les chefs militaires aux dirigeants civils : ce fut la « guerre totale » (titre d’un livre de Ludendorff de 1935, mais utilisé déjà par Léon Daudet en 1916). Les instruments en seraient :

– La mobilisation industrielle, c’est-à-dire la mise totale de l’économie allemande sur le pied de guerre (« Programme Hindenburg »)22.

– La mobilisation politique (contrôle du pays par les gouverneurs militaires et création en 1917 de la Vaterlandspartei, organisation politique ayant pour objet de soutenir l’état-major)23.

– La mobilisation de la société (loi sur le « service auxiliaire » – en fait, il s’agissait de la mise en place du travail obligatoire pour les non mobilisés – et entente avec les syndicats pour sa mise en œuvre)24.

– La mainmise politique sur le Reich (l’état-major provoque la chute de Bethmann Hollweg en juillet 1917 car il est considéré comme trop modéré)25.

– La guerre sous-marine à outrance.

– Pour la première fois, la guerre fut faite systématiquement aux civils, par des bombardements divers (navires de guerre bombardant les villes côtières, zeppelins, avions)26.

– Pour la première fois, une véritable guerre politique, dans le sens moderne du terme, fut menée à fond par le Reich (soutien aux minorités de l’Empire russe et à Lénine)27.

Les Alliés s’engagèrent beaucoup moins nettement sur cette voie, mais ils abandonnèrent le libéralisme, encore si fort en Grande-Bretagne en 1916. Et ils préparèrent une guerre économique totale, y compris avec sa prolongation après la guerre (contrôle du ravitaillement de l’Allemagne en matières premières, discrimination permanente contre le commerce allemand …)28.

Cependant la stratégie de Berlin échoua ; elle ne fut d’ailleurs pas menée de façon cohérente : la défaite de la Russie ne fut pas vraiment exploitée pour ramener des troupes à l’Ouest, et la guerre sous-marine à outrance provoqua l’entrée en guerre des Etats-Unis.

Deux innovations tactiques et opératives pour rétablir le mouvement

Wollen Sie wissen, wie es weiter geht?

Hier können Sie "An der Front und Hinter der Front - Au front et à l'arrière" sofort kaufen und weiterlesen:

Amazon

Apple iBookstore

ebook.de

Thalia

Weltbild

Viel Spaß!



Kaufen






Teilen